Les chirurgiens-dentistes se cassent les dents sur la crise

Paris, le vendredi 22 mai 2020 - Avec le confinement, le recours aux soins dentaires a connu une baisse vertigineuse, jusqu’a - 83 % en avril par rapport à l’année dernière. Bien que la profession espère un rattrapage, de nombreux cabinets dentaires se retrouvent dans une situation critique. D’autant que la HAS (Haute autorité de santé) et les sociétés savantes d’odontologie recommandent, à juste tire, de prendre des précautions strictes qui entraineront fatalement une baisse d’activité sur le long terme.

L’impossible retour à la normale

Ainsi, en pratique, l’institution sanitaire préconise de continuer à repousser certaines interventions, en particulier pour les patients suspects ou avérés de Covid-19. Véritable casse-tête pour les équipes, la HAS demande également « une planification particulière des rendez-vous et une procédure spécifique d’accueil des patients (…) afin, notamment, de limiter les contacts entre les patients et de limiter la contamination du cabinet dentaire ».

De plus, outre l’impossibilité évidente de faire porter constamment un masque aux patients, on rappellera, comme le Dr Laurent Dussarps, dans la revue EDP Dentaire que « lorsque le chirurgien-dentiste travaille en bouche, il utilise des instruments dynamiques qui pulvérisent à grande vitesse de l’air et de l’eau qui se mélangent à la salive ». Ce phénomène « entraine des projections sur toutes les surfaces alentours et un nuage de plusieurs mètres pouvant persister des heures constituant une contamination de l’atmosphère de la salle de soins ». Ceci oblige donc à une désinfection minutieuse entre chaque patient.

Pour le CDF (Les chirurgiens dentistes de France) qui ne peut que soutenir ces recommandations, ces ajustements entraîneront une baisse de 40 % du chiffre d’affaires dans les mois à venir.

Dans ce contexte sanitaire difficile, certains dentistes, notamment à Paris, estiment ne pas avoir d’autres choix que d’exiger un test PCR négatif récent de leurs patients pour accepter de les recevoir. Pour faciliter cette procédure (qui n’offre cependant pas d’assurance totale), début mai déjà, dans une lettre ouverte envoyée au président de la République, la Société Odontologique de Paris (SOP) avait exigé « la mise à disposition des tests de dépistage du Covid-19 aux chirurgiens-dentistes ».

« Des cabinets ne rouvriront pas »

Les dentistes font également face à de grandes difficultés pour couvrir leurs besoins en équipements de protection…D’autant que certains ont été réquisitionnés au début de la crise. Il faut en effet, comme le recommande la HAS que toute l’équipe du cabinet dispose d’une tenue professionnelle et d’équipements de protection individuelle adaptés à chaque situation. A l’heure actuelle, seuls 24 masques FFP2 sont distribués via les officines aux dentistes par semaine. Un chiffre insuffisant, notamment pour équiper convenablement leurs assistants. Quant aux lunettes de protection, les dentistes n’y auront accès que fin mai ! Dans ce contexte de crise, on estime à 1000 € par mois le surcoût lié à l’approvisionnement en équipements non pris en charge par la collectivité.

Certes, les dentistes ont rapidement pu compter sur une aide exceptionnelle de 4 500 € de leur caisse de retraite, mais il est néanmoins probable que certains chirurgiens-dentistes ne se relèvent pas du tsunami économique et sanitaire.

« Des cabinets ne rouvriront pas du tout ou pas tout de suite : des consoeurs ou confrères proches de la retraite s’arrêteront tandis que d’autres ne reprendront pas parce qu’ils ont des facteurs de risque importants face au Covid ou parce qu’ils ne peuvent s’organiser », déplore Thierry Soulié du CDF.

Ce dernier promet néanmoins d’amener la CNAM à adapter la convention à cette crise.

Des discussions doivent s’ouvrir le mois prochain avec la Caisse.

X.B.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article