Les marqueurs CV sont sensibles au régime alimentaire !

Les maladies cardio-vasculaires (MCV) sont une cause majeure de décès aux USA. Nombre d’études observationnelles ont révélé qu’une alimentation saine réduisait le risque d’événements pathologiques CV. On dispose toutefois de peu de preuves sur l’impact réel de l’alimentation, ni sur son rôle en matière de prévention primaire des MCV.

L’essai DASH est une étude menée en parallèle pendant 8 semaines chez des adules dont la pression artérielle systolique (PAS) était inférieure à 160 mm Hg et dont la diastolique (PAD) s’établissait entre 80 et 95 mm Hg. Durant l’essai, les participants consommaient, soit une alimentation américaine typique, soit suivaient un régime alimentaire à base de fruits et légumes, soit enfin le régime DASH, lui aussi riche en fruits et légumes mais pauvre en graisses, notamment saturées et en cholestérol et comportant beaucoup de fibres. Ce dernier mode alimentaire a fait la preuve de son efficacité sur la réduction de la PA et sur la baisse du cholestérol -lipoprotéine à basse densité (LDL-C) et est, actuellement, à la base des recommandations diététiques ciblant la prévention des risques CV.

Dosage a posteriori de la troponine, du NT-pro BNP et de la CRP

S P Juraschik et collaborateurs ont suivi, à posteriori, l’ évolution de 3 marqueurs biologiques chez les participant à l’ essai DASH : la troponine I ultrasensible (hs-cTn I), marqueur de souffrance myocardique, le peptide natriurétique N terminal de type B (NT-pro BNP), témoin de la contrainte cardiaque et la Protéine C Réactive de haute sensibilité (hs-CRP), reflétant le degré d’ inflammation. L’essai avait été mené entre Septembre 1994 et Mars 1995 dans 4 centre médicaux US. Il avait, pour but initial, de comparer l’impact des 3 modes d’alimentation sur la PAS ; 459 participants avaient été enrôlés. Ils devaient avoir au moins 22 ans, une PAS comprise entre 120 et 159 mm Hg et une PAD entre 80 et 95 mm Hg. Etaient exclus les sujets diabétiques, ceux ayant présenté, dans les 6 mois précédents, un événement pathologique CV, ceux dont l’indice de masse corporelle dépassait 35 Kg/ m2, les insuffisants rénaux, ceux dont la consommation d’alcool dépassait 14 verres par semaine ou enfin ceux qui étaient traités par anti-hypertenseurs. Parmi les 459 participants, 356 ont eu des prélèvements sanguins. Il y avait 108 personnes dans le groupe contrôle (dont le régime alimentaire était voisin de celui de la population US), 109 dans le groupe avec régime enrichi en fruits et légumes (avec des apports en potassium et magnésium supérieurs au 75e percentile de la consommation moyenne US) et 109 dans le groupe DASH (pauvre ou sans graisses saturées, en desserts, en boissons sucrées mais à l’inverse, enrichi en céréales entières, en volaille, poissons et noix). L’apport sodé était identique dans les 3 bras, de l’ordre de 3 g/j. Tous étaient iso caloriques. L’adhésion au protocole d’étude a été très élevée, dépassant les 95 %.

L’évolution des 3 biomarqueurs (hs-cTn I, NT-pro BNP et hs-CRP) a été mesurée ultérieurement, en 2019, à partir d’échantillons sanguins conservés. Ils avaient été prélevés après une période de jeûne de 12 heures, initialement puis à la fin des 8 semaines. Parallèlement avaient été notifiés diverses caractéristiques des participants : sexe, IMC, PAS et PAD, cholestérol total, HDL-cholestérol, triglycérides. Le nombre de verres d’alcool ingérés quotidiennement avait été aussi noté, tout comme le niveau d’activité quotidienne. Les analyses statistiques ont eu recours à la méthode des scores de propension, fonction des différentes variables indépendantes, avec calcul des valeurs moyennes standardisées pour les 3 régimes diététiques analysés.

