Les jeunes enfants, victimes indirectes des conflits armés

Une étude publiée en 2017 estimait que dans les zones de guerre, le nombre de décès de « civils » non impliqués dans les combats excédait largement celui des combattants. Mais dans le même temps, la mortalité infantile continue à décliner, même dans les pays engagés dans des guerres, comme en Angola ou en République démocratique du Congo. A l’exception du génocide rwandais ou de l’actuelle guerre en Syrie, l’impact des conflits sur la mortalité infantile est en réalité rarement parfaitement établi.

Le Lancet publie des résultats d’une étude internationale analysant les données des conflits armés dans 35 pays d’Afrique entre 1995 et 2015. Au cours des 30 dernières années, l’Afrique a en effet été le siège de conflits armés plus intenses et plus fréquents que dans n’importe quel autre continent. L’objectif de l’étude était de préciser le lien entre la zone de résidence et la mortalité infantile, selon l’existence ou non d’un conflit armé. Les données sont issues du « Uppsala Conflict Data Program Georeferenced Events Dataset ».

Au total près de 2 millions de naissances ont été répertoriées, 133 361 décès d’enfants de moins de 1 an et 204 101 décès d’enfants de moins de 5 ans.

Sans trop de surprise, les données recueillies montrent que les conflits armés augmentent le risque de décès des jeunes enfants. Un enfant né à moins de 50 km d’un conflit a un risque de décès avant 1 an de 5,2 pour 1 000, risque augmenté en moyenne de 7,7 % par rapport à celui prévalant dans la région avant la guerre. Logiquement, cette augmentation du risque varie selon la violence du conflit, allant de 3 % pour les conflits faisant peu de morts parmi les combattants, à plus de 26 % pour les conflits faisant plus de 1 000 morts.

Un excès de mortalité longtemps après la fin du conflit

Mais l’élément le plus intéressant de l’étude est que les jeunes enfants continuent à être victimes des conflits alors que ceux-ci sont terminés, jusqu’à 8 ans après la fin de ceux-ci, avec une mortalité infantile 2 à 4 fois supérieure à celle des zones de la région n’ayant pas connu de conflit.

Selon ces données, dans le continent africain, le nombre de décès d’enfants en lien avec un conflit armé, est entre 3,2 et 3,6 fois supérieur à celui des décès directs pendant ces conflits. Ces chiffres sont presque 10 fois supérieurs à ceux établis par The Global Burden of Disease Study qui estimait en 2018 que, depuis 1994, les conflits étaient à l’origine de moins de 0,4 % des décès des enfants de moins de 5 ans en Afrique.

Les données confortent l’idée d’un rôle complexe des conflits armés sur la mortalité infantile. Si, de manière évidente, ils compromettent la sécurité des jeunes enfants (par exemple par des blessures infligées aux parents, ou des dommages aux habitations), il existe aussi une augmentation de la mortalité par retard de croissance ou de la mortalité néonatale,évoquant l’implication d’autres facteurs, complications obstétricales ou infections favorisant la malnutrition, comme il peut s’agir aussi d’un effet à plus long terme de la destruction des infrastructures, rendant difficile l’accès aux soins.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Wagner Z et coll. : Armed conflict and child mortality in Africa: a geospatial analysis. Lancet, 2018 ; publication avancée en ligne le 30 août. doi: 10.1016/S0140-6736(18)31437-5.

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