Les rendez-vous présidentiels du JIM : Pour Marine Le Pen, la santé doit s'exonérer de la logique comptable

Paris, le mardi 4 avril 2017 – Après vous avoir présenté il y a quelques jours les orientations de Benoît Hamon en matière de santé publique, d’organisation des soins et de régulation économique du système, nous vous proposons de découvrir les réponses de Marine Le Pen sur ces questions.

Dans cet interview elle précise sa pensée sur quelques points "sensibles" de son programme, de l'accès aux soins des étrangers au rôle des médecins immigrés, et développe ses propositions, souvent consensuelles, en matière médico-économique et éthique.     

Le JIM mettra bien sûr en ligne dans les prochains jours les "Rendez vous" que nous avons eus avec les trois autres principaux candidats.

JIM.fr : Que proposez-vous en ce qui concerne le numerus clausus ?

Marine Le Pen : Je propose de le relever de manière importante afin de tenir compte de la pénurie de praticiens, notamment généralistes, qui se profile, compte tenu de la démographie des professionnels de santé. Il faut également tenir compte des 25 % de médecins nouvellement diplômés qui ne s’inscrivent pas à l’Ordre pour se diriger vers d’autres carrières.

JIM.fr : Quelle mesure doit selon vous être adoptée pour renforcer l’attractivité de l’exercice libéral auprès des jeunes praticiens ?

Marine Le Pen : Il est capital de permettre aux médecins de faire leur travail, c’est-à-dire soigner.

Les médecins ne doivent pas devenir des opérateurs de saisie

Beaucoup trop de charges administratives s’accumulent année après année, certains médecins ayant l’impression d’être devenus des opérateurs de saisie pour l’Assurance maladie. Il faut engager une réflexion sereine sur le mode de rémunération des médecins libéraux. Il faut aussi garantir la sécurité des professionnels libéraux et leur permettre de recruter, avec des déductions de charges, du personnel médico-administratif afin de libérer du temps médical.

Déserts médicaux : s’appuyer notamment sur les médecins retraités

JIM.fr : Préconisez-vous des mesures contraignantes pour harmoniser la répartition des médecins libéraux sur le territoire ?

Marine Le Pen : Je ne pense pas que la coercition soit la solution. Je développerai les maisons de santé pluridisciplinaires et j’instaurerai un stage d’internat dans une zone sous-dense, qui pourra se faire à l’hôpital, en cabinet libéral ou en maison de santé. Les médecins retraités pourront également exercer dans les déserts médicaux en bénéficiant d’incitations fiscales (notamment des déductions de charges).

JIM.fr Etes-vous favorable au maintien en l’état, à l’élargissement ou au contraire à la suppression d’un secteur à honoraires libres ?

Marine Le Pen : Je suis pour le maintien du secteur 2, cependant je tiens fermement à ce que les médecins fixent leurs honoraires avec « le tact et la mesure » prévus dans le Code de la Santé publique.

JIM.fr : Quelle est votre position concernant la carte hospitalière ? Un moratoire sur la fermeture des établissements de proximité devrait-il être décidé ?

Marine Le Pen : Je plaide pour une remise à plat des Groupements Hospitaliers de Territoire, qui ont été créés sans réelle concertation. Si la mutualisation des moyens est une bonne idée, elle doit être réétudiée afin de profiter à tous, dans le seul but de l’amélioration de la prise en charge des patients, en garantissant les meilleures conditions d’exercice pour les professionnels.

L'hôpital n'est pas une entreprise

Je m’engage également à maintenir autant que faire se peut les établissements de santé de proximité, notamment en milieu rural.

JIM.fr : Quelles mesures défendez-vous pour lutter contre la souffrance des professionnels de santé ?

Marine Le Pen : Il faut donner aux hôpitaux les moyens humains et matériels de remplir leurs missions, en garantissant aux professionnels les meilleures conditions d’exercice possible. Le management hospitalier ne peut s’apparenter à celui d’une entreprise tant les métiers du soin sont spécifiques et impliquent le facteur humain. Il faudra également sortir de la logique comptable que la tarification à l’activité a engendrée.

