Le temps des incrédules

Paris, le samedi 10 août 2019 - Quelle autre aventure que la conquête de la Lune est un meilleur champ d’observation pour découvrir les conséquences de la réalisation des fantasmes ? L’homme avait si longtemps rêvé d’elle que lorsqu’il l’a atteint, le désir fou qu’il nourrissait a laissé place à une incrédulité aussi déraisonnable. C’est ce qu’évoque pour nous le docteur Alain Cohen dans ce dernier volet de notre saga estivale dédiée à la plus célèbre des conquêtes spatiales (en cet été où nous avons fêté les cinquante ans des premiers pas sur la lune et où on aurait découvert des tardigrades à sa surface). Outre la façon dont Apollo a alimenté les théories du complot les plus sophistiquées, il remarque combien tout dans la conquête de la lune a forcé le monde à se déshabiller de certains de ses automatismes, notamment les plus manichéens. Une façon de voir la face cachée de la lune.

Par le docteur Alain Cohen

L’Histoire n’est jamais définitive : il reste à savoir comment elle sera réécrite par la postérité. À ce titre, le jubilé du débarquement lunaire suscite une forme de "révisionnisme", car certains sceptiques sont persuadés que l’homme n’a jamais marché sur la Lune ! Et à ces incrédules, il faut ajouter ceux qui refusent d’admettre la participation du pire « côté obscur » de l’humanité, des anciens nazis, à la grandiose « conquête de l’espace ».  Or on sait désormais que Von Braun n’était que la face visible d’un iceberg : de nombreux techniciens et scientifiques allemands, transfuges du Troisième Reich, ont collaboré activement à l’aventure lunaire.          

Les transfuges de Peenemünde

Pour la morale manichéenne, on devrait toujours pouvoir départager clairement les bons et les méchants. Mais dans la vie réelle, c’est plus compliqué. Ainsi, d’ex-nazis ont collaboré au programme spatial américain, ce qui fit persifler plus d’un commentateur, en raison de l’allitération dans des formules comme « des nazis à la NASA ». Si tous ces ingénieurs ou techniciens (environ 1500 transfuges de Peenemünde) n’étaient pas forcément des ex-nazis convaincus, certains avaient atteint un échelon élevé du cursus honorum de la Schutzstaffel (SS)… Von Braun lui-même avait le grade de Sturmbannführer et une autre recrue de l’Opération Paperclip[1], le docteur Hubertus Strughold[2] (1898–1986), suspecté « d’avoir été impliqué indirectement dans des expériences ‘‘médicales’’ nazies sur des déportés du camp de Dachau », fut pourtant... le fondateur de la médecine spatiale et le responsable de la division médicale de la NASA !

Pour justifier son alliance avec Staline, une sorte de « Diable rouge », Churchill disait : « Si le Diable pouvait m’aider à lutter contre Hitler, je ferais un pacte même avec le Diable ». Dans la même perspective, après 1945, des stratèges américains estiment (malgré la réprobation de personnalités comme Albert Einstein) que si des ex-nazis peuvent aider à lutter efficacement contre les Soviétiques, il faut tolérer de travailler avec ces gens-là. Les enjeux technologiques des missiles stratégiques et de la course à la Lune étaient considérés comme tels qu’ils devaient l’emporter sur toute sorte de considération morale, car ils cumulaient les impératifs supérieurs de la raison d’état (supplanter les adversaires de la Guerre Froide) et d’une sublime « vision d’avenir pour l’humanité ». Propre à transcender tous les conflits terrestres, cette appréciation consensuelle est d’ailleurs évoquée par Neil Armstrong, lors du célèbre échange téléphonique entre le président Richard Nixon, sur Terre, et les astronautes sur la Lune : « C’est un grand honneur pour nous d’être ici, pour représenter non seulement les États-Unis, mais les hommes de paix de toutes les nations avec un intérêt, de la curiosité et une vision pour le futur. » Si le président Truman a recommandé de ne pas accueillir d’ex-nazis lors de l’Opération Paperclip, il n’a guère été écouté, comme si le crime contre l’humanité de certains scientifiques allemands pouvait tacitement être racheté par les bienfaits attendus du voyage de l’homme sur la Lune et la prévention de nouvelles atrocités, en évitant que « l’autre camp » soit le seul à détenir la technologie des missiles balistiques.

