Le taux d’anticorps chute rapidement dans les formes légères de Covid-19 !

La cinétique des anticorps anti–SARS-CoV-2 dans les suites d’une infection récente par ce virus est encore mal connue, très probablement tributaire de facteurs propres à l’hôte et d’autres qui tiennent à l’infection, par exemple, sa sévérité ou encore son caractère plus ou moins symptomatique. Il est important de disposer de plus d’informations sur ce sujet, puisque la durée de l’immunité en dépend. Une étude d’observation publiée en ligne dans le New England Journal of Medecine du 21 juillet 2020 répond à cette attente. Elle a inclus 34 participants (dont 20 femmes ; âge moyen 43 ans ; extrêmes 21 à 68) chez lesquels le diagnostic de Covid-19 ne faisait guère de doute : dans la majorité des cas (n = 30), la RT-PCR était positive. Chez les quatre patients restants, des symptômes évocateurs avaient été constatés dans le contexte d’une cohabitation avec des personnes touchées par la maladie. 

Une demi-vie de 36 jours

Des échantillons sanguins ont été systématiquement collectés de manière itérative (deux fois pour 31/34 ; trois pour 3/34) dans les suites de l’infection pour y doser par la méthode immuno-enzymatique ELISA (enzyme-linked immuno sorbent assay) les anticorps anti–SARS-CoV-2 IgG dirigés contre son site de liaison aux cellules de l’hôte. Dans la plupart des cas, il s’agissait de formes relativement légères de la maladie, ne nécessitant aucun traitement lourd. Ainsi, une oxygénothérapie temporaire ne s’est imposée que chez deux patients et aucun antiviral- notamment le remdesivir- n’a été prescrit.

Le premier dosage a été effectué en moyenne 37 jours (extrêmes, 18 à 65) et le dernier 86 jours (44 à 119) après l’apparition des symptômes. Le titre initial d’IgG était en moyenne de 3,48 log10 ng par millilitre (extrêmes, 2,52 à 4,41). Les données ont été traitées dans le cadre d’un modèle linéaire par régression incluant l’âge et le sexe des participants, ce qui a permis d’estimer approximativement à 36 jours la demi-vie des anticorps sériques anti-SARS-Cov2 (intervalle de confiance à 95 %, 26 à 60) à partir de la survenue des symptômes inauguraux.

Un argument contre le passeport immunologique

Le rôle protecteur des anticorps dirigés contre les protéines structurelles du virus est loin d’être établi, mais il faut souligner qu’ils donnent tout de même une idée de l’immunité antivirale, d’autant que leurs taux sont corrélés à l’activité neutralisante du plasma vis-à-vis de l’agent pathogène. Certes, dans les suites d’une exposition aiguë à des antigènes viraux, quels qu’ils soient, la décroissance précoce des taux d’anticorps est en général exponentielle, mais elle semble plus rapide avec le SARS-CoV2 qu’avec son comparse, le SARS-CoV1, si l’on se réfère à des études plus anciennes.

Ces résultats qui font écho à une autre publication récente mentionnée sur ce site (voir lien ci dessous) suggèrent que l’immunité humorale pourrait s’avérer peu durable dans les formes légères de la Covid-19 qui sont nettement majoritaires au sein de la population générale.

Néanmoins, l’effectif restreint inclus dans cette étude en limite la portée, d’autant qu’au terme des 86 jours correspondant à la période d’observation, il peut persister une signature sérologique, surtout si la décroissance tend à décélérer ce qui est probable mais reste à confirmer. D’autres biomarqueurs reflétant l’exposition au virus et ses répercussions sur le système immunitaire doivent être impérativement recherchés.

En tout cas, si besoin était, c’est un pavé de plus dans la mare du diagnostic sérologique des infections à coronavirus et de son corollaire, le « passeport immunologique » : un concept biologique qui a de moins en moins de lieu d’être… L’évaluation de l’efficacité des vaccins à venir devra également tenir compte de tels résultats.

Dr Peter Stratford

Référence
Ibarrondo FJ et coll. : Rapid Decay of Anti–SARS-CoV-2 Antibodies in Persons with Mild Covid-19. NEJM publication avancée en ligne le 21 juillet. DOI: 10.1056/NEJMc2025179

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Tout ça pour quoi ?

