L’évaluation de l’homéopathie par la HAS au point mort

Paris, le mercredi 6 février 2019 - « L’homéopathie pourrait (…) être évaluée. Si elle est utile, elle restera remboursée. Si elle est inutile, elle arrêtera de l’être ». Le 24 mai dernier, au micro de France Inter, le ministre de la Santé adoptait une position ferme vis-à-vis de cette médecine « alternative » plébiscitée par les Français.

Aussi, durant l’été, les services de l’avenue de Ségur ont chargé la commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) de statuer avant la fin de février 2019 sur le « bien-fondé des conditions de prise en charge et du remboursement des médicaments homéopathiques », en prenant en compte « leur efficacité et leurs effets indésirables, leur place dans la stratégie thérapeutique » et « l’intérêt pour la santé publique de ces produits ». Mais, depuis, le processus patine.

Évaluation au printemps : qui mettra sa main au feu ?

Ainsi, si la commission de la transparence de la HAS est bien chargée d’évaluer le « service médical rendu » des médicaments et de délivrer un avis consultatif sur leurs conditions de remboursement, les textes ne lui permettraient pas de se pencher sur une « classe » entière.

Par ailleurs, la commission de la transparence évalue le bénéfice/risque de chaque produit en fonction de la pathologie concernée. Concernant l’homéopathie, cette stratégie se heurte au fait que ces « traitements » (qui on le sait ne relèvent pas du régime classique d’Autorisation de mise sur le marché, mais d’une procédure d’enregistrement parallèle) ne visent pas nécessairement une pathologie en particulier ! Si ces éléments pourraient constituer en eux-mêmes des indices d’un décalage préoccupant et riche d’enseignements, pour l’heure, ils sont principalement considérés comme des points de blocage pour poursuivre l’évaluation. Un décret, actuellement examiné par le Conseil d’État, doit préciser les procédures et modalités d’évaluation qui permettront à la commission de la transparence de rendre un avis global sur les produits homéopathiques.

En attendant, si la HAS a d’ores et déjà procédé à une revue de la littérature et organisé un appel à contributions extérieures (appel limité puisque le JIM n’a pas pu y participer) elle affirme ne pas pouvoir aller au-delà.

Or, nul ne sait quand le Conseil d’Etat rendra son verdict et tous les organes de presse qui ont tenté de connaître l’avancé de ses travaux se sont vus essuyer une fin de non-recevoir. Aussi, si vous entendez dire, une fois encore, que l’avis sur l’homéopathie sera rendu au printemps, méfiez-vous !

F.H.

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Vos réactions (3)

  • La question des cures thermales

    Le 06 février 2019

    On est surpris de voir que l'on s'acharne sur l'homéopathie sous le prétexte de faire des économies mais personne ne parle du remboursement des cures qui n'ont jamais montré leur efficacité et dont le budget national dépasse largement celui de l'homéopathie pour une efficacité nulle et une absence de preuve de leur intérêt.

    Dr Jean Siboni

  • Et les Thermes ?

    Le 07 février 2019

    Rassurez vous, cher confrère, c'est l'objectif suivant...

    Blague à part, les thermes générent une activité économique non comparable avec ce qu'elle coute réellement à la sécu. Ce qui n'est pas le cas de l'homeo.

    Dr E. Orvain

  • Remettre l'homéopathie dans le droit commun de l'évaluation

    Le 07 février 2019

    La solution la plus simple serait sans doute de décider de faire rentrer l’homéopathie dans le droit commun : chaque granule serait évaluée comme tout médicament. En finir avec le statut dérogatoire.

    Si on se reporte aux notices des produits, on voit bien qu’il y a souvent des indications et il est alors possible d’évaluer :
    Oscillococcinum : « traditionnellement utilisé dans le traitement des états grippaux : fièvre, frissons, maux de tête, courbatures. ».
    D’ailleurs, pour Oscillococcinum, des évaluations ont déjà été faites (voir Cochrane : https://www.cochrane.org/fr/CD001957/oscillococcinumr-homeopathique-pour-prevenir-et-traiter-la-grippe-et-les-syndromes-de-type-grippal)

    @ Dr Jean Siboni. La question de l’homéopathie ne se réduit pas à celle des économies, mais aussi à celle, plus importante, de la confiance que les patients peuvent avoir dans une médecine fondée sur les preuves. Et dans le processus d’AMM des médicaments.

    Jean-Paul Krivine

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