Les lésions myocardiques sont nettement impliquées dans la mortalité à long terme de l'intoxication par le CO

L'intoxication au monoxyde de carbone (CO) reste un classique de la réanimation, même si sa fréquence a bien chuté au cours du siècle dernier. Il n'en reste pas moins qu'aux Etats-Unis, entre 1968 et 1998, cette intoxication a été la cause de 1091 décès involontaires et de 2385 morts par suicide. La fréquence annuelle des suspicions d'intoxication est actuellement, dans ce pays, de l'ordre 40 000. Il faut dire que le CO peut provenir de sources de combustion multiples, qu'il s'agisse d'un incendie, des gaz d'échappement d'une automobile ou encore d'un système de chauffage défectueux. La variété des sources d'exposition explique un succès qui ne se dément pas avec le temps et qui de fait, suscite encore bien des angoisses dans les milieux spécialisés en réanimation comme en toxicologie, car la morbi-mortalité de l'intoxication au CO reste élevée notamment à long terme, du fait de ses conséquences myocardiques.

Le propos est illustré par une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 230 adultes victimes d'une telle intoxication entre le 1er janvier 1994 et le 1er janvier 2002. Dans tous les cas, il s'agissait d'une forme modérée ou sévère qui a nécessité la mise en route d'une oxygénothérapie hyperbare réalisée dans un centre spécialisé.

Une atteinte myocardique a été rapidement évoquée chez plus d'un malade sur trois (37 %) devant : 1) une élévation des taux sériques de la troponine I (>ou= 0,7 ng/ml) ou des CPK-MB ((>ou= 5 ng/ml) ; 2) et/ou des modifications caractéristiques de l'électrocardiogramme.
Au terme d'un suivi médian de 7,6 années (extrêmes, de l'hospitalisation à 11,6 années), 54 décès (24 %) ont été dénombrés. Douze de ceux-ci (5 %) sont survenus en milieu hospitalier du fait de brûlures associées à une anoxie cérébrale (n=8) ou encore d'un arrêt cardiaque anoxique (n=4).

Sur les 85 malades qui ont présenté des lésions myocardiques durables du fait de l'empoisonnement au CO (et non d'autres causes), 32 sont décédés (38 %), versus 22 (15 %) en l'absence de telles lésions, soit un risque relatif ajusté de décès de 2,30 (p=0,009).
Les lésions myocardiques sont d'une grande fréquence au cours de l'intoxication au CO, qu'il s'agisse d'une forme modérée ou sévère. Cette atteinte myocardique semble être associée à une mortalité élevée à long terme.

Dr John Sorri


Henry CH et coll. : "Myocardial injury and long-term mortality following moderate to severe carbon monoxide poisoning."JAMA 2006 ; 295 : 398-402. © Copyright 2006 http://www.jim.fr

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