Le tabagisme chronique, autre comportement à risque en cas d’hépatite C

Même si l’on manque de données statistiques précises à ce sujet, il est probable que les patients atteints d’hépatite C sont particulièrement enclins au tabagisme chronique. Une analyse des comportements à risque dans ce contexte est a priori utile, ne serait-ce que pour mettre en œuvre des mesures de prévention primaire ciblées ou des stratégies thérapeutiques adaptées, selon les résultats.

C’est là tout l’intérêt de l’enquête nationale dite NHANES (National Health and Nutrition Examination Survey), réalisée aux États-Unis. Pour répondre à la problématique précédemment évoquée, les données pertinentes ont été extraites de la cohorte considérée dans son ensemble, sur la période 1999-2014. L’objectif était de comparer des sujets atteints ou non d’une hépatite C (HC+ versus HC-) pour ce qui est des données suivantes : caractéristiques sociodémographiques, tabagisme chronique, nombre de cigarettes/jour, dépendance à la nicotine, usages divers du tabac, toxicomanies, comorbidités tant médicales que psychiatriques.

Les données complètes concernant les deux variables d’intérêt – tabagisme et HC – ont été recueillies chez 39 472 (90,1 %) des 43 793 participants adultes sur la période considérée. Dans le groupe HC+, la prévalence du tabagisme s’est avérée près de trois plus élevée que dans l’autre groupe (62,4 % vs 22,9 %). Elle s’est avérée voisine chez les hommes HC+ (64,5 %) et les femmes HC+ (58,2 %).

Prévalence du tabagisme trois fois plus élevée

Les patients HC+ avaient davantage tendance à fumer quotidiennement que les sujets HC- (87,5 % vs 80,0 %), mais le niveau de dépendance à la nicotine s’est avéré voisin dans les deux groupes. En analyse multivariée, la combinaison HC+ et tabagisme a été associée à quelques traits individuels particuliers : (1) âge plus élevé (âge moyen : 47,1 vs 41,5 ans) ; (2) sexe masculin plus représenté: 69,4 % vs 54,4 % ; (3) sujets noirs plus représentés : 21,2 % vs 12,1 % ; (4) niveau socio-éducatif plus faible avec un index de pauvreté plus défavorable ; (5) couverture sociale moins fréquente : 43,9 % vs 30,4 % ; (6) toxicomanie plus fréquente (cocaïne : 11,1% vs 3,2 % ; héroïne : 4,0 % vs 0,6 %) ; (7) troubles dépressifs plus fréquents : 33,2 % vs 13,5 %. Les analyses multivariées, pour leur part, ont mis en évidence une association significative entre HC et tabagisme, d’une part, dépression chronique et hypertension artérielle, d’autre part.

Cette étude étatsunienne souligne la prévalence élevée du tabagisme chronique chez les patients atteints d’une hépatite C. Ces résultats qui ne valent a priori que pour les États-Unis sont préoccupants. En effet, le profil sociodémographique des patients concernés suggère que les mesures anti-tabac auront du mal à convaincre et à percer. Il convient de réfléchir à des stratégies thérapeutiques adaptées dans le contexte étatsunien et de réaliser des études épidémiologiques similaires dans d’autres pays.

Dr Philippe Tellier

Référence
Kim RS et coll. : Cigarette Smoking in Persons Living with Hepatitis C: The National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES), 1999-2014. Am J Med. 2018 ; 131 : 669-675.

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