Il semble donc que des considérations stratégiques autorisent parfois quelques arrangements avec la morale et des entorses à la volonté de justice. Si les révélations tardives sur l’Opération Paperclip (en 1973, après la fin des voyages humains sur la Lune) ont terni l’image de cette aventure exceptionnelle, elles mettent aussi l’accent sur le pragmatisme des stratèges. Et malgré sa moralité contestable, ce pragmatisme semble si efficace que les derniers pouvant être suspectés de la moindre complaisance avec d’anciens nazis, les services secrets israéliens eux-mêmes, y eurent parfois recours ! Le quotidien israélien Haaretz[3] a ainsi révélé en 2016 que le Mossad recruta un ancien lieutenant des Waffen-SS (Otto Skorzeny)[4] pour éliminer en 1962 un autre ex-nazi de Peenemünde (Heinz Krug) qui s’apprêtait à fournir à l’Égypte de Nasser de dangereux missiles, dérivés des V1 et V2 ! Sans l’intervention de cet ex-SS (qui vit peut-être là l’occasion exceptionnelle d’une démarche rédemptrice), Tel Aviv aurait pu revivre les heures tragiques de 1944 et 1945 où les premiers missiles de croisière de l’Histoire s’abattaient sur Londres... Éthiquement litigieuse, une telle mission incroyable (confiée au pire ennemi d’hier) incite le journal israélien The Jerusalem Post[5] à parler de « l’attitude schizophrénique du Mossad sur cette question », vu la contradiction entre « la poursuite et la collaboration avec des criminels nazis : d’un côté, il y a le poids de l’Histoire et le devoir qui en découle, et de l’autre des questions prioritaires, plus pragmatiques et urgentes sur la sécurité du pays. » Que penser alors de ces ex-nazis, d’abord criminels du pire acabit, puis devenant pour certains décisifs, par leur participation à l’aventure lunaire ou/et à la lutte contre la prolifération des missiles dans des pays hostiles aux États-Unis ou à Israël ? À la fois  monstrueux (d’emblée) puis valeureux (plus tard), leur statut très étrange rappelle celui de la piéride du chou, successivement nuisible, puisque sa chenille dévore cette plante, puis bénéfique, à l’état de papillon pollinisateur !... Mais quels que soient les arcanes de la collaboration d’anciens nazis à l’aventure spatiale (et lunaire en particulier), on ne peut que louer la prescience de Jules Verne qui avait pressenti, dès 1879, que l’ère spatiale naîtrait d’un tel contexte belliqueux : dans son roman Les cinq cents millions de la Bégum, Herr Schultze annonce Hitler, la cité hyper-industrielle de Stahlstadt préfigure Peenemünde, et l’effort de guerre démoniaque des Allemands permet finalement de doter la Terre d’un « bébé-Lune », son premier satellite artificiel !

La première course vers Mars

Le sort tragique de Donald Crowhurst est à verser au dossier des frontières floues entre le vrai et le faux : le 31 octobre 1968, ce navigateur prend réellement le départ d’une course autour du monde, The Sunday Times Golden Globe Race, puis il réussit pendant plusieurs mois à faire croire qu’il reste en tête, en communiquant régulièrement de fausses positions par radio (une technique qu’il maîtrise parfaitement), avec le projet probable de reprendre in fine la vraie course pour la gagner. Cette incroyable « ruse de mer » ne serait plus possible désormais, à l’ère des balises Argos et du GPS… Thierry Bressol note que cette mystification fut sans doute « la plus extraordinaire tricherie sportive de tous les temps ». Nul ne soupçonna la supercherie, et « presque jusqu’à la fin, personne n’a osé penser une seule seconde que Donald ne se trouvait pas où il disait, tellement cela paraissait fou ! »… Crowhurst réussit à tromper longtemps « les organisateurs de la course et les opérateurs de Portishead Radio », mais cette « astuce diabolique » se retourne contre lui, car il disparaît en mer, peut-être en se suicidant pour ne pas avoir de compte à rendre… Cette étrange et dramatique histoire a inspiré un film de Christian de Chalonge (Les Quarantièmes rugissants, 1982) et, par transposition au domaine spatial, le film de science-fiction de Peter Hyams, Capricorne one (1978) où trois astronautes sont contraints de simuler, par raison d’état, le premier voyage vers la planète Mars. Enjeu électoral, cette mission ne peut souffrir aucun échec, aussi les décideurs ne veulent-ils prendre aucun risque, en arrangeant une mise en scène devant les caméras de télévision. Comme dans tout scénario impliquant un complot institutionnel, les héros sont alors seuls face à un adversaire puissant et implacable... Gilles Corcos rappelle que Jean-Louis Servan-Schreiber attribue en partie la passivité des Amérindiens face aux conquistadors à leur « cécité » devant les bateaux de ces derniers : en fait, dans la réalité des Amérindiens, les bateaux n’existaient pas ! Ils n’ont donc pas donné à cet événement, réelle menace d’invasion, toute la portée qu’il méritait. Gilles Corcos transpose ce fait à la vie courante : « On peut être tenté d’occulter les phénomènes que l’on estime impossibles ou invraisemblables. Pourtant, ils se déroulent sous nos yeux et peuvent avoir une importance considérable. » Ce phénomène psychologique explique en partie l’incrédulité affichée parfois, face au déroulement des missions Apollo. Selon l’écrivain allemand Bernd Brunner (auteur de Moon : A brief history, 2011), cette thèse du complot « fait de plus en plus d’adeptes parmi les sujets qui n’ont pas connu cet événement en direct », entre 1969 et 1972.

