Les centres de santé de Médecins du Monde (ne) connaissent (pas) la crise

Paris, le mercredi 17 octobre 2012 – Dans une France idéale, les Centres d’accueil, de soins et d’orientation (CASO) mis en place par Médecins du Monde (MDM) ne devraient pas exister. En 1998, la création des Permanences d’accès aux soins de santé (PASS) destinées à accueillir au sein des hôpitaux les plus démunis et les étrangers en situation irrégulière aurait dû signer la fin de ces structures associatives, de même qu’un an plus tard l’institution de la couverture médicale universelle (CMU). De fait, MDM a fermé entre 2000 et 2004, une dizaine de ses centres sur les trente-deux structures qui ont été fondées entre 1986 et 2000 et le nombre de patients reçus a constamment diminué. Mais depuis 2008, une nouvelle hausse des consultations est constatée : une progression de 22 % a ainsi été observée entre 2008 et 2011 selon un rapport publié hier par MDM à la veille de la journée mondiale du refus de la misère. Des conditions d’admission à l’Aide médicale d’Etat plus difficiles, une politique de contrôle de l’immigration clandestine renforcée, les effets de la crise économique et le mauvais fonctionnement de certaines PASS expliquent cette recrudescence.

Quand les PASS se reposent sur les CASO

Au-delà des critiques qu’elle a fréquemment formulées ces dernières années à l’encontre de la politique appliquée en matière de lutte contre l’immigration clandestine, qui a notamment accru les difficultés d’accès aux soins des étrangers sans papiers, MDM observe en effet qu’une partie des problèmes rencontrés par les patients reçus par l’association est liée aux manquements des PASS. Ces structures mettent en effet insuffisamment en place des dispositifs permettant de dépasser la barrière de la langue (notamment en psychiatrie), elles ne proposent que rarement des soins dentaires (alors que la santé buccodentaire des personnes défavorisées est souvent préoccupante) et elles manquent cruellement de visibilité. Les dysfonctionnements de ces PASS sont tels dans de très rares cas, que ces permanences n’hésitent pas parfois à orienter elles-mêmes leurs patients vers les CASO. « Dans 4 % des cas, les personnes ont été adressées vers nos centres par des structures capables d’assurer elles-mêmes les soins », signale ainsi Médecins du Monde.

Des engagements encourageants mais pas suffisants

Or, quand ils sont pris en charge par les CASO, ces patients démunis et souvent sans logement (dans 72 % des cas) sont parfois soignés trop tardivement. MDM estime ainsi à 38 % la proportion de ses patients présentant un retard de prise en charge, une proportion qui augmente jusqu’à 45 % chez les femmes enceintes. Face à cette situation, l’association appelle le gouvernement à agir : elle estime en effet encore insuffisants les engagements pris ces dernières semaines, visant notamment à supprimer le forfait d’entrée à l’AME.

Aurélie Haroche

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