Levothyrox : les pharmaciens ont le sentiment d’avoir été méprisés

Paris, le mercredi 27 septembre 2017 - Les pharmaciens ont été les premiers professionnels de santé à devoir rassurer les patients inquiets du changement de formule du Levothyrox et de ses éventuelles conséquences. Ils ont dû non seulement répondre aux interrogations mais aussi faire face à des demandes de plus en plus pressantes de malades essayant d’avoir accès à d’autres formes de lévothyroxine. Aussi, l’annonce par le ministre de la Santé du retour de l’ancienne formule a suscité un véritable apaisement chez un grand nombre de pharmaciens. « On est soulagés de voir que tout va rentrer dans l'ordre. Les clients étaient très inquiets. Ils étaient agressifs, oui. Parce qu'ils se posaient beaucoup de questions avec ces effets secondaires et qu'ils n'avaient aucune réponse » a ainsi témoigné sur BFM-TV Jean-Joseph Ayraud, pharmacien dans le quartier Compans-Cafarelli à Toulouse.

Informés par la télévision

Mais d’autres ne partagent pas complétement ce sentiment. Les pharmaciens sont en effet nombreux à regretter la façon dont ils ont été exclus des décisions ministérielles. Si en amont de l’affaire, ils ont bien reçu la lettre d’information de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) et du laboratoire Merck, ce qui a conduit un nombre important de pharmacies à alerter spontanément les patients, ils ont ensuite déploré d’avoir dû suivre les différentes étapes de l’affaire à travers les médias. Outre la vexation ressentie après la petite phrase d’Agnès Buzyn, ministre de la Santé, estimant que les médecins et les pharmaciens n’avaient pas été les « bons relais » pour prévenir la population, les pharmaciens déplorent que le retour de la nouvelle formule n’ait fait l’objet d’aucune communication préalable auprès des officinaux, ni même auprès de leur Ordre. Ce défaut de transmission s’ajoute à un manque de cohérence certain : une partie des pharmaciens considère que le retour de l’ancien médicament, moins stable, n’est pas une solution adaptée pour la sécurité des patients, tandis qu’elle peut renforcer l’idée d’une manipulation. De même, le caractère provisoire de cette mesure pourrait contribuer à maintenir un climat d’inquiétude.

Le gouvernement fuit ses responsabilités

L’Union des syndicats des pharmaciens d’officine (USPO) a la première souhaité évoquer ces différents points. Dans une lettre ouverte au ministre de la Santé, le patron du syndicat, Gilles Bonnefond a notamment exigé la tenue d’une réunion en urgence « pour nous faire part de l’organisation future de la dispensation de la levothyroxine, ses conditions de prescription, les personnes cibles, les conditions de prise en charge, les recommandations pour ne pas être en rupture dès la première semaine. Il est fondamental de nous consulter pour anticiper les difficultés qui ne manqueront de survenir et nous donner les moyens de les gérer » écrivait le président de l’USPO, Gilles Bonnefond. S’il a été partiellement entendu à travers la transmission de différentes informations aux pharmaciens lors d’une réunion hier à l’ANSM, les crispations demeurent concernant le manque de cohérence de la réponse du gouvernement. Ainsi, dans une autre missive, un groupe de pharmaciens juge que leur « responsabilité (…) devra nous amener à boycotter l’ancienne formulation » en raison de la moins bonne stabilité du produit. Cette lettre diffusée par la pharmacienne Sylvie Parent, forte d’une page Facebook comptant 3 600 professionnels de santé et relayée par le site Egora, dénonce avec force le choix des pouvoirs publics. Pour les professionnels signataires, le retour de l’ancienne formule est une façon pour les décideurs de fuir leur responsabilité. « Quand est-ce que les pouvoirs publics prendront leurs décisions en fonction des preuves scientifiques et non sous la pression de pétitions électoralistes » s’interrogent les pharmaciens, dont la colère témoigne que le retour de l’ancienne formule ne permettra pas d’apaiser définitivement la crise du Levothyrox.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Enfin du bon sens....

    Le 27 septembre 2017

    Sylvie a bien sûr raison, la "petite" minorité aura gagné...Il est évident qu'il fallait tenir la position en ne surtout pas faire revenir l'ancienne formulation...On ne peut accepter qu'un médicament perde de sa concentration au fil du temps...! Et là oui, on va chercher à l'étranger, on nous tient au courant de rien...Lundi dans los officnes, je n'y crois pas une seconde!

    Laurent Tomas

  • Méprisés tout le temps

    Le 01 octobre 2017

    En fait "l'affaire Levothyrox" n'est qu'un symptôme visible .... On est méprisés tout le temps depuis des années ! Et par tout le monde: les pouvoirs publics qui nous voient comme de simples distributeurs de boites payés à coup de trique en plus, les médias qui continuent à véhiculer une image de nantis qui n'est plus valable depuis les années 1980, les autres professionnels de santé qui nous prennent pour des débiles, et refusent toutes nos nouvelles missions (vaccins, suivi des patients), tout en fuyant eux aussi leurs responsabilités indéniables dans les scandales sanitaires (Mediator, Levothyrox et autres)... Bref on en a ras le bol d'être traités de la sorte... en voyant tout ce petit monde se plaindre tout le temps...

    Un pharmacien

  • Médicament générique ?

    Le 01 octobre 2017

    Le Levothyrox nouvelle formule, c'est quoi ?
    Même molécule, même principe actif, changement d'excipients bref c'est un générique sauf qu'il est fabriqué par le labo théoriquement le plus compétent, celui qui détient l'AMM du médicament princeps.

    Wikipédia, "Le générique a une définition officielle : On entend par générique d’une spécialité de référence, celle qui a la même composition qualitative et quantitative en principes actifs, la même forme pharmaceutique, et dont la bioéquivalence avec la spécialité de référence est démontrée par des études appropriées de biodisponibilité."

    Cette expérience du Levothyrox nouvelle formule semble ré-ouvrir grande la porte aux débats des génériques !
    Même le labo titulaire du princeps n'arrive pas à fabriquer un générique équivalent !

    Yves Brasey

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