Les mille visages du Festival d’Avignon

Avignon, le samedi 28 juillet 2018 – Ces dernières années, le festival d’Avignon s’est largement ouvert aux personnes handicapées. Un nombre croissant de scènes sont ainsi accessibles à ces spectateurs, avec des différences cependant en fonction des types de handicap, tandis que les informations demeurent moins précises en ce qui concerne le festival off par rapport au festival "officiel". Mais le handicap ou la maladie sont également de plus en plus souvent sur scène. On compte ainsi plusieurs spectacles qui intègrent totalement la langue des signes française (LSF) ou qui en font le thème central, tel le projet Après vous, chansons contresignées proposé par Maud et Aurélien à la Maison de la parole jusqu’au 25 juillet.

Parallèlement, le festival Off accueille un nombre croissant d’artistes handicapés ou atteints d’une maladie ayant choisi de raconter leur parcours de façon théâtrale et souvent humoristique. Enfin, la maladie, de manière métaphorique ou plus concrète est toujours au théâtre une façon d’interroger des questions essentielles comme le rapport à l’autre, l’identité, les frontières entre la normalité et la folie.

À moi aussi, Monsieur, il me semble que je vous ai déjà rencontré quelque part

Ces questions sont ainsi sans cesse interrogées face à la troupe singulière de l’Autre Scène. Celle qui interprète en alternance dans le cadre du Festival Off à la Fabrik’Théâtre, La Cantatrice chauve (Ionesco) et Le Colonel-oiseau (Hristo Boytchev) est composée de patients et de soignants de l’hôpital psychiatrique de Montfavet. Si avant la représentation, les questions destinées à discerner parmi les comédiens qui est patient et qui est soignant sont nombreuses, elles disparaissent à l’heure du spectacle où chacun connaît la même vulnérabilité face au texte et la même excitation. Par ailleurs, le sujet des pièces choisies, qui interrogent la frontière entre la folie et la normalité, invite autant que les comédiens à repenser certains de nos schémas et de nos perceptions, notre regard sur soi et sur les autres.

Comme c'est bizarre, que c'est curieux, et quelle coïncidence !

C’est un chemin similaire que trace Présences pures de Christian Bobin interprétée par la compagnie Ophélia Théâtre. La pièce évoque les visites de l’auteur à son père atteint de la maladie de l’Alzheimer. Le texte et la mise en scène ont pour ambition de révéler « la force de présence de la personne atteinte de la maladie d’Alzheimer » explique Laurent Poncelet qui interprète le personnage principal. C’est une réflexion sur la façon dont la maladie ne parvient pas à annihiler l’être que l’on aime et d’une manière générale l’être humain en face de vous, malgré les multiples déperditions successives.

Donald, c'est toi, darling !

Penser l’autre était également le fil intense de la pièce proposée il y a quelques années par l’Ecole supérieure de théâtre Bordeaux Aquitaine. Ici la maladie est plus métaphorique que réelle : elle concerne dans cette œuvre de Sergio Boris, Le Syndrome, des étudiants français arrivés à Buenos Aires qui frappés par un mal inconnu ne parviennent plus à faire autre chose que rester là, pêcher et parler un espagnol restreint. Leur situation se modifiera au moment de l’arrivée de nouveaux français, conduisant à une réflexion sur la différence, l’altérité et l’étranger. Où l’on voit que la maladie sous toutes ses formes devient par l’opération mystérieuse du théâtre un lieu sans fin de réflexion.

Théâtre

La Cantatrice chauve et Le Colonel-oiseau, jusqu’au 29 juillet, La Fabrik Théâtre, 10, route de Lyon, Impasse Favot, 84 000 Avignon
Présences pures, jusqu’au 29 juillet, Présence Pasteur, 13, rue du Pont Trouca, 84 000 Avignon

Plus d’information sur les spectacles traitant de la maladie et du handicap : https://informations.handicap.fr/art-festival-off-avignon-2018-989-10988.php

Aurélie Haroche

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