Même réduction sous DASH et sous régime fruits et légumes

A l’entrée dans l’essai, les caractéristiques étaient dans l’ensemble, globalement, identiques et les concentrations en biomarqueurs similaires, sauf pour le taux d’hs-cTn I plus élevé dans le bras « fruits et légumes » et celui de Nt-pro BNP, comparativement au bras DASH. On ne relevait aucune différence dans les valeurs de départ de l’hs-CRP. Au terme des 8 semaines d’observation, par comparaison avec le régime US habituel, le régime fruits et légumes a été associée à une baisse du hs-cTn de 0,5 ng/L (intervalle de confiance à 95 % IC : - 0,9 à – 0,2 ng/L) et du NT-pro BNP de 0,3 pg/mL (IC : - 0,5 à – 0,1 pg/mL). Le régime DASH a été associé également à une réduction de 0,5 ng/L de l’hs-cTn I (IC : - 0,9 à – 0,1 ng/L) et de 0,3 pg/ mL pour le NT- pro BNP (IC : - 0,5 à – 0,04 pg/mL). Il n’y a eu, par contre, aucune différence dans les taux de hs-CRP et on ne note, globalement, aucune différence manifeste entre les 2 bras actifs : « fruits et légumes » ou DASH.

 Il ressort donc de ce travail qu’un régime alimentaire riche en fruits et légumes ou de type DASH, administré durant 8 semaines, est associé à de moindres lésions ou contraintes cardiaques infracliniques, sans différence patente entre ces 2 modes d’alimentation. Par contre, la hs-CRP, marqueur d’inflammation n’est pas modifiée. Ces résultats viennent confirmer ceux d’études observationnelles antérieures, qui avaient déjà souligné l’intérêt de tels régimes sur la santé CV. L’ amélioration observée du NT-pro BNP, reflet de la charge ventriculaire, traduit une amélioration fonctionnelle et donc tend à atténuer le risque de défaillance cardiaque tout en améliorant la capacité à l’effort. Des études restent à venir pour préciser si ce type d’alimentation améliore également la fonction de patients en état de défaillance cardiaque notable.

Contrairement à d’autres publications, il n’a pas été constaté, dans ce travail, de modification significative de l’hs-CRP. Or, on sait que le poids est le principal déterminant de ce marqueur et que les 3 modes alimentaires dans l’essai, étaient à poids stable.

Ce travail doit être assorti de quelques réserves. Il s’agit d’une étude observationnelle, donc avec toujours la possibilité de facteurs confondants non pris en compte. Sa durée a été relativement courte. De potentielles améliorations cliniques n’ont pas été notées. Surtout, les échantillons sanguins ont été conservés une vingtaine d’années avant d’être analysés. Il n’a pas pu être précisé le type de nutriment potentiellement responsable de ces améliorations de biomarqueurs ; enfin des prises alimentaires ou des modifications autres du mode de vie durant l’essai ont pu biaiser ces résultats. A l’inverse, plusieurs points forts doivent être mentionnés. La randomisation a été soigneusement contrôlée. Seuls 3 marqueurs cardiaques spécifiques ont été analysés. Les 3 régimes alimentaires ont été iso caloriques, donc sans variation pondérale, et par conséquence de modification de la hs-CRP.

Les implications cliniques de telles constatations sont importantes en termes de santé publique, les MCV étant une cause majeure de décès aux USA. Il apparaît que ce que nous mangeons amène, en l’espace de 8 semaines, un impact infraclinique sur notre myocarde. Manger plus de fruits, de légumes, de noix et de graines tout en diminuant les collations et aliments sucrés est donc à privilégier.

Dr Pierre Margent

Référence
Juraschik S P et coll. : Associations Between Dietary Patterns and Subclinical Cardiac Injury. An Observationnel Analysis from the DASH Trial. Annals of Internal Medecine. 2020 ; publication avancée en ligne le 19 mai.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article