L’exercice régulier pourrait diminuer le risque de chutes même en cas de maladie d’Alzheimer

Au cours de la maladie d’Alzheimer (MA), l’aggravation des troubles neuropsychiatriques qui marquent la phase d’état conduit à un risque croissant de chutes volontiers traumatisantes. Fractures, contusions, plaies et bosses viennent alourdir le fardeau quotidien, celui du patient et de son entourage. Les mesures préventives sont les bienvenues et, sur ce point, il est licite de s’interroger sur les bienfaits éventuels de l’exercice physique régulier. Peu d’études permettent de répondre à cette question, notamment quand la MA s’accompagne de troubles neuropsychiatriques qui peuvent interférer avec l’efficacité de cette stratégie préventive.
Un essai randomisé a inclus au départ 210 patients atteints de cette maladie neurodégénérative, vivant tous au sein de la communauté, mais seuls 179 d’entre eux ont été explorés de façon idoine à l’aide du NPI (Neuropsychiatric Inventory (NPI). Trois groupes ont été constitués par tirage au sort : (1) exercice en groupe à raison de séances de 4 heures chacune, dont une heure d’entraînement deux fois par semaine ; (2) exercice personnalisé à domicile sous la forme d’une heure d’entraînement deux fois par semaine ; (3) absence d’exercice, une prise en charge standard de la maladie étant assurée au sein de la communauté. L’analyse secondaire des données de l’essai a reposé sur la réunion des groupes 1 et 2, la comparaison étant faite par rapport au groupe 3, au cours d’une année de suivi. Les troubles neuropsychiatriques ont été évalués à l’état basal et la fréquence des chutes a été mesurée à partir d’un journal quotidien tenu par l’entourage ou les soignants, selon le contexte.

Le nombre de chutes est corrélé au score NPI d’évaluation des troubles neuropsychiatriques

Le nombre de chutes a été positivement corrélé au score obtenu au NPI dans le groupe témoin. La fréquence des chutes (par sujet-année)  a été estimée à 1,48 (intervalle de confiance à 95 %, IC 1,26-1,73) dans les groupes 1 et 2 réunis, versus 2,87 (IC 2,43-3,35) dans le groupe témoin. Une analyse multivariée a été faite avec ajustement selon l’âge, le sexe, le score au MMSE (Mini-Mental State Examination) et le score au SPPB (Short Physical Performance Battery) : l’IRR (incidence rate ratio) correspondant a été estimé à 0,48 (IC 0,39-0,60 ; p<0,001). L’effet sur la fréquence des chutes s’est avéré significatif.

Cet essai randomisé qui porte sur un effectif restreint suggère que la pratique d’un exercice régulier peut s’avérer bénéfique chez les patients atteints d’une MA, même en cas de troubles neuropsychiatriques. Cette stratégie pourrait diminuer la fréquence des chutes et d’autres essais randomisés s’imposent pour confirmer ces résultats.

Dr Philippe Tellier

Référence
Roitto HM et coll. : Falls in Alzheimer's Disease - Does Exercise Modify the Risk? J Am Geriatr Soc., 2018 ; 66 : 2377-2381.

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