Une augmentation du nombre de titulaires à l’hôpital indispensable

Je plaide pour une sortie du tout-T2A, en ne gardant ce mode de tarification que pour les actes auxquels il se prête bien (actes simples et techniques) et introduire un financement par une dotation modulée à l’activité, afin que la tarification prenne mieux en compte la complexité de certaines prises en charge et valorise l’aspect humain du soin. Sortir de la logique purement comptable permettra d’améliorer le quotidien des soignants. Je m’engage également à augmenter le nombre de soignants titulaires de la fonction publique hospitalière, pour que les hôpitaux disposent des ressources humaines suffisantes pour faire face à l’augmentation du nombre de patients, mais aussi pour sortir de nombreux soignants de la précarité dans laquelle ils se trouvent plongés pendant très longtemps, le CDD étant devenu la règle à l’hôpital.

JIM.fr : Etes-vous favorable à ce que les directeurs d’hôpitaux soient des médecins ?

Marine Le Pen : Non, je pense que les médecins doivent faire ce pour quoi ils ont été formés : soigner. La direction d’un hôpital relève de l’administration, et les directeurs d’hôpital suivent une formation administrative et de gestion spécifique. Donc je plaide pour le statu quo dans ce domaine.

JIM.fr : Souhaitez-vous revoir les conditions d’exercice en France des médecins étrangers (européens et non européens) ?

Marine Le Pen : Je souhaite qu’il n’y ait plus de reconnaissance automatique des diplômes européens en France.

Contrôler les qualifications des médecins diplômés à l’étranger

Plusieurs enquêtes récentes ont montré des failles dans la formation des médecins diplômés à l’étranger. Il faudra contrôler de manière plus stricte les qualifications et les compétences des médecins diplômés à l’étranger. Le recours aux médecins étrangers diminuera fortement quand je serai présidente de la République, puisqu’en relevant le numerus clausus, j’augmenterai le nombre de médecins formés en France.

JIM.fr : Considérez-vous que l’activité des mutuelles devrait être mieux régulée ?

Marine Le Pen : Oui, les organismes complémentaires doivent être mieux contrôlés. Les "frais de gestions" représentent près du tiers des cotisations, et ils restent très opaques. Je demanderai plus de transparence autour de ces frais, notamment par le biais de la publication d’un bilan annuel détaillé de l’utilisation des cotisations, et j’instaurerai une règle d’or budgétaire sur ces frais de gestion afin qu’ils ne dépassent pas un plafond raisonnable.

JIM.fr : Maintiendrez-vous la réforme du contrat responsable en dépit de l’augmentation des restes à charge qu’elle semble entraîner ?

Marine Le Pen : Non, je reviendrai sur cette réforme, car elle a entrainé l’émergence de restes à charge insupportables pour les patients. J’abolirai le plafonnement des remboursements instaurés par Marisol Touraine, pour améliorer sensiblement le remboursement des patients.

La prise en charge des médecines douces confiée aux mutuelles

JIM.fr : Quelle position défendez-vous face à la prise en charge de soins dont l’efficacité thérapeutique est remise en question (homéopathie, cures thermales, médecine parallèle, médicaments de confort) ?

Marine Le Pen : Je pense que ces soins peuvent être pris en charge dans le cadre de « forfaits médecines douces » inclus dans les contrats d’assurance maladie complémentaire, mais je ne suis pas en faveur de leur prise en charge par l’Assurance maladie obligatoire, hors cures thermales lorsqu’elles se justifient par des motifs médicaux (troubles articulaires, par exemple).

JIM.fr : Quelle mesure proposez-vous pour faire face aux coûts des médicaments innovants ?

Marine Le Pen : Je pense qu’il faut revoir l’évaluation médico-économique dans le cadre du processus de fixation des prix des médicaments, notamment dans le cas des médicaments innovants et coûteux. Il faudra encadrer au mieux la fixation du prix des médicaments, afin d’éviter les abus, et réduire le déficit de l’Assurance maladie en limitant au maximum le reste à charge des patients.