Déni de réalité

Dans le film Capricorne one, la thèse du mensonge d’état transpose pour le futur voyage vers Mars une rumeur récurrente pour Apollo : la marche sur la Lune est si extraordinaire qu’elle paraît invraisemblable à beaucoup. Selon eux, l’homme n’est jamais allé sur la Lune où il reste « évidemment impossible » de se rendre : ils stigmatisent donc notre « crédulité » à ce propos et prétendent « ôter nos œillères » : « Ne soyez pas naïf ! Il y a longtemps que le cinéma nous a habitués à ce genre de trucages ! C’est encore un coup de pub des Américains, ce n’est bien sûr qu’un film de science-fiction, avec d’excellents effets spéciaux, mais un simple film tourné à Hollywood ! » Comment des gens d’une intelligence normale peuvent-ils ainsi dénier la réalité du programme Apollo ? D’abord, parce que la puissance millénaire du mythe d’inaccessibilité de la Lune semble la garantir de toute intrusion humaine. Un enseignant japonais explique ainsi : « Atteindre la Lune, c’est comme déflorer une vierge ; pour la garder intacte, il ne faut pas y toucher, car ce ne serait plus cet astre virginal ! » D’autre part, de nombreux « réfractaires » rejettent les images d’Apollo dans le mensonge ordinaire du cinéma car ils confondent ses deux fonctions : le reportage et la fiction artistique, les mêmes mots et les mêmes images pouvant dire le vrai comme le faux. Et cette confusion des rôles fausse radicalement la perception de la réalité. Le rôle traditionnel accordé aux images (cinématographiques et télévisées) biaise, à l’insu du sujet, sa compréhension : puisque ces images l’ont habitué depuis longtemps à des trucages, à des fictions, ces mêmes images doivent fatalement continuer à mentir ! Ces gens méconnaissent ainsi le film de reportage (à finalité réaliste et objective), au profit du film d’imagination, avec un scénario romancé (et une fonction onirique et subjective). Cette perception fallacieuse des événements est renforcée par une insidieuse rétroaction : le fait que les « pseudo astronautes » soient, justement, des « acteurs » américains semble conforter la thèse initiale d’un film de fiction. Car les États-Unis sont, depuis longtemps, reconnus comme maîtres en ce domaine : « C’est encore un film d’Hollywood ! » Alors que leur place en astronautique, trop récente, ne semble pas encore garantie. Assimilée au classique cinéma de fiction, cette vision d’hommes sur la Lune revêt une apparence mensongère car le statut d’« images de science-fiction », plus connu, possède pour ces spectateurs « réfractaires » un degré de vraisemblance plus élevé que le statut pseudo-fictif d’une réalité « impossible. »  Une telle distorsion entre réalité d’apparence magique et fiction fantastique se produit déjà au 19ème siècle, quand Edison présente pour la première fois son phonographe devant une assemblée d’académiciens : brillants esprits pourtant, ils le prennent pour un astucieux ventriloque, et non pour un inventeur authentique, tant l’avènement d’une machine parlante leur paraît inconcevable ! Dans les mentalités, la réalité rattrape difficilement la fiction…