    Le 01 août 2020

    Bien peu de choses jusque la sur la seconde moitié de la courbe sérologique qui restait en pointillés :

    Sethuraman N, Jeremiah SS, Ryo A. Interpreting Diagnostic Tests for SARS-CoV-2. JAMA. 2020 May 6 ;323 (22): 2249–2251

    Deeks JJ, Dinnes J, Takwoingi Y et coll . Antibody tests for identification of current and past infection with SARS-CoV-2. Cochrane Database Syst Rev. 2020 Jun 25;6:CD013652

    Jusqu’à la publication de deux travaux concordants qui analysent tous deux les anticorps NEUTRALISANTS (Brouwer PJM, Caniels TG, van der Straten K et coll . Potent neutralizing antibodies from COVID-19 patients define multiple targets of vulnerability . Science. 2020 Jun 15 ; eabc5902) : Un californien analysée par le Jim , un chinois contemporain publié dans Nature :
    Long QX, Tang XJ, Shi QL et coll . Clinical and immunological assessment of asymptomatic SARS-CoV-2 infections . Nat Med. 2020 Jun 18 https://doi.org/10.1038/s41591-020-0965-6
    37Asymptomatiques & 37Symptomatiques
    • 15-20% des patients , symptômatiques ou pas , sont SéroNEGATIFs (IgG) : QS JIM 23/7

    •Les taux d’IgG sont d’autant plus faible et la décrue d’autant plus rapide (mais la charge virale prolongée) que les symptômes sont moindres

    •8semaines après la sortie de l’hôpital :
    40 % des premiers & seulement 13% des seconds sont devenus séronégatifs (IgG)

    Concernant les anticorps NEUTRALISANTS : La décroissance est effective (81.1% des premiers, 62% des seconds) mais modeste 8.3% pour les premiers, 11.7% pour les seconds.

    En pratique : tout ça pour quoi ?

    Pas de ré-infection SARS-CoV-2 documentée depuis Dec 2019

    Une immunité HUMORALE d’autant plus EPHEMERE que la clinique est pauvre : Pas de données disponibles au dela de J90 après l’apparition des symptômes quand symptôme il y a.

    Signification de ces cinétiques humorales en termes pragmatiques d’immunisation effective ou au moins atténuante spontanée puis post-vaccinale : inconnue:

    Kirkcaldy RD, King BA, Brooks JT. COVID-19 and Postinfection Immunity : Limited Evidence, Many Remaining Questions JAMA 2020 May 11;323(22):2245–2246

    Pas d’analogie possible avec les données acquises pour les coronaroviroses antérieures dont l’écologie est loin d’être univoque et qui furent ou restent des histoires courtes :

    •SARS-CoV-1 est éteint depuis 2004 , les IgG étaient plus durables que ce qui vient d’être décrit pour SARS-CoV-2.

    •MERS-CoV est très sporadique depuis 2013, il semblait être le coronavirus humain ayant la plus longue persistance d'anticorps neutralisants : A mettre en miroir avec sa plus grande sévérité ?

    •PAR CONTRE les ré-infections par 3 des 4 cornaroviroses saisonnières, ELLES, sont bien établies.
    Tout comme semble l’être l’absence d’immunité HUMORALE croisée de ces dernières vis-a-vis de SARS-CoV-2 (Jim7/7) aux deux extrémités du spectre clinique :

    Sermet I, Temmam S, Huon C et coll . Prior infection by seasonal coronaviruses does NOT prevent SARS-CoV-2 infection and associated Multisystem Inflammatory Syndrome in children (preprint). Medrxiv, 30 juin 2020 (Non revu)

    L’immunité croisée CELLULAIRE n’est pas éliminé par ce travail.

    Fin prévisible du passeport sanitaire sérologique.

    Les sérums de convalescents doivent être prélevés tôt.

    Peu ou pas de données validées sur la place & à fortiori la pérénité de l’immunité CELLULAIRE , probablement moins aisée à évaluer que les Sérologies : Cf JIM 23/7:

    Gallais F, Velay A, Marie-Josée Wendling M-J et coll. Intrafamilial Exposure to SARS-CoV -2 Induces Cellular Immune Response without Seroconversion . medRxiv 22/6/2020

    Dr JP Bonnet

Réagir à cet article

Les réactions sont réservées aux professionnels de santé inscrits et identifiés sur le site.
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.


Lorsque cela est nécessaire et possible, les réactions doivent être référencées (notamment si les données ou les affirmations présentées ne proviennent pas de l’expérience de l’auteur).

JIM se réserve le droit de ne pas mettre en ligne une réaction, en particulier si il juge qu’elle présente un caractère injurieux, diffamatoire ou discriminatoire ou qu’elle peut porter atteinte à l’image du site.