Le testicule, site refuge pour les carcinomes à cellules de Merkel

Une équipe de Baltimore rapporte l’observation d’un homme de 54 ans qui consulte pour une tuméfaction nodulaire inflammatoire ulcérée de l’avant-bras gauche, dont l’augmentation de volume en 15 jours incite à l’excision biopsie, qui révèle l’existence d’un carcinome à cellules de Merkel (tumeur neuro-endocrine cutanée). En immunocytochimie (ICC) la tumeur réagit positivement à l’énolase et négativement à la chromogranine. En dehors de l’avant-bras, l’examen clinique est normal, de même d’ailleurs que les examens radiologiques sophistiqués (tomodensitométrie corps entier, Pet-scan).

On a procédé à l’exérèse de la tuméfaction avec curage axillaire gauche. Histologiquement, la tumeur n’était pas encapsulée et composée de petites cellules hyperchromatiques ; les berges n’étaient pas envahies mais deux des ganglions axillaires l’étaient. Un traitement complémentaire par chimiothérapie et radiothérapie (50 Gy sur site et aisselle) a été initié.

Deux mois après la fin des 6 cycles de chimiothérapie, le malade signale l’apparition d’une masse dure dans son testicule droit. La castration droite réalisée par voie inguinale a permis de dépister une tumeur métastatique neuro-endocrine du même type histologique que la tumeur primitive, siégeant autour des tubes séminifères, avec cette différence que, cette fois, elle se colorait avec la chromogranine. On n’a pas proposé de traitement complémentaire, car ce « site refuge » semblait avoir été éradiqué par l’orchidectomie. De fait, lors de sa dernière consultation 3 ans plus tard, le malade semblait se porter bien sans autre localisation.

Le cancer à cellules de Merkel (CCM) est une tumeur cutanée rare, frappant surtout les sujets âgés, dans les zones exposées au soleil (tête et cou, extrémités). La maladie reste le plus souvent localisée, et les disséminations lymphatiques et métastatiques rencontrées ici sont rares. Il s’agit d’un cancer agressif, certes radio et chimio sensible, mais avec une tendance importante à la récidive, locale, régionale, ou métastatique, au niveau cutané ou lymphatique, exceptionnellement testiculaire ; ses critères ICC comprennent la réaction à l’énolase et à la chromogranine. L’apparition de la CCM dans le testicule peu après la fin de la chimiothérapie suggère que celle-ci a éradiqué la maladie partout ailleurs, sauf dans ce « site refuge », peut –être du fait d’une triple « barrière hémato-testiculaire » empêchant l’action de la chimiothérapie au niveau gonadique.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Tummala MK et coll. : « Testis : a sanctuary site in Merkel cell carcinoma.” J Clin Oncol., 2006 ; 24 : 1008-9.

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