Le test HPV a gagné une bataille...mais pas la guerre !

Paris, le vendredi 11 juillet 2019 – Le combat a été âpre pour les associations de patients et les professionnels de santé, mais leurs arguments ont fini par emporter la décision de la Haute autorité de santé (HAS).

Nouvelle stratégie

Faisant fi des accusations de « frottis bashing » lancées par certains et ayant sans doute en tête les "scandales sanitaires" qui ont émaillé la chronique sur ce thème en particulier en Irlande, l’agence recommande que le test HPV soit réalisé en « première intention chez les femmes de plus de 30 ans, chez lesquelles il s’avère plus efficace que l’examen cytologique ». « En revanche, avant 30 ans, il n’est pas recommandé car les infections à HPV transitoires sont très fréquentes chez les femmes jeunes » ajoute l’institution sanitaire.

Avec ce nouvel avis, la HAS avait pour objectif de déterminer « le positionnement du test HPV dans la stratégie de dépistage » qui contrairement à « l’examen cytologique, qui s’intéresse à la morphologie des cellules, recherche la présence d’ADN du virus HPV à haut risque chez les femmes ». 

Soulignons, qu’outre son avantage net en termes de sensibilité, le test HPV permet d’allonger à 5 ans l’intervalle entre deux dépistages (contre 3 ans pour le frottis). Il a également comme intérêt de pouvoir être réalisé directement par les patientes grâce à des kits d’auto-prélèvement. Ces derniers devraient être mis à disposition dans les prochains mois, après une « expérimentation (…) en population générale » annonce d’ores et déjà la HAS.

Ubu recommande

Il faut néanmoins tempérer les enthousiasmes et souligner que la HAS n’a pas le pouvoir de modifier les schémas de dépistage organisé (DO) décidés par l’Institut National du Cancer (INCA) et ne peut que proposer « aux pouvoirs publics une stratégie nationale de dépistage incluant le test HPV ». Ainsi, l’INCA, dans le cadre du DO, lancé en janvier 2019 ne prévoit que soit utilisé le test HPV qu’a la suite de la détection d’une anomalie ASCUS révélée par le frottis.

Ainsi si dès aujourd’hui, les praticiens français peuvent se voir opposer ces nouvelles recommandations de la HAS…Mais dans le cadre du DO, la stratégie reste (en théorie) de faire primer le frottis sur le test HPV ! De belles empoignades judiciaires en perspective si des cancers du col ne sont pas diagnostiquées à temps chez des femmes suivant les recommandations de l'INCA...

En outre, soulignons sur ce point, que la France était particulièrement en retard par rapport à de nombreuses sociétés savantes internationales (dont les conclusions ne s’imposent pas aux praticiens français et ne pouvaient donc bénéficier à toutes les femmes françaises).

C'est peut-être ici l'occasion de rappeler que le praticien suivant de lui même la littérature médicale internationale (parfois grâce au JIM !) et soucieux de faire bénéficier à ses patients des dernières avancées de la science est souvent en porte-à-faux avec les recommandations officielles françaises en vigueur...

Ces nouvelles recommandations de la HAS sont basées sur la littérature, dans laquelle il a été fait la preuve, de longue date, de la supériorité du test HPV sur le frottis pour le dépistage primaire du cancer du col de l’utérus chez les femmes de plus de 30 ans et tout particulièrement depuis une méta-analyse de Ronco et coll en 2014 (1).

Il aura donc fallu trois ans supplémentaires pour que le ministère saisisse la HAS (en 2017) et encore deux années pour que celle-ci se prononce. 

Espérons que l’INCA ne prenne pas son temps à son tour et attendons, désormais, des évolutions concernant la vaccination anti-HPV, dont une couverture large donne des résultats remarquables dans certains pays et en particulier l’Australie.

Communiqué de la HAS :
https://www.has-sante.fr/jcms/p_3069063/fr/depistage-du-cancer-du-col-de-l-uterus-le-test-hpv-recommande-chez-les-femmes-de-plus-de-30-ans

F.H.

Référence
1. Ronco G et coll. Efficacy of HPV-based screening for prevention of invasive cervical cancer: follow-up of four European randomised controlled trials. Lancet. 2014 Feb 8;383(9916):524-32

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