Les praticiens hospitaliers sortent de leur retraite

Paris, le mercredi 1er octobre 2008 – En véritable héros tragique, le docteur Patrick Pelloux incarne, au sens littéral du terme, tous les maux de la patrie qu’il défend corps et âme : l’hôpital public. Les établissements manquent de lit et ne peuvent accueillir toutes les personnes âgées gravement déshydratées pendant la canicule ? C’est la silhouette de l’urgentiste, dans son pyjama de l’AP-HP qui illustre la crise. Les hôpitaux souffrent d’un défaut d’organisation et d’une pénurie de moyens ? Ce sont les traits fatigués mais soulagés du médecin que l’on retrouve au petit matin après la spectaculaire panne d’électricité de l’hôpital Saint Antoine. De sourdes rivalités et inimitiés continuent à empoisonner les couloirs blancs ? C’est le leader syndical qui s’exprime avec force en indiquant que sa récente mutation au Samu de Paris, qu’il a confirmée ce dimanche 28 septembre, témoignait du « harcèlement » dont il était la victime depuis un certain temps, en raison de ses prises de positon !

Unanimité contre le projet HPST

Qu’on se rassure cependant, cette tentative de déstabilisation n’a eu aucune prise sur « l’engagement » du médecin et sur sa verve. Dès hier, à l’occasion d’une conférence de presse, le président de l’Association des médecins urgentistes de France (AMUHF) a évoqué une « situation explosive » dans les hôpitaux publics. C’est évidemment la future loi de Roselyne Bachelot qui suscite les plus grandes critiques. Pour l’organisation, le projet du gouvernement « ouvre (…) la voie à la fin du statut de praticien hospitalier ». L’inquiétude est partagée par les présidents de la Confédération des praticiens des hôpitaux (CPH) et de l’Intersyndicat national des praticiens hospitaliers (INPH). Pierre Farraggi et Rachel Bocher estiment ainsi pour leur part que le statut contractuel qui pourrait être créé par la loi Hôpital Patients Santé Territoire ne sera pas assez attractif pour rivaliser avec le privé. Par ailleurs, Pierre Farragi estime que vouloir « un seul patron à l’hôpital correspond à un contresens absolu ». De son côté, le président de la Conférence des praticiens de Commission médicale d’établissement (CME) de centres hospitaliers (CH) estime dangereux de « construire un système hospitalier contre les leaders médicaux ».

Les promesses de Xavier Bertrand ne convainquent guère les urgentistes

La loi HPST n’est cependant pas seule à attiser le malaise de l’hôpital. L’AMUHF met également en avant, « la situation financière instable dans la quasi-totalité des hôpitaux » nullement prise en compte par un « ONDAM hospitalier inférieur aux besoins, notamment pour le simple maintien du niveau des emplois hospitaliers ». Par ailleurs, la « révision de la directive européenne sur le temps travail » est considérée par l’organisation d’urgentistes comme un « véritable scandale ». Ce texte a en effet reconnu pour la première fois la distinction entre temps de travail actif et temps de travail inactif pendant une garde. Cependant, Xavier Bertrand, qui a contribué à faire adopter la directive a promis que la France ne l’appliquerait pas ! Une promesse paradoxale du ministre de l’Emploi que l’AMUHF ne semble pas trouver suffisamment rassurante et qui la pousse à agiter la menace d’une grève européenne.

Touche pas à ma retraite

Mais ce qui constitue aujourd’hui le véritable aiguillon de la colère des praticiens hospitaliers et qui les incitent à l’union pour un premier mouvement de grève les 16 et 17 octobre est lié à la réforme de leur système de retraite. Des discussions autour de l’évolution de l’IRCANTEC (régime de retraites complémentaire des assurances sociales en faveur des agents non titulaires de l’Etat et des collectivités publiques) ont été engagées il y a plusieurs semaines. Récemment, une nouvelle version avait été présentée aux praticiens hospitaliers où la spécificité de leur statut était reconnue. Aussi, l’augmentation des cotisations envisagée était-elle échelonnée jusqu’en 2015, tandis que l’assiette des cotisations était élargie à l’ensemble des primes. Cette énième mouture n’avait pas totalement convaincu le président de la CPH qui avait estimé qu’il s’agissait de « compensation homéopathiques ». C’est pourtant cette version qui a été retenue au grand dam des syndicats. Pour l’INPH et la CPH  le nouveau dispositif équivaut à « pénaliser lourdement la retraite des praticiens hospitaliers ». Tandis que pour l’AMUHF qui se joint à l’appel à la grève des deux premières organisations, le nouveau système entérine « une baisse de 30 % à terme de nos retraites ».

A.H.

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