Les anciens grands prématurés ont davantage de TEC !

Le suivi des anciens grands prématurés doit être prolongé au delà de l’âge de 2 ans, même quand ils n’ont pas de lésions neurologiques, parce qu’ils constituent une population à risque élevé de troubles du développement. Ils peuvent notamment présenter des troubles émotionnels et comportementaux (les TEC) qui entravent leur scolarisation.

Une équipe néerlandaise (1) a voulu étudier les TEC à l’âge de 5 ans, c’est à dire à l’entrée à l’école aux Pays-Bas, dans une cohorte de très grands prématurés (TGP, < 32 SA) et/ou très petits poids de naissance, (TPPN, <1500g), par comparaison avec des enfants du même âge, issus de la population générale, et en liaison avec d’autres problèmes médicaux, notés par les pédiatres.

Elle a adopté pour cela une méthodologie rigoureuse. Le groupe des TGP/TPPN (402 dossiers complets) est représentatif ; le groupe de référence (6007) aussi. Les TGP de plus de 1500g (24,1 %) et les TPPN de plus de 32 SA (11,7 %) sont identifiés (ce qui n’influe pas sur les résultats). La définition des TEC est conforme à la Classification Internationale des Maladies (CIM 10). L’outil d’évaluation est un questionnaire aux parents bien validé, la Child Behavior Checklist (CBCL), dont il existe d’ailleurs une version française (2). Les taux de réponse ont atteint 76 % pour les TGP/TPPN et 87 % pour les témoins. Enfin les groupes et leurs scores ont fait l’objet d’une analyse statistique. A ce propos, il faut préciser que la CBCL donne pour chaque enfant des scores par problèmes, pour les « troubles externalisés » (comportementaux visibles) et pour les « troubles internalisés » (anxio-dépressifs) ; et global ; et que les différents scores d’un groupe d’enfants peuvent être séparés en normaux/pathologiques (en posant des valeurs-limites) ou moyennés.

A l’analyse des résultats, la cohorte des TGP/TPPN de 5 ans a, dans l’ensemble, plus de TEC que la population générale. Ainsi, la prévalence d’un score global pathologique est de 13,2 % dans cette cohorte versus 8,7 % en population (odds ratio=1,60 ; IC 95%=1,18 à 2,17). Dans le détail, la cohorte a une prépondérance de troubles externalisés et de l’attention. Cette prépondérance est plus accusée quand les enfants ont d’autres troubles du développement ou quand ils ont été ventilés plus de sept jours ou traités par corticoïdes à la naissance. Ainsi, la cote Z des scores moyens est supérieure à 0,5 pour les problèmes sociaux (0,67) et d’attention (0,70), en cas de troubles du développement associés. En ce qui concerne les troubles internalisés, les résultats sont discordants, à ceci près que les filles TGP/TPPN sont plus introverties que les garçons et les témoins.

L’augmentation du taux de survie des TGP/TPPN confère tout leur poids aux résultats de cette étude. A l’entrée à l’école, ces enfants ont environ 1,5 fois plus de TEC que ceux de la population générale, surtout des troubles sociaux et de l’attention. Il est facile de les attribuer à « la prématurité » ; mais « des facteurs d’environnement » jouent sûrement aussi un rôle, ainsi que le suggère le niveau d’instruction plus bas des mères des TGP/TPPN. En tout cas, cet excès de TEC chez les très grands prématurés justifie une information des parents et des enseignants, un suivi pédiatrique prolongé, et, probablement, un dépistage systématique à l’entrée à l’école et un soutien éducatif.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1) Reijneveld S A et coll. : « Behavioral and emotional problems in very preterm and very low birthweight infants at age 5 years » Arch Dis Fetal Neonatal Ed 2006 ; 91 : F423-F428
2) Fombonne E et coll « The Child Behavior Checklist : un instrument pour la recherche en psychiatrie de l’enfant » Psychiatr et Psychobiol 1988 ; 3 : 409-418

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