Etrangers en situation régulière : la cotisation ne vaut pas accès aux soins

JIM.fr : Vous êtes favorable à la suppression de l’Aide médicale d’Etat. Comment comptez-vous lutter contre les conséquences sanitaires d’une telle mesure, notamment en ce qui concerne la lutte contre les maladies infectieuses ?

Marine Le Pen : Comme je l’ai déjà dit à de nombreuses reprises, je remplacerai l’AME par une aide qui ne s’appliquera qu’aux cas d’urgence vitale, engageant le pronostic vital, et aux cas présentant un risque pour la santé publique, notamment dans le cas de maladies contagieuses (tuberculose, par exemple).

JIM.fr : Selon vous, les étrangers en situation régulière doivent-ils pouvoir avoir accès aux services de la Sécurité sociale, dès lors qu’ils cotisent ?

Marine Le Pen : La Sécurité sociale a vocation à protéger les citoyens français. Je ne m’oppose pas à ce que des étrangers en bénéficient, en revanche ils se verront appliquer un délai de carence d’une durée de deux ans de cotisations avant de pouvoir bénéficier du remboursement de leurs soins. C’est une mesure de justice sociale vis-à-vis des citoyens français. Les employeurs et les complémentaires santé pourront proposer des contrats spécifiques aux étrangers pendant le délai de carence, s’ils le souhaitent.

JIM.fr : Vous êtes en faveur de la dispensation à l’unité. Quelle est votre réponse aux pharmaciens qui signalent les difficultés techniques d’une telle évolution et les risques en matière de santé publique, notamment en ce qui concerne l’observance, les défauts de traçabilité et d’information du patient ?

Marine Le Pen : Ces difficultés existent aujourd’hui car les expérimentations qui ont été menées l’ont été "en l’état", sans engager les mutations nécessaires.

Dispensation à l’unité : des expériences positives dans des pays étrangers 

D’autres pays appliquent la dispensation à l’unité depuis très longtemps, et cela ne pose pas de problème particulier. L’expérimentation qui a été menée sur les antibiotiques récemment en France a montré que la dispensation à l’unité avait un effet bénéfique sur l’observance. L’information du patient ne sera pas amoindrie, dans la mesure où il bénéficiera des mêmes notices que préalablement, et la traçabilité sera garantie, comme elle l’est déjà dans les pays qui appliquent la dispensation à l’unité.

JIM.fr : Soutenez-vous une augmentation significative (au moins 10 % en une seule fois) du prix du tabac ?

Marine Le Pen : Je ne pense pas que ce soit la solution. Je plaide plutôt en faveur de politiques d’incitation à arrêter de fumer. L’augmentation du prix touchera surtout les catégories sociales les plus défavorisées qui sont les plus nombreuses à fumer.
Augmenter sensiblement le prix du tabac contribuerait à développer la contrebande, contre laquelle nous devons lutter, car elle comporte des risques, notamment le commerce de tabac de piètre qualité et de contrefaçons.

Pouvoir débattre sur les vaccins sans se faire taxer d’anti-vaccination

JIM.fr : Etes-vous favorable, comme l’a suggéré la concertation sur la vaccination, à un élargissement des obligations vaccinales afin d’améliorer la couverture des Français et de restaurer leur confiance ?

Marine Le Pen : Je plaide pour plus de transparence autour des vaccins, et pour arrêter d’hystériser le débat sur ce sujet. On doit pouvoir parler et débattre sereinement sur les vaccins, sans se faire taxer d’anti-vaccination. Pour ce qui est de l’élargissement des obligations vaccinales, cela sera à étudier de manière précise avec les experts en santé publique. Je pense que donner des prérogatives de vaccination aux pharmaciens permettra d’étendre la couverture vaccinale en France, c’est ce qui a été constaté dans tous les pays ayant permis la vaccination à l’officine.

JIM.fr : Outre la lutte contre le tabac et le renforcement de la vaccination, quel enjeu de santé publique retient le plus votre attention ?

Marine Le Pen : La santé psychique m’apparait comme un enjeu majeur de santé publique. En effet, on estime à près d’un sur cinq le nombre de Français qui sera confronté à un trouble de santé psychique au cours de sa vie, et la dépression représente la deuxième cause d’invalidité dans le monde selon l’OMS.

