Les probiotiques en première ligne de la prévention de la diarrhée associée aux antibiotiques

La France est le troisième plus gros prescripteur d’antibiotiques en Europe, après la Turquie et la Grèce. Malgré une réduction des prescriptions entre 2002 et 2007, la tendance est repartie à la hausse et l’émergence de bactéries multirésistantes est un sujet majeur de préoccupation. Ce n’est toutefois pas le seul. La diarrhée post-antibiotique en est un autre.

De la diarrhée post-antibiothérapie…

La diarrhée post-antibiotique est une conséquence à court terme des traitements antibiotiques, dont la prévalence est estimée de 5 à 30 % en pédiatrie et à 11 % après un traitement d’amoxicilline-acide clavulanique. 

Le mécanisme de cette diarrhée post-antibiotique est multifactoriel. L’une des composantes est motrice. La pratique de la manométrie sous antibiotiques a montré que certains antibiotiques, en particulier l’amoxicilline-acide clavulanique et les macrolides pouvaient être responsables d’une dysmotricité intestinale. L’allergie peut être un autre mécanisme responsable de la diarrhée.

Mais ce sont les altérations du microbiote qui jouent le rôle essentiel dans l’apparition des diarrhées. Ces altérations sont en effet à l’origine d’une diminution de la résistance de l’épithélium intestinal à la colonisation bactérienne, facilitant la colonisation et l’expression du pouvoir pathogène de certains agents, C. difficile, Candida, K. oxytorca ou Salmonelles spp, et de l’augmentation de leur virulence. A côté de cet effet sur la résistance à la colonisation, la dysbiose altère aussi la fonction métabolique intestinale, réduit la digestion des carbohydrates non absorbables (ce qui favorise une hypersécrétion osmotique), diminue l’absorption des acides gras à chaîne courte et altère le métabolisme des acides biliaires responsables de colite.

… A l’infection à C. difficile

Plus rare en pratique courante que la « simple » diarrhée aux antibiotiques, l’infection intestinale à C. difficile est aussi la plus redoutée. La recherche de l’infection devrait être limitée à certains cas précis comme le préconise les recommandations proposées en 2013 par l’Académie américaine de pédiatrie. Il est notamment recommandé de rechercher C. difficile chez les enfants de moins d’1 an présentant une maladie de Hirschprung ou un trouble de la motricité intestinale. En revanche, entre 2 et 3 ans, les résultats sont difficiles à interpréter car l’enfant est « physiologiquement » porteurs de C. difficile et la positivité ne permet pas de conclure formellement à la responsabilité du germe. Enfin, chez les enfants de plus de 4 ans, la positivité est évocatrice d’une infection, d’autant plus fortement qu’il existe des facteurs de risque. L’infection à C.difficile est en effet favorisée par certains traitements, comme les antibiotiques, les inhibiteurs de la pompe à protons, ou encore des lavements répétés. Elle survient plus souvent chez des enfants recevant une alimentation artificielle (sonde naso-gastrique, gastrostomie ou jéjunostomie). Enfin, certains terrains fragiles représentent aussi un facteur de risque (chirurgie digestive, maladie digestive chronique, déficit immunitaire ou insuffisance rénale).

Au-delà de ces effets immédiats des traitements antibiotiques, de nombreux travaux ont été consacrés à leurs conséquences à moyen et long terme. C’est ainsi que certains d’entre eux ont montré le lien entre les traitements antibiotiques répétés chez les jeunes enfants et la prise de poids (un effet bien connu par les éleveurs d’animaux …), la survenue d’asthme ou d’allergie. D’autres travaux mettent en évidence des liens entre les traitements antibiotiques et les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI). Enfin, plusieurs publications suggèrent un lien entre l’antibiothérapie et une augmentation des troubles du développement ou encore du diabète.

Des probiotiques préservent la flore

La prévention de ces effets secondaires des traitements antibiotiques dans la petite enfance passe bien entendu par la juste prescription de ces derniers (bonne molécule, bonne dose et durée adaptée la plus courte). La préservation du microbiote, en limitant les risques de dysbiose, est une piste de prévention des risques. Une méta-analyse récente de la Cochrane montre que l’administration de certains probiotiques, particulièrement de Saccharomyces boulardii CNCM I-745 diminue de moitié le risque de diarrhée post antibiotiques (RR [risque relatif] = 0,46 ; intervalle de confiance à 95 % de 0,35 à 0,61). Ces résultats ont conduit l’European Society for Paediatric Gastroenterology Hepatology and Nutrition (ESPGHAN) à inscrire les probiotiques, et S. boulardii CNCM I-745 tout particulièrement, dans ses recommandations de 2016 pour la prévention de la diarrhée associée aux antibiotiques. Pris dès le début du traitement et pendant 2 semaines après la fin de celui-ci, il permettrait de maintenir un microbiote équilibré malgré le traitement antibiotique.

Dr Roseline Péluchon

Références
Bellaïche M: Les probiotiques dans la diarrhée associée aux antibiotiques.
Mas E: Antibiotiques chez l’enfant : quelles conséquences aujourd’hui et demain ?
38ème Congrès du Groupe Francophone d'Hépatologie-Gastroentérologie et Nutrition Pédiatriques/G.F.H.G.N (Amiens): 30 mars-1er avril 2017.

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Vos réactions (1)

  • Effet sur la tourista

    Le 04 mai 2017

    Le Saccharomyces Boulardi a une autre indication: la prévention de la tourista.

    Je n'en ai jamais fait lors de mes voyages dans des pays où elle est fréquente alors que je mange de tout au grand étonnement des gens qui voyagent avec moi...

    Dr Guy Roche, ancien interniste

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