Lune, mensonges et cinéma

Il y a toujours un défi à contredire un auteur qu’on admire. Exemple avec cette thèse développée par Didier Nordon dans son Bloc-Notes de Pour la Science (n°375) : « Quand le rêve ne fait plus rêver ». Il estime que le fait de nous être rendus sur la Lune détourne notre attention de l’astre des nuits. Vrai… mais faux ! Car la Lune exerce toujours, indirectement, une fascination. Au point que certains nient encore la réalité du programme Apollo (« théorie du complot ») et sont donc préservés du désabusement dénoncé par Didier Nordon… Dans ce contexte, évoquons ce scoop détonant du documentaire de William Karel, Opération Lune (2002)[6]. Il y est montré, témoignages édifiants de personnalités à l’appui (Buzz Aldrin, Alexander Haig, Jan Harlan, Henry Kissinger, Christiane Kubrick, Donald Rumsfeld, Vernon A Walters…) que les États-Unis ont certes débarqué sur la Lune lors de la mission pionnière Apollo 11 (juillet 1969), mais que les images vues alors (par plus de 2 milliards de téléspectateurs) étaient en fait « bidon ». Explication : si la technologie astronautique était déjà au point, il n’en allait pas de même pour les retransmissions télévisées. Or les autorités américaines entendaient renforcer leur prestige (terni par les prouesses spatiales soviétiques, comme Spoutnik 1 et Youri Gagarine) grâce à une diffusion inédite d’images historiques : un débarquement lunaire ! Une mission sans image en direct aurait largement amputé la portée de l’événement… Pour contrer cette grave difficulté, le Président Richard Nixon décide de recourir aux services du cinéaste Stanley Kubrick, récemment auréolé du succès de son film 2001, Odyssée de l’espace. Apollo 11 atteint réellement la Lune, le son est bien celui des astronautes, mais les images diffusées alors ne sont pas, comme on le croit, ce premier reportage télévisé, retransmis prétendument en direct depuis la Lune ! Mais constituent en réalité, comme on dit désormais, une « fiction documentaire » (docu-fiction) : une reconstitution fidèle, en studio, d’un événement réel. Comme dans un film historique, avec cette différence essentielle que l’aspect de scénario est ici occulté, puisqu’on cherche délibérément à présenter ces images de fiction comme un document authentique ! Il y a déjà une grave supercherie, une manipulation d’état, dans un pays se voulant pourtant grand donneur de leçons en matière de transparence démocratique, mais les choses n’en restent pas là ! La première partie de ce documentaire détaille soigneusement cette manipulation et nous convainc de la fausseté des images d’Apollo 11, en présentant les témoignages éloquents d’anciens collaborateurs de Richard Nixon (Henry Kissinger, Donald Rumsfeld, Vernon A Walters…) et de la veuve du réalisateur concerné par cette mystification magistrale, Christiane Kubrick. Et la seconde partie du document anéantit nos dernières illusions sur le respect des droits de l’homme par une grande puissance, confrontée aux nécessités de la raison d’état ! En effet, non contents d’avoir convoqué la fine fleur d’Hollywood pour tricher avec la réalité en fabriquant de fausses images compensant l’absence de télévision en direct, Richard Nixon et la CIA vont verrouiller cette falsification de l’Histoire. En éliminant un à un tous les acteurs de cette effarante machination médiatique, ces meurtres semblant la seule garantie pour éviter un scandale planétaire, dommageable pour la réputation des États-Unis ! En comparaison de cet acharnement criminel à réviser l’Histoire de la première mission lunaire, le scandale du Watergate semble une broutille futile… Pour couronner le tout, l’un des derniers témoins de cette sordide intrigue, le général Vernon Walters, a la fâcheuse idée de mourir juste après son interview par l’équipe du documentaire !... On en est là de nos réflexions désabusées sur la duplicité des grandes puissances quand survient le générique de fin du documentaire. Désormais, on ne pourra plus revoir ces images (truquées) d’Apollo 11 comme avant… Et surtout, on se promet de ne plus jamais se laisser abuser aussi grossièrement, à l’avenir : c’est promis, on se montrera toujours aussi vigilant que cet expert russe détaillant les preuves techniques de la mystification, sur les photos d’Apollo ! On ne sera plus aussi crédule, prompt à prendre ainsi les vessies (d’Hollywood) pour des lanternes censées nous éclairer sur le réel !… Mais voici qu’un boomerang nous frappe de plein fouet, dans ce générique de fin pour le moins inattendu : « avec, dans leur propre rôle, Henry Kissinger, Donald Rumsfeld, etc. » Ainsi, tout ça n’était donc qu’une mascarade ! Du cinéma ! Un scénario prodigieux simulant un autre scénario : la dénonciation d’une prétendue supercherie médiatique orchestrée et cadenassée par Nixon et la CIA, au mépris de toute considération éthique ! Dénonçant un authentique reportage (la retransmission d’images en direct par la mission Apollo 11), ce soi-disant documentaire était en réalité lui-même une fiction ! Tournée avec maestria pour montrer à quel point les images peuvent mentir et nous abuser ! Le meilleur : en croyant trouver une confirmation à la nécessité d’une vigilance accrue à l’égard des images, nous tombons précisément dans l’ornière même que nous dénonçons ! Dans ce pseudo-documentaire, la (vraie) fiction consiste à réprouver une (fausse) fiction, les images d’Apollo 11 : plus on nous met en garde contre le crédit à accorder naïvement aux images « mensongères » de la NASA, plus notre sens critique s’émousse, et moins nous sommes enclins à contester le prestige (supposé) de notre source et la pertinence effective de ces « révélations » présumées ! Notre crédulité réelle consiste dans la présomption d’avoir été crédules… quand nous ne l’étions pas (lors des retransmissions d’Apollo 11) et à ne pas nous montrer incrédules quand il faudrait l’être, au contraire : à ce moment précis, en regardant ce film ! Comme dirait Épiménide-le-menteur[7], « Les images mentent toujours, même en affirmant qu’elles mentent ! » En référence à François Truffaut, William Karel a qualifié son film de « documenteur », réalisé pour prouver la facilité de la manipulation des images…

