L’hyperoxémie précoce réduirait la mortalité pour les victimes de graves traumatismes

Chaque année, 5,8 millions de personnes décèdent des suites d'un traumatisme, ce qui en fait la première cause de décès chez les personnes de moins de 45 ans. La prise en charge pré-hospitalière des traumatisés graves recommande une oxygénothérapie de principe afin de traiter et prévenir l'hypoxémie. Or, l'exposition à des niveaux élevés d'oxygène, même pendant une courte période, a été associée à une vasoconstriction cérébrale et coronarienne, à des effets délétères sur la fonction pulmonaire et à une augmentation de la mortalité chez les patients en état critique. Toutefois, nous savons peu de choses sur ses effets chez les traumatisés.

L'objectif de cette étude était d'évaluer l'association entre l'hyperoxémie précoce et la mortalité hospitalière pour traumatisme grave, avec l’hypothèse qu'une PaO2 ≥ 150 mmHg à l'admission était associée à une augmentation de la mortalité hospitalière.

À partir des données issues d'un registre prospectif multicentrique des traumatismes survenus en France, ont été inclus les blessés pris en charge par les SMUR entre mai 2016 et mars 2019 et admis dans un centre de traumatologie de niveau I. L'hyperoxémie précoce a été définie comme une PaO2 supérieure à 150 mmHg mesurée lors de l'admission à l'hôpital. La mortalité hospitalière a été comparée entre les patients normoxémiques (150 > PaO2 ≥ 60 mmHg) et hyperoxémiques à l'aide d'un modèle de score de propension avec des variables prédéterminées (sexe, âge, fréquence cardiaque pré-hospitalière et PAS, température, hémoglobine et lactatémie artérielle, recours à la ventilation mécanique, présence d'un traumatisme crânien, score initial sur l'échelle de coma de Glasgow, score de gravité des blessures (ISS), classe de santé physique de l'American Society of Anesthesiologists > I, et présence d'un choc hémorragique).

Une vaste cohorte

Au total, 5 912 patients ont été inclus (âge médian de 39 ans [26-55], 78 % d’hommes). Plus de la moitié (53 %) des patients avaient un ISS supérieur à 15, et 32 % avaient des lésions cérébrales traumatiques. En analyse univariée, la mortalité hospitalière a été plus élevée chez les patients hyperoxémiques que chez les patients normoxémiques (12 % versus 9 %, p < 0,0001). Cependant, après appariement sur score de propension, la mortalité hospitalière a été significativement moindre chez les patients hyperoxémiques que chez les patients normoxémiques (Odds Ratio OR 0,59 [0,50-0,70], p < 0,0001).

Mais de fortes limitations !

La principale limite de la présente étude réside dans sa conception rétrospective avec des données manquantes et non des moindres : mortalité hospitalière dans 18 % des cas ; valeurs de la PaO2 chez une proportion importante de patients ! Néanmoins, le grand nombre de patients inclus a permis non seulement à l'analyse par score de propension d'inclure toutes les variables nécessaires pour les corrections, mais aussi d'importantes analyses de sous-groupes.

À suivre avec attention

Dans cette vaste étude d'observation, l'hyperoxémie précoce chez les patients traumatisés a été associée à une réduction de la mortalité ajustée en milieu hospitalier. Ce résultat qui contraste avec la mortalité hospitalière non ajustée ainsi qu'avec de nombreux autres résultats rapportés chez des patients en état critique, pourrait justifier l'administration systématique d'oxygène aux patients traumatisés lors de la prise en charge initiale dans le cadre pré-hospitalier, mais la nature rétrospective de l'étude justifie son interprétation prudente. À confirmer par un essai clinique randomisé.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Baekgaard JS, Abback P, Boubaya M et coll. : Early hyperoxemia is associated with lower adjusted mortality after severe trauma: results from a French registry. Crit Care, 2020 ; 24, 604 doi.org/10.1186/s13054-020-03274-x

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