Les médecins libéraux disent non aux usines à gaz actuelles et à venir

Paris, le jeudi 7 mars 2019 - Dans le cadre du Grand débat national, le SML (Syndicat des médecins libéraux) a ouvert un espace dédié aux contributions des médecins libéraux. En outre, il a établi un questionnaire visant à permettre « l'expression sur les réformes à l'œuvre et futures ».
Cette consultation s'est déroulée en ligne du 31 janvier au 22 février 2019 et a obtenu un beau succès, puisque 1 800 praticiens y ont participé.

Premier enseignement de cette enquête, malgré un attachement à leur métier (85 % s’en disent satisfaits), les médecins libéraux sont saturés par les réformes en tous genres : « ils ont déjà essuyé de nombreuses réformes qui se sont traduites par un accroissement des formalités administratives. Leur temps médical s'en est trouvé renié, de même que leur vie professionnelle et leur temps de repos » et ils « redoutent les effets coercitifs » des mesures à l’étude, souligne le SML.

CPTS : non aux inconvénients du salariat sans ses avantages

De fait, les sondés ne sont pas tendres avec la prochaine généralisation des CPTS (Communautés professionnelles territoriales de santé) puisque 73 % d’entre eux en ont une perception négative !

En outre, 95 % d’entre eux s’opposent à ce que la rémunération du médecin puisse être conditionnée à l'adhésion à l’une de ces structures.

D'ailleurs, les messages collectés par le SML à ce sujet sont éloquents, qualifiant les CPTS « d’usine à gaz avec un cahier des charges contrôlés par les ARS », dénonçant les possibles « charges administratives de plus » ou y voyant le spectre « de réunions incessantes ». Enfin, un dernier médecin résume : « être libéral, ça coûte cher mais c'est être libre. La CPTS est un pseudo-salariat sans les avantages et avec tous les soucis d'une association non choisie et sans la retraite du salariat ».

Assistants médicaux : c’est encore non ! 

Les praticiens de ville accueillent également avec méfiance la mise en place d’incitation à l'embauche d’assistants médicaux et 67,6 % d'entre eux estiment que cela ne répond pas à leurs attentes et que ce nouveau métier est inutile.

Sur ce point, les contributions libres des participants à l’enquête sont une fois encore assez instructives. D'une part, les praticiens ne souhaitent pas, en tant que libéraux, bénéficier de « subventions à la durée hypothétique assortie de multiples contraintes et de contreparties » et d’autre part ils jugent « préférables que la valeur de leurs actes leur permette de dégager un chiffre d'affaires suffisant pour être en mesure d'assumer par leurs propres moyens ce type de recrutement » résume le SML.

Rémunération au forfait : la mauvaise expérience de la ROSP

Côté rémunération, échaudés par la ROSP (rémunération sur objectifs de santé publique) qui a abouti, selon eux, à un contrôle excessif des caisses sur la pratique médicale (50,6 %), les médecins ne semblent séduits par aucune forme de rémunération au forfait. Ainsi, ils rejettent quasi unanimement (94,8 %) la rémunération à l'épisode de soins ainsi que la rémunération à la qualité (78,1 %) et l'introduction d'une part de forfaitisation (75,7 %).

Aussi, pour 92,6 % des personnes interrogées, une telle réforme marquerait une étape supplémentaire vers l'étatisation du système de soins.

Sans surprise, ils plébiscitent a contrario le paiement à l’acte (92,4 %).

Les médecins libéraux ne veulent pas être les nouveaux agriculteurs

Au terme de cette étude, le SML établit un parallèle intéressant avec l’agriculture : « les médecins libéraux ont observé le sort des agriculteurs, qui, peu à peu, ont cessé d'être rémunérés pour leur activité de production pour être alors perfusés de subventions. Et quand les subventions se sont taries, il y a eu une hécatombe et les agriculteurs ont disparu. Le SML, comme les praticiens libéraux, refuse de subir le même sort que celui fait à l'agriculture française ».

Bien que ces données reflètent, d’abord, l’état d’esprit des sympathisants du SML, le gouvernement serait bien inspiré de s’y pencher avant de soumettre la prochaine loi de santé à la représentation nationale.

Frédéric Haroche

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