Martiens d’Halloween et dernier des Sages

Sur le même principe, on connaît la célèbre et angoissante adaptation radiophonique de La Guerre des Mondes de H.G Wells par Orson Welles en 1938, à la veille d’Halloween. Saisissante de réalisme à une époque où la radio constitue un média dominant, et dans un contexte de conflit attendu, vu la montée des périls en Europe, cette annonce d’une invasion de Martiens par un faux présentateur de CBS suscite des réactions de panique chez de nombreux auditeurs prenant ces vessies radiophoniques pour les lanternes de l’actualité ! Et toujours sur ces confins douteux entre fiction et réalité, une émission de télévision italienne prétend plus tard « révéler la vérité » sur les fondements prétendument litigieux de la démocratie italienne : consacrant la fin de la monarchie et l’instauration de la république, le référendum institutionnel de 1946 aurait été « manipulé » par des « Sages », lesquels auraient menti sur l’issue du scrutin, en dissimulant la victoire des royalistes. Ils se seraient alors promis de garder le secret absolu, jusqu’au décès prévisible du dernier d’entre eux. À charge pour ce dernier de faire des révélations pour l’Histoire. En croyant que cette émission l’incite à porter un regard critique sur sa crédulité passée, le téléspectateur ne se rend pas compte qu’elle le manipule précisément en jouant de sa naïveté présente : car cette histoire de « pacte du silence » est en fait une fiction, et non un aveu historique !...
On doit au chanteur américain John Stewart (1939–2008) un hommage à Neil Armstrong, intitulé explicitement Armstrong et popularisé surtout par l’artiste country Australien Reg Lindsay (1929–2008)[8]. Tout au long de cette chanson, le refrain rappelle qu’un soir de Juillet, le monde entier s’arrêta, pour voir ce pionnier, un homme nommé Armstrong marcher sur la Lune :

« The world all stopped to watch it
On that July afternoon
To watch a man named Armstrong
Walk upon the moon.
»
Et la chute constitue une éloquente brisure de symétrie avec le refrain :
« And I wonder if a long time ago
Somewhere in the universe
They watched a man named Adam
Walk upon the earth. »

(Et je me demande si voilà longtemps, quelque part dans l’univers, on a vu un homme nommé Adam marcher sur la Terre).

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Op%C3%A9ration_Paperclip
[2] https://fr.wikipedia.org/wiki/Hubertus_Strughold
[3] https://www.haaretz.com/world-news/europe/the-strange-case-of-a-nazi-who-became-a-mossad-hitman-1.5423137
[4] https://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_Skorzeny
[5] https://www.jpost.com/Edition-fran%C3%A7aise/Israel/Les-contradictions-du-Mossad-298034
[6] https://www.youtube.com/watch?v=EqHg8YSJWRk
[7] https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pim%C3%A9nide & https://fr.wikipedia.org/wiki/Paradoxe_du_menteur
[8] https://www.youtube.com/watch?v=wvQq3NQN1E8 & https://www.youtube.com/watch?v=X-1VtFKiBzo
 

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