Les défis de l’activité chirurgicale pendant la pandémie de Covid-19

Au cours de la pandémie d’infection à SARS-CoV-2 qui a sévi au cours de ces derniers mois (et qui n’est pas terminée), les autorités de santé dans plusieurs pays ont recommandé d’ajourner les actes de chirurgie non urgents dans le but d’optimiser les ressources en personnel et matériel des unités de soins intensifs (USI) et de limiter la fréquentation des hôpitaux, présentés comme des « bouillons de culture. » Toutefois, il arrive que des patients doivent être opérés sans délai.

Des auteurs-jordaniens-mentionnent l’évidente nécessité pour le personnel médical de disposer alors de masques, lunettes, casaques, couvre-chefs et couvre-chaussures, 2 paires de gants superposées, etc. Tous les membres de l’équipe médicale doivent prendre leur température tous les jours, toute fièvre chez un membre entraînant son éviction temporaire de l’équipe et son évaluation.

Les anesthésistes devront oxygéner rapidement leurs malades pour permettre l’intubation sans recourir à la ventilation manuelle, source éventuelle de dissémination des germes. Un lavage prolongé des mains est recommandé après ablation des gants et, bien évidemment, l’équipement sera à usage unique et les appareils anesthésiques seront désinfectés avec soin entre 2 interventions. De même, un filtre de haute qualité sera placé à l’entrée du circuit de respiration.

Reconsidérer les indications de la cœlioscopie

Le nombre d’assistants à l’intervention sera réduit au strict indispensable et l’idéal est de mettre en pression négative le box où le malade ira en USI. On limitera au minimum le recours aux aérosols, dangereux pour les soignants (intubation, extubation, drainage thoracique, etc.). On se méfiera aussi de la fumée produite par les bistouris électriques et on l’évacuera au mieux.

En dépit des avantages de la cœlioscopie, ses indications seront reconsidérées, car le pneumopéritoine (dont la pression devra être le plus basse possible) augmente la rétention de CO2 et réduit la capacité pulmonaire, élevant le risque de contamination péri-opératoire. De plus, l’exsufflation devra être lente et surveillée.

Les pièces opératoires prélevées devront être manipulées avec précaution pendant leur transport au laboratoire et par les anatomopathologistes. Quant aux opérés, même ceux qui ne sont pas a priori infectés doivent être surveillés de près, toute fièvre ou toux devant faire rechercher le virus. Ceux avec une RT-PCR positifs, symptomatiques ou non seront isolés dans un box à pression négative, sous oxygénothérapie intense. Les visites postopératoires donneront lieu à des soins particuliers, le personnel soignant devant éviter tout contact avec les secrétions, purulentes ou non, des opérés. Tout le personnel en contact avec un patient atteint de Covid-19 devra être isolé et mis en quatorzaine.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Al-Balas M, Al-Balas HI, et Al-Balas H. : Surgery during the Covid-19 pandemic : a comprehensive overview and perioperative care. Am J Surgery, 2020 Jun;219(6):903-906. doi.org/10.1016/j.amsurg.2020.04.018

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Vos réactions (1)

  • La vraie vie

    Le 03 juillet 2020

    Je lis la dernière phrase :
    "Tout le personnel en contact avec un patient atteint de Covid-19 devra être isolé et mis en quatorzaine." 
    C’est énorme comme proposition, non ?

    Dr Jean-Yves Marandon

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