L’efficacité anti-tumorale des inhibiteurs du check point immunitaire peut être modifiée par des co-prescriptions

Les inhibiteurs du point de contrôle immunitaire ont révolutionné le traitement de certains cancers avancés. Et le microbiote intestinal s’est avéré être un composant important de la réponse anti-tumorale. En effet, une étude a montré récemment qu’une antibiothérapie prescrite au moment de l’initiation d’un traitement par inhibiteur du check point avait un impact sur le microbiote et, par cet intermédiaire, pouvait compromettre l’effet anti-tumoral du traitement.

Pour aller plus loin, une équipe française a réalisé une étude rétrospective. L’objectif était d’évaluer dans quelle mesure certaines co-médications, prescrites en rhumatologie et connues pour modifier le microbiote intestinal, peuvent altérer l’efficacité des inhibiteurs du point de contrôle immunitaire et/ou avoir un impact sur la survenue d’effets indésirables quand elles sont administrés au début du traitement.

Au total, 635 patients atteints de cancer et traités par inhibiteur du check point immunitaire ont été inclus. Parmi eux, 293 présentaient un mélanome, 150 un cancer pulmonaire non à petites cellules et 83 un carcinome rénal. Une pathologie auto-immune pré-existait chez 8 % des patients, le plus souvent rhumatologique ou endocrinienne. Les co-prescriptions les plus courantes étaient les psychotropes (41,1 %), les inhibiteurs de la pompe à protons (37,3 %), les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine et les bloqueurs du récepteur de l’angiotensine II (32 %), les glucocorticoïdes (24,2 %), les antibiotiques (24 %), les statines (20,8 %) et la morphine (20,6 %).
 
La prise de glucocorticoïdes au moment de l’initiation du traitement (≥ 10 mg d’équivalent prednisolone) est associée à une réduction significative de la survie totale (survie médiane de 4,5 mois vs 24,3 mois) et une réponse tumorale moins fréquente (55 % vs 73 %). En revanche, prescrits après le début du traitement pour gérer les effets indésirables, les glucocorticoïdes ne semblent pas influencer l’efficacité des inhibiteurs du point de contrôle immunitaire. Les inhibiteurs de la pompe à protons réduisent aussi la survie totale (10,9 mois vs 24,3 mois de survie médiane) et la réponse tumorale (62 % vs 71 %).

L’étude confirme l’effet des antibiotiques prescrits au début du traitement, ainsi que celui des psychotropes (survie médiane 9,3 mois). En revanche, les bloqueurs du système rénine-angiotensine, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l’aspirine, ou les statines, ne semblent pas avoir d’influence sur l’efficacité du traitement.

Plusieurs de ces traitements sont prescrits en rhumatologie et il semble essentiel de connaître ce possible effet négatif pour évaluer précisément la balance bénéfice-risque de la prescription.

Dr Roseline Péluchon

Références
Kostine M et coll. : Commonly used drugs in rheumatology may alter anti-tumoral response to immune checkpoint inhibitors.
European League Against Rheumatism) (Madrid): 12-15 juin 2019.

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