Les jeunes et futurs médecins fustigent la subjectivité du rapport Vigier

Paris, le lundi 6 août 2018 - La récente parution du rapport sur l’égal accès aux soins des Français sur l’ensemble du territoire et la lutte contre la désertification médicale, dit « rapport Vigier », a suscité bien des réactions du côté des syndicats de médecins. S’ils demeurent partagés sur certains points, ils ont toutefois rejeté à l’unanimité la proposition N°27 d’ « étendre aux médecins les dispositifs de conventionnement sélectif déjà appliqués depuis longtemps à d’autres professionnels de santé ». Cette mesure récemment défendue par la Cour des comptes et par plus d’une centaine de sénateurs de tous bords lors de l'examen du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2018 n’est pas non plus du goût des internes et jeunes médecins.

Dans un communiqué en date du 27 juillet 2018, les deux syndicats d’internes (ISNAR-IMG [Inter Syndicale Nationale Autonome Représentative des Internes de Médecine Générale] et ISNI [InterSyndicale Nationale des Internes]) et celui des jeunes généralistes (ReAGJIR) dénoncent ainsi « le prisme illusoire de la coercition » et accusent le rapporteur, le député Philippe Vigier (UDI), de brandir « inlassablement sa proposition inefficace et dangereuse de conventionnement sélectif ». Ils regrettent surtout que « faisant fi des avis recueillis lors des auditions, le rapporteur s’est servi de cette tribune pour y introduire un avis personnel ».

Désaccords internes et propos déformés

Il faut dire que l’avant-propos du rapport signé par le président de la commission d’enquête parlementaire, le député Alexandre Feschi (LREM), pointe clairement des désaccords internes. Justifiant cette note préliminaire par le fait que « certaines propositions portées par monsieur le rapporteur ne suscitent pas l’adhésion de l’ensemble des commissaires », Alexandre Freschi tient à clarifier sa position et celle de certains de ses collègues par rapport à celle de Philippe Vigier : « Si, par la situation subie sur certains territoires, je comprends la tentation d’apporter sans attendre des propositions coercitives et autoritaires, je préfère pourtant de loin, comme nombre de commissaires, valoriser la volonté actuelle des professionnels de santé de travailler, expérimenter et innover ensemble pour œuvrer à la transformation en profondeur de l’organisation des soins ». Prudent, il conclut en considérant que « chaque mesure doit être proposée sans sur-réaction, en tenant compte des initiatives en cours et du recul nécessaire pour les évaluer [...] sans toutefois renforcer les appréhensions des futurs jeunes médecins ».

Pour l’ISNAR-IMG, L’ISNI et ReAGJIR, « en insérant des propositions personnelles, le rapporteur crée une dissension interne à la commission d’enquête, qui exclut toute possibilité d’exploiter pleinement le contenu du rapport » alors qu’ « une évaluation méthodologiquement fiable des mesures existantes et des propositions des acteurs de la santé était fortement attendue ». De plus, ces structures qui ont été auditionnées s’indignent « de voir certains propos déformés et mal restitués ». En effet, les citations du rapport ainsi que les comptes rendus de séance « s’écartent parfois de manière importante » des prises de parole de leurs représentants ou d’autres personnes entendues.

Des auditions dont ils estiment d’ailleurs qu’elles ont été « menées à charge ». Au final, ils considèrent que « certaines de ces libertés signent au mieux une profonde méconnaissance des problématiques abordées, au pire une volonté délibérée de nuire en déformant des propos ».

Benoît Thelliez

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Vos réactions (1)

  • Un rapport pour rien...

    Le 07 août 2018

    On paye nos parlementaires à ne rien faire : un rapport tellement décrié par sa méthodologie ne vaut pas plus qu'un discours politique. On ne perdra pas son temps à le lire si on veut vraiment travailler AVEC des professionnels de santé et non pas contre eux.

    Du pseudo travail, même pas utile pour amuser la galerie : commissaires, rendez l'argent que vous avez gaspillé (la sécu nous écrit en qualifiant d'indus des actes qu'elle ne veut pas rembourser) !

    Dr F. Chassaing

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