L’hyperalgésie péri-opératoire : une nouvelle approche de la prise en charge de la douleur post-opératoire

La douleur postopératoire reste un domaine en constante évolution, que ce soit par le développement de nouvelles techniques analgésiques, l’amélioration des connaissances sur les antalgiques, mais aussi par la recherche fondamentale sur sa physiopathologie.

De l’analgésie à l’hyperalgésie

La théorie longtemps admise que la douleur est purement et simplement un excès de nociception est battue en brèche aujourd’hui par les travaux fondamentaux du Pr G. Simonnet (Bordeaux). En effet, il a démontré chez l’animal que des processus de sensibilisation du systéme nerveux diminuent le seuil de sensibilité normale à la douleur. Ces processus de sensibilisation dépendent de l’histoire de chaque individu (épisodes douleureux antérieurs, stress, nutrition, prise d’opioïdes…). Sur un plan neurobiologique, les opioïdes auraient un double effet : ils procurent une analgésie, mais sont également facilitateurs de l’hypersensibilité à la douleur. D’où la dénomination "d’antalgiques hyperalgésiques".

G. Simonnet propose donc une nouvelle classification des antalgiques en antalgiques purs (antinociceptifs), antalgiques hyperalgésiques (dans lesquels on retrouve les opioïdes), antalgiques anti-hyperalgésiques (néfopam, protoxyde d’azote) et anti-hyperalgésiques non antinociceptifs (kétamine, gabapentine).

L’antihyperalgésie périopératoire : une réalité thérapeutique

L’hyperalgésie induite par les morphiniques est dose-dépendante. L’association morphinique + anti-hyperalgésique est très intéressante en clinique. Le Pr M. Chauvin a présenté l’action analgésique préventive des anti-hyperalgésiques par un blocage des mécanismes de sensibilisation, dont le bénéfice peut durer plusieurs mois permettant ainsi d’éviter le passage à la chronicisation des douleurs post-opératoires. 

Un anti-hyperalgésique : le néfopam

Le néfopam (Acupan®) est un analgésique injectable bien connu des anesthésistes. De nombreux travaux chez l’animal ont mis en évidence ses propriétés antalgiques et anti-hyperalgésiques. Son mécanisme d’action anti-hyperalgésique repose sur une inhibition des canaux sodiques voltage-dépendants présynaptiques entraînant une diminution de la libération du glutamate et donc une moindre activation des récepteurs NMDA. C’est de cette action que découle la limitation des processus de sensibilisation à la douleur.

En pratique clinique, le néfopam a démontré un effet épargneur morphinique, une réduction de la tolérance aiguë aux opioïdes et une diminution des surfaces d’hyperalgésie péricicatricielle.

Dr Christèle Leblond-Joly

Référence
D’après un symposium organisé par les laboratoires Biocodex. Bonnet F, Simonnet G, Chauvin M et Richebé P. Actualités sur l’hyperalgésie péri-opératoire. SFAR, Paris. 23-26 septembre 2009.

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