Les héros en blouse blanche en état d’alerte maximum

Paris, le mardi 17 mars 2020 – Sur les réseaux sociaux, la formule a suscité quelques crispations. Lors de sa première allocution solennelle, le président de la République a tenu à rendre hommage aux « héros en blouse blanche » qui font face à l’épidémie de Covid-19 depuis plusieurs semaines. Certains ont fait remarquer que plutôt que ce message lyrique, ils auraient préféré recevoir des équipements de protection individuelle (EPI) en nombre suffisant. Qu’il s’agisse de la médecine de ville ou des établissements hospitaliers, partout en France, en effet, les professionnels de santé évoquent des situations de pénurie en masques, solutions hydro-alcooliques ou encore lunettes de protection. Le ministre de la Santé a hier soir et ce matin fait de nouvelles annonces sur le sujet.

Réorientation des productions papier et textile vers la fabrication de masques

Les médecins, pharmaciens, infirmiers libéraux pourront ainsi « récupérer » selon les termes du ministre « du matériel de protection » (dont des masques FFP2) dans les pharmacies des 25 départements les plus touchés dès ce soir et demain ou jeudi au plus tard sur l’ensemble du territoire. Si l’énumération préliminaire du ministre a une fois encore omis d’inclure les personnels des laboratoires médicaux (les dentistes pour leur part ont été priés le 14 mars de limiter leurs soins à la prise en charge des urgences), ces derniers pourront également être dotés en masques. Ce matin, Olivier Véran a par ailleurs donné des précisions parcellaires sur l’état des stocks : la France disposerait de 110 millions de masques chirurgicaux. Concernant les appareils respiratoires FFP2, le ministre de la Santé s’est montré plus évasif déclarant. « Nous avons suffisamment de masques FFP2 pour faire face aux besoins hospitaliers et pour équiper les infirmières ou les médecins libéraux » a-t-il indiqué. Cependant, il a admis qu’en fonction de la durée de l’épidémie, les équipements pourraient manquer. Il a cependant assuré : « Nous en achetons partout, nous en fabriquons partout. Nous orientons nos productions papier, textile, vers la production de masques ».

Tsunami

L’annonce de ce nouvel approvisionnement en masques et du déploiement d’un hôpital de campagne dans le Haut-Rhin représente un réel espoir pour les équipes hospitalières qui font déjà face ou redoutent de faire face à un véritable « tsunami » pour reprendre le terme employé par des infectiologues de l’Assistance publique/hôpitaux de Paris (AP-HP) réunis samedi. Cette déferlante submerge déjà les établissements du Haut-Rhin. Ainsi, ce week-end, Yannick Gottwales chef du pôle urgences de l’hôpital Pasteur à Colmar dans un mail adressé à ses équipes a indiqué avoir réuni un collège de spécialistes pour déterminer les critères de « limitation d’accès à la réanimation ». Ces critères sont notamment des critères d’âge : au-delà de 75 ans, la décision pourrait être prise de ne pas engager de réanimation, compte tenu des faibles taux de survie des patients après extubation. L’application de tels critères dans un pays comme la France suscite nécessairement des dilemmes éthiques très difficiles à assumer pour certains soignants. C’est la situation de saturation des hôpitaux, officiellement actée par la préfète du Grand-Est, Josiane Chevalier ce matin qui contraint à de telles extrémités.

Préparation minutieuse en Ile de France

Une telle situation n’est pas encore à déplorer en Ile-de-France mais les équipes s’y préparent de façon active et inquiète. Certains établissements comme l’hôpital Bichat sont proches de la saturation, même si en Ile-de-France, il existe un très grand nombre de structures « et un potentiel d’augmentation capacitaire plus conséquent que dans d’autres régions » explique le professeur Jean-Damien Ricard, médecin réanimateur à l’hôpital Louis-Mourier à Colombes. L’Ile de France a également pu bénéficier d’un temps de préparation un peu plus long que le Grand-Est qui a été la première région à faire face à un afflux considérable de patients.

Des outils numériques faciles à utiliser et utiles

L’organisation des structures hospitalières doit également pouvoir compter sur un suivi solide des patients en ambulatoire. Dans ce cadre, l’AP-HP a su mettre en place très rapidement une application destinée au « télésuivi à domicile » des patients suspectés d’être infectés par SARS-CoV-2 sans signe de gravité. Il s’agit de répondre à des questionnaires médicaux une ou deux fois par jour, dont les réponses sont analysées par des personnels de santé afin de détecter d’éventuels signes d’aggravation. De la même manière, le Collège de médecine générale (CMG) propose différents outils pour la prise en charge des patients et l’organisation du cabinet, au sein d’un module baptisé Coronaclic.

Concernant les signes de gravité qui doivent conduire à l’hospitalisation, le CMG énumère : « Polypnée> 22/min - Sp02 < 90% en air ambiant - Pression artérielle systolique < 90 mmHg - Altération de la conscience, confusion, somnolence - Déshydratation - Altération de l’état général brutal chez le sujet âgé ». Parallèlement à ces rappels, des conseils sont donnés pour l’organisation du cabinet. Les patients présentant des symptômes respiratoires doivent être dans la mesure du possible accueillis lors de plages horaires dédiées. Par ailleurs, un lieu d’accueil spécifique doit être aménagé pour recevoir ces patients (afin qu’ils soient isolés des autres). En tout état de cause, les praticiens doivent garantir le respect des mesures barrière et des « distances » de sécurité au sein de leur salle d’attente. Un nettoyage régulier est recommandé ainsi que le retrait de tous les objets non indispensables (revues, jouets…). Le CMG préconise en outre par ailleurs de privilégier la téléconsultation pour le suivi des patients atteints de maladie chronique.

Distribution massive de paracétamol

Les médecins généralistes ne sont pas les seuls à devoir essayer le plus possible de mettre en œuvre de telles mesures. Les médecins spécialistes, dont certains ont réduit leur activité à l’accueil des urgences, sont soumis aux mêmes recommandations. Les pharmaciens d’officine, en première ligne, rencontrent également des difficultés à organiser l’accueil des patients dans un cadre respectueux de ces prescriptions de sécurité. Certains ont choisi de délivrer les médicaments « grille fermée » en recevant les ordonnances sur le pas de la porte de l’officine. Beaucoup hier, comme le relevait l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) ont été confrontées à des demandes inhabituelles de paracétamol, liées aux préconisations d’éviter les anti-inflammatoires. Le syndicat tient à rassurer quant au faible risque de pénurie. De fait, tant Sanofi qu’UPSA s’ils confirment une hausse « très significative » des demandes excluent pour l’heure toutes tensions d’approvisionnement. « A ce jour, nos stocks nous permettent de poursuivre les livraisons vers nos clients. Nous surveillons de près l’évolution de la situation », indique ainsi Upsa, qui a déjà déployé les mesures nécessaires pour accroître ses capacités de production. Dans d’autres pays, cependant, la situation apparaît plus critique. Ainsi, le Danemark a pris des mesures de restriction de distribution de paracétamol.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

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    Le 18 avril 2020

    Bien sûr que dans les régions les plus atteintes, au maximum de l'épidémie, il y a eu des choix à faire...
    Les sociétés savantes d'anesthesie-reanimation, des urgentistes, des soins palliatifs s'appuyaient sur des critères.

    Pr A. Muller

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