Les pompiers tirent le signal d'alarme !

Paris, le mercredi 15 mars 2017 – Lors de la première grande mobilisation des infirmières le 8 novembre dernier, dans plusieurs départements, les pompiers des Services d’incendie et de secours (SDIS) avaient localement décidé de s’unir au mouvement. Cette mobilisation commune laissait deviner la profondeur du malaise des pompiers, dont les préoccupations et la souffrance sont en effet proches de celle des infirmières.

Des incivilités et des agressions de plus en plus fréquentes

A l’appel de sept syndicats (CFT, CGT, CFE-CGC, FA-SPP-PATS, CFTC, SUD et UNSA, soit une quasi unanimité à laquelle ne fait défaut que FO), les pompiers ont été plusieurs milliers à défiler hier dans la capitale pour évoquer leur souffrance et leurs inquiétudes. Venus de toute la France, les pompiers comme hier les infirmières, ont bruyamment dénoncé la "déconsidération" dont ils sont les victimes.

Celle-ci est d’abord le fait des usagers eux-mêmes. D’abord, parce que les appels ne nécessitent pas toujours une intervention en urgence, provoquant des déplacements inutiles pouvant engendrer une perte de chance pour d’autres (vraies) victimes. Surtout, les pompiers constatent qu’ils ne jouissent plus auprès de la population de la même aura qu’autrefois. « Avant on était mis un peu sur un piédestal, aujourd’hui, on est les larbins de service » regrette Philippe, pompier à Lyon depuis quinze ans, interrogé par BFM. Ce déclassement se lit dans l’augmentation des incivilités subies: insultes, caillassage sont de plus en plus fréquents. En la matière, tous les indicateurs sont à la hausse. Le dernier rapport de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) sur le sujet révèle en effet que le nombre de déclarations d’agression a progressé de 21 % entre 2014 et 2015. S’il peut s’agir d’un biais déclaratif, on constate également que le taux de sapeurs pompiers agressés pour 10 000 interventions est passé de 3,7 à 4,4. Le nombre de journées d’arrêt de travail est également en hausse de 9,7 %. Seul critère en baisse : le nombre de véhicules endommagé. Face à ces situations, les pompiers ne portent pas systématiquement plainte (moins des deux tiers des pompiers agressés ont signalé les faits à la police en 2015), notamment parce que les sanctions sont considérées comme insuffisantes.

Des brancardages plus difficiles

Dans ce contexte, officiellement, les pouvoirs publics se montrent toujours attentifs à rappeler le rôle primordial des pompiers et leur dévouement. On se souvient ainsi que des hommages appuyés leurs ont été rendus au lendemain des attentats ; une sollicitude qui elle aussi fait écho au regard positif porté sur les infirmières. Pourtant, dans les faits, les politiques mises en place empêchent peu à peu les pompiers de mener à bien leur mission. Les réductions d’effectifs sont ainsi partout déplorées. « Là où une ambulance intervenait avec quatre personnes autrefois, elle le fait désormais avec trois. Même le brancardage, dont l’équipement est fait pour être porté de quatre côtés, donc par quatre sapeurs-pompiers devient difficile » décrit par exemple Rémy Chabbouh, secrétaire du syndicat Sud dans les Bouches-du-Rhône, cité par l’Express. En cas d’incendie, les mêmes pénuries inquiétantes s’observent. « Il n’est pas rare, désormais, de voir des fourgons d’incendie partir avec quatre personnes à bord, alors que le mode opératoire que nous devons respecter nous impose d’être six » précise un pompier du Cher dans un témoignage publié sur le site du Nouvel Observateur. A ces manques d’effectif, s’ajoute le vieillissement des matériels, dénoncé par tous les syndicats.

La qualité du service mise en péril

Cette situation, qui concerne l’ensemble des SDIS, avec des particularités locales, est d’autant plus dommageable que partout le nombre d’interventions progresse. La hausse a été en 2015 de 3,7 % en ce qui concerne le nombre d’interventions et de 4,4 % pour le nombre de victimes prises en charge. Des évolutions difficiles à conjuguer avec des moyens en baisse. La conjonction de ces différents éléments amoindrit la qualité des services, notamment en allongeant les délais d’intervention ; l’alerte lancée sur les risques pour la population évoquera elle aussi les mises en garde lancées par les infirmières à propos de la dégradation de la qualité des soins.

La désertification médicale aussi en cause

L’augmentation des sollicitations des pompiers est notamment liée à un défaut de prise en compte des effets de la désertification médicale. « On nous appelle fréquemment et à de nombreuses reprises pour des petits problèmes (grippe ou gastro). C'est surtout un problème général dû à la désertification médicale. Aujourd'hui, les gens n'ont plus forcément de points d'appuis auprès de chez eux, donc ils vont faire plus appel aux pompiers afin d'être dirigés vers un milieu hospitalier. En Sarthe, ce n'est pas un problème péri-urbain ou rural, c'est un contexte général » décrit par exemple Guillaume Piron, secrétaire général Sud SDIS 72. La nécessité d’ouvrir une réflexion sur ces sujets a été rappelée il y a quelques semaines par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers lors de son interpellation des candidats à l’élection présidentielle. Cette organisation attend également des engagements sur le nombre de sapeurs pompiers, la fin des fermetures de casernes ou encore la protection des professionnels.

Aurélie Haroche

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