L’exercice, plus et mieux qu’un soin de support du cancer, à condition de l’adapter au cas par cas

Plusieurs études sur les bénéfices potentiels de l’exercice physique ont été présentées à cet ESMO. Elles montrent toutes un bénéfice sur l’évolution des symptômes, mais aussi sur la qualité de vie et le pronostic… Sous conditions.

La première étude, française de surcroît, est une étude prospective longitudinale qui après avoir identifié 2 525 patients avec cancer du sein de stade I-III ayant bénéficié d’une chimiothérapie adjuvante, a évalué la qualité de vie de ces patientes avant chimiothérapie, puis à 3-6 et 12 mois respectivement. Les résultats ont montré, logiquement, une détérioration de la qualité de vie après chimiothérapie, mais les scores de qualité de vie restaient significativement plus élevés chez les femmes actives (assurant >10MET-heures/semaine selon les recommandations de l’OMS, soit 45 minutes d’effort vigoureux ou 150 minutes d’effort modéré par semaine) qui avaient également un meilleur état de santé physique et émotionnel. Les auteurs ont également constaté que certaines femmes (un tiers environ) avaient un état de santé global moins bon, avec pour facteur de risque la présence de comorbidités, la présence d’un tabagisme, un statut socioéconomique plus faible et une chirurgie ayant nécessité une mastectomie plutôt qu’une tumorectomie (1).

Une autre étude française effectuée notamment au centre Oscar Lambret de Lille sur des patients avec cancer (83 % avec cancer du sein, dont 21 % de stade métastatique) a montré chez les 114 patients dont les données sont disponibles à 3 mois et les 74 patients avec données disponibles à 6 mois, que la pratique d’un exercice physique régulier à raison de 2 sessions de 60 minutes par semaine, réduit de manière significative la fatigue et la douleur à 3 et à 6 mois (p < 0,05). Les auteurs ont constaté également une amélioration significative du rapport masse grasse/masse maigre (2).

En Australie, ce sont 227 patients souffrant d’un cancer du poumon de stade avancé ou métastatique qui ont été enrôlés dans les 3 mois qui ont suivi le diagnostic dans un programme d’exercices physiques combinés en résistance et aérobiques 3x/semaine avec un groupe contrôle. Globalement, l’étude est négative, mais une analyse post hoc des patients ayant réellement adhéré au programme (>70 % des séances) a montré une amélioration significative de la fatigue (+10 %), du bien-être général (+8 %) et du score de qualité de vie FACT-L (3). Les auteurs reconnaissent cependant que, pour être réellement efficace, l’exercice doit être adapté au patient et à son « état de bienveillance » par rapport à l’exercice, de telle sorte qu’il ne soit pas limité aux patients en meilleur état général.

Une autre étude, australienne également, va dans le même sens d’un bénéfice de l’exercice physique lorsqu’il est effectivement suivi. Mais cette étude avait également analysé les obstacles à la (bonne) pratique de cet exercice et constaté que les obstacles principaux sont la fatigue (68 %), un manque de souffle (61 %), un état dépressif (58 %), l’absence de motivation (56 %), la douleur (54 %) et les effets secondaires des traitements (54 %). Enfin, plus de la moitié des patients ont déclaré ne pas être au courant du bénéfice possible de l’exercice physique, raison pour laquelle ils ont manqué de motivation. Il reste donc pas mal de pain sur la planche, concluent les auteurs, soulignant l’intérêt de trouver l’exercice qui procure le plus de plaisir au patient… (4)

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
1. Di Meglio A et coll. : Physical activity (PA) and patterns of quality of life (QOL) after adjuvant chemotherapy (CT) for breast cancer (BC).
2. Vanlemmens L et coll. : Benefits of physical activity and sport integrated into the care pathway of oncology patient.
3. Wiskemann J et coll. : Effects of physical exercise in non-operable lung cancer patients undergoing palliative treatment.
4. Tran Q et coll. : Identifying barriers to physical activity in patients with lung cancer: An Australian pilot study.

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