Les édulcorants, bon ou mauvais ?

La préoccupation croissante de jouir d’une « bonne santé » a encouragé beaucoup de personnes à adopter des comportements plus sains et à modifier certaines habitudes alimentaires. Parmi ces changements figure notamment une réduction de la consommation de sucres. Les produits contenant des édulcorants connaissent depuis quelques années un gain de popularité, remplaçant pour certains les aliments contenant des sucres simples (monosaccharides et disaccharides).

Les effets sur la santé de ces édulcorants ont fait l’objet de nombreux travaux, mais les résultats de ceux-ci sont souvent contradictoires : alors que certaines études notent une association entre l’utilisation des édulcorants et une réduction du risque de diabète de type 2, de surpoids et d’obésité, d’autres suggèrent qu’ils augmenteraient le risque de surpoids, de diabète et de cancer. Difficile donc de s’y retrouver.

Une étude parue récemment dans le British Medical Journal fait le point sur les données publiées. Il s’agit d’une revue systématique des travaux comparant un grand nombre d’items (contrôle glycémique, poids ou IMC, cancer, pathologies cardiovasculaires, etc.), selon que les participants étaient ou non consommateurs d’édulcorants. Au total 56 études ont été retenues pour une méta-analyse, dont 35 études observationnelles, incluant des adultes et des enfants.

Tout au plus un très léger bénéfice sur le poids

Force est de constater que pour la majorité des items, il n’existe pas de différence significative, statistiquement ni cliniquement, entre les amateurs d’édulcorants et les autres, ni, chez ceux qui utilisent des édulcorants, selon les quantités consommées. Tout au plus, un très léger bénéfice sur le poids est suggéré par 2 études incluant au total 174 adultes (différence moyenne 0,6 kg ; intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,19 à 0,01), ainsi que sur la glycémie à jeun dans 2 études incluant 52 adultes (-0,16 mmol/l ; IC -0,26 à -0,06). Pour tous les autres items, il n’apparaît pas de différence entre les personnes préférant les édulcorants et les autres. Notamment on ne retrouve aucun effet sur le surpoids ou l’obésité, chez l’adulte ni chez l’enfant souhaitant perdre du poids.

Autrement dit, les édulcorants ne semblent pas apporter de bénéfices en terme de santé, mais en revanche, l’éventualité d’effets indésirables ne peut être écartée.
 
Les auteurs déplorent toutefois la faiblesse des études existantes : peu de participants, durée brève, qualité méthodologique moyenne. Les résultats de cette méta-analyse sont donc à considérer avec quelques précautions, et des essais de plus grande ampleur et méthodologiquement rigoureux pourraient être utiles pour mettre un point final à ce sujet si souvent débattu.
 

Dr Roseline Péluchon

Références
Toews I et coll. : Association between intake of non-sugar sweeteners and health outcomes: systematic review and meta-analyses of randomised and non-randomised controlled trials and observational studies. BMJ 2019;364:k4718

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Vos réactions (2)

  • Des études insuffisantes

    Le 14 janvier 2019

    La meilleure des revues de littérature ne peut donner que ce qu'elle a. Bien souvent il s'agit d'amalgamer des études disparates dont aucune n'est rigoureusement informative. Dans le cas des édulcorants, l'impact de leur utilisation sur l'apport calorique réel n'est souvent pas mesuré de manière fiable.
    Ce qu'on observe, c'est que la consommation d'édulcorants participe effectivement à une perte de poids quand (et seulement quand) la ration énergétique globale est réellement et durablement réduite. Il ne s'agit donc pas d'une action spécifique des édulcorants. Au contraire, dans la pratique, ces derniers entraînent en général une compensation alimentaire due au découplage entre la stimulation des récepteurs et la glycémie, lequel apparaît néfaste pour l'homéostasie métabolique. Raison pour laquelle l'effet sur le poids est inconstant, même probablement nul en dehors de contextes expérimentaux avec des prises alimentaires étroitement contrôlées.

    Question encore plus importante à laquelle la plupart des études répondent peu, ou mal : quels sont les effets à long terme d'une consommation au long cours d'édulcorants, et aux différents âges ? Les cohortes qui se sont intéressé à la toxicité ont certes montré une absence de signal préoccupant, mais elles n'ont généralement pas mesuré les modifications infracliniques de la production d'adipokines, du contrôle central de la prise alimentaire et du microbiote intestinal, tous facteurs qui expliquent sans doute un effet paradoxalement diabétogène, et d'autres conséquences potentielles sur la santé.

    Les édulcorants ne guérissent pas plus de l'addiction au sucre que la méthadone ne guérit de la dépendance aux opiacés. Ils l'entretiennent plutôt, pour le plus grand bénéfice des marchands de produits sucrés ou édulcorés.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Pas sérieux

    Le 20 janvier 2019

    Ce n'est pas sérieux de faire une étude sur les "édulcorant,ts" sans indiquer de quels édulcorants il s'agit, comme s'ils étaient tous identiques !

    Dr Roger Jaubert

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