Le tramadol sous surveillance

Paris, le jeudi 16 janvier 2020 -  Le tramadol est l’antalgique opioïde le plus prescrit en France : en 2017, 6,8 millions de Français en ont consommé au moins une fois dans l’année.

Or, plusieurs enquêtes d’addictovigilance ont montré un mésusage croissant de cette spécialité. Des travaux de 2017, menés par le Centre d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance-Addictovigilance (CEIP-A) mettaient ainsi en évidence que le tramadol est le médicament le plus impliqué dans les décès liés à la prise d’antalgiques opioïdes, soit 46 % des 105 décès directs recensés. Il est également le deuxième antalgique le plus fréquemment retrouvé sur les ordonnances falsifiées, derrière la codéine.

Conséquence logique : une autre enquête de 2018 du CEIP-A a mis en évidence que le tramadol est le premier antalgique opioïde identifié dans le cadre d’usages problématiques à la fois chez les usagers de drogue mais également dans la population générale pour le traitement de la douleur.

La durée maximale de prescription réduite de 12 à 3 mois

Dans ce contexte, l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament) annonce réduire de 12 à 3 mois la durée maximale de prescription des médicaments antalgiques contenant du tramadol administrés par voie orale. Cette nouvelle réglementation sera applicable à compter du 15 avril 2020. Au-delà de 3 mois, la poursuite d’un traitement par tramadol per os nécessitera donc une nouvelle ordonnance.

L’agence du médicament entend ainsi « limiter leur mésusage ainsi que les risques de dépendance ». 

L’Agence ne s’arrête pas à ces restrictions et demande « aux professionnels de santé de rester vigilants lors de la prescription ou la délivrance des médicaments contenant du tramadol : il est indiqué uniquement dans le traitement des douleurs modérées à intenses, mais ne doit pas être prescrit dans le traitement de la migraine. Pour limiter le risque de dépendance, il doit être prescrit pendant la durée la plus courte possible. Pour éviter un syndrome de sevrage, la posologie doit être diminuée progressivement avant l’arrêt du traitement. Il doit être délivré dans les plus petits conditionnements possibles, adaptés à la prescription ».

Le professeur Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie clinique du CHU de Clermont-Ferrand indique, en outre, dans les colonnes du Monde : « certains patients présentent des symptômes de dépendance après seulement un mois et le sevrage est complexe, car le tramadol agit à la fois comme un antidouleur et un antidépresseur ».

Cette décision intervient alors que l’Amérique du nord est toujours en proie à la crise des opioïdes. Un phénomène sans commune mesure avec ce qui se passe en France puisque le mésusage d’opioïdes serait à l’origine de 218 000 décès ces vingt dernières années outre Atlantique.

Notons que parallèlement, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient d’annoncer qu’elle retirait l’OxyContin de sa liste des médicaments de première intention des douleurs chroniques…sur fond de soupçons de conflits d’intérêts.

F.H.

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Vos réactions (3)

  • Regrets

    Le 16 janvier 2020

    Une étude à vous faire regretter le Di-Antalvic, qui en plus était beaucoup mieux toléré chez mes patients.

    Guy Invernizzi, pharmacien.

  • Di Antalvic

    Le 17 janvier 2020

    On a remplacé le Di Antalvic sur injonction européenne, par le tramadol, beaucoup moins bien toléré, et pouvant conduire à la dépendance…

    Dr Daniel Muller

  • Problème de fonctionnement de l'Europe

    Le 17 janvier 2020

    J'ai prescrit pendant de nombreuses années du propofan (Di- antalvic caféiné) avec d'excellent résultats. Pourquoi être obligé de suivre des décisions européennes quand on sait qu'elles sont mauvaises ?
    Il y a un problème de fonctionnement de l'Europe à revoir en profondeur.

    Dr Bertrand Pihouée

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