L’hyperoxie en USIC, fréquente mais sans conséquence

La ventilation mécanique (VM) avec oxygène est salvatrice mais peut entraîner une hyperoxie. L'exposition à de hauts niveaux d'oxygène pendant plusieurs jours est considérée comme préjudiciable en raison des processus inflammatoires et cytotoxiques qu’elle engendre. Plusieurs études et méta-analyses aux résultats parfois contradictoires s’affrontent (De Jonge 2008, Eastwood 2012, Damiani 2014, Helmerhorst 2015) qui ont surtout considéré l’hyperoxie au cours des premières 24 heures de réanimation et, ne manquant pas d’air (à FiO2 0,21), ont prudemment tapé en touche en appelant de leurs vœux d’autres études oxygénées. Donc acte. L'objectif de cette nouvelle étude a été d’apprécier l'incidence et la durée de l'hyperoxie et la mortalité hospitalière associée chez les patients en état précaire.

Au total, 20 889 gazométries artérielles sanguines (49,9 ± 12 par patient) ont été analysées chez 419 patients médicaux et chirurgicaux, de tous âges admis dans 7 services de soins intensifs (ICU) hospitalo-universitaires de Vienne (Autriche) et ayant bénéficié d'une VM pendant au moins 7 jours consécutifs. L’objectif principal était la mesure de la PaO2 sur 7 jours.

Les caractéristiques de la population étudiée sont les suivantes : 61, 6 % d’hommes ; âge moyen 57,8 ± 19,9 ans (1 à 91) ; 19 adolescents et 5 enfants âgés < 6 ans, SAPS2 (simplified acute physiology score) à 46 ± 18,6, durée moyenne de séjour en ICU de 22 jours (7–189) ; mortalité en ICU de 30,1 % (n = 126) ; mortalité hospitalière totale de 35,3 % (n = 148). PaO2 moyenne pondérée dans le temps : 14,0 ± 2,4 kPa ; FiO2 moyenne pondérée dans le temps : 49,2 ± 12,1 %.

Pas de surmortalité liée à l’hyperoxie sur une semaine

Soixante-treize patients (18,1 %) ont été exposés de façon continue à l'hyperoxie, définie comme étant une PaO2 moyenne pondérée dans le temps > 16 kPa. Les durées d'hyperoxie, d’hypoxie (PaO2 < 8 kPa) et de normoxie (PaO2 8-16 kPa) on été respectivement de 37,9 ± 31,0 h (23,7 %), 4,9 ± 9,5 h (3,1 %) et 116,8 ± 29,6 h (73,2 %).

L'hyperoxie a été constatée surtout avec des FiO2 faibles à modérées chez les patients des premier et deuxième quartiles d'âge (1-57 ans) avec un score SAPS2 plus faible. La mortalité hospitalière des patients hyperoxiques (32,9 %) et normoxiques est identique (35,9 %, p = 0,691). La régression logistique n'a montré aucune association entre hyperoxie et mortalité hospitalière (Odds ratio 1,46, intervalle de confiance à 95 % IC 95 % 0,72-2,96, P = 0,29).

Les épisodes d'hyperoxie sont fréquents chez les patients d’USIC (23,7 % du temps étudié), tout particulièrement chez les patients jeunes présentant moins de comorbidités et en particulier sous des FiO2 plus faibles. Bien que rétrospective et monocentrique certes - mais néanmoins pratiquée dans 7 ICU adultes et enfants - cette étude qui est la toute première à analyser la survenue d’hyperoxies pendant une semaine et non pas 24 heures, ne retrouve pas d’augmentation de la mortalité hospitalière après une semaine d'oxygénothérapie, voire plus, chez des patients en état grave. Rassurant, n’est-il pas ?

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Kraft F et coll. : Incidence of hyperoxia and related in-hospital mortality in critically ill patients: a retrospective data analysis. Acta Anaesthesiol Scand., 2018; 62 : 347-356. doi: 10.1111/aas.13047.

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