Lutter contre la discrimination des malades psychiatriques 

C’est un sujet qui doit être pris à bras le corps, en développant la prévention en santé psychique et en communicant sur les troubles psychiques afin de combattre les idées reçues et lutter contre les discriminations. Je m’engage à faire prendre en charge les consultations chez le psychologue et le neuropsychologue par l’Assurance maladie, ce qui donnera un véritable choix au patient entre la thérapie médicamenteuse et la thérapie non médicamenteuse.
D’autres enjeux retiennent bien évidemment mon attention, tels que les maladies de l’enfant ou les troubles du spectre autistique, dont la prise en charge est très problématique en France et force beaucoup de familles à s’exiler.

JIM.fr : Quelle est votre position vis-à-vis de l’accompagnement des personnes en fin de vie ? Considérez-vous qu’une place plus importante devrait être accordée à la volonté des familles dans le cas des sujets incapables de s’exprimer ?

Marine Le Pen : Je suis pour une application stricte de la loi Leonetti. Si le patient en fin de vie a donné des directives anticipées, il faut garantir leur application. Si ce n’est pas le cas, une procédure collégiale entre l’équipe soignante et la famille doit parvenir à un consensus.

JIM.fr : Etes-vous favorable à l’accès des couples de femmes à la procréation médicalement assistée ?

Marine Le Pen : Non, je souhaite que la procréation médicalement assistée reste un instrument d’aide pour les couples médicalement stériles.

JIM.fr : Etes-vous favorable à l’autorisation de la Gestation pour autrui ?

Marine Le Pen : Non, je m’oppose à la gestation pour autrui car je m’oppose à la marchandisation du corps des femmes.

JIM.fr : Etes-vous favorable à la possibilité de réaliser un dépistage des anomalies chromosomiques des embryons avant implantation dans le cadre d’une FIV ?

Marine Le Pen : Dans la mesure où le diagnostic préimplantatoire peut diminuer le taux d’échec et des fausses couches chez les femmes ayant recours à une fécondation in vitro, je m’en remettrai aux travaux des experts du domaine. Il faudra bien entendu veiller aux dérives possibles, notamment les tentations eugénistes.

Statu quo sur l'IVG

JIM.fr Les mesures prises pour accroître la transparence sur les liens d’intérêts entre les professionnels de santé et l’industrie pharmacie vous semblent-elles suffisantes ?

Marine Le Pen : Je pense qu’il faut aller plus loin dans le sens de la transparence. On le voit, à l’heure actuelle, les dispositifs ne sont pas suffisants, et des conflits d’intérêts sont mis en lumière régulièrement (par exemple, le conseiller santé d’Emmanuel Macron, Jean-Jacques
Mourad, était en réalité un des plus gros lobbyistes de Servier). Je m’engage à lutter de manière plus stricte contre les conflits d’intérêts, en particulier au sein des agences sanitaires et alimentaires.

JIM.fr : Etes-vous favorable au maintien en l’état des modalités de prise en charge de l’IVG ?

Marine Le Pen : Oui, je l’ai dit à plusieurs reprises, je suis pour le maintien en l’état des modalités de prise en charge de l’IVG. Il faudra cependant améliorer l’éducation sexuelle pour éviter qu’elle se fasse exclusivement par la pornographie, notamment en faisant intervenir des sages-femmes dans les lycées, et il est essentiel d’améliorer l’accès à la contraception afin d’empêcher des grossesses non désirées, en particulier chez les plus jeunes.

Propos recueillis par Aurélie Haroche

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  • Précisions sur les conseillers à la santé d'E. Macron

    Le 04 avril 2017

    Une petite précision concernant le Pr Jean Jacques Mourad, cardiologue, conseiller à la Santé d'Emmanuel Macron: celui-ci a été congédié le 7 mars dernier précisément du fait du conflit d'intérêt avec le Laboratoire Servier.
    Le Pr Jérome Salomon, également conseiller Santé d'Emmanuel Macron reste quant à lui... En Marche!

    Dr Eric Chiale

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