L’hyperuricémie, facteur de risque d’AVC ? réponses de Regards

L’association entre hyperuricémie et AVC a fait l’objet de nombreuses études qui ont abouti à des résultats totalement discordants, notamment après la prise en compte des facteurs de risque cardiovasculaire au moment de l’analyse des données. La rareté des AVC dans les études prospectives et l’absence d’approche par sous-groupes contribuent également à la confusion actuelle.

L’étude dite Regards (REasons for Geographic and Racial Differences in Stroke study) permet-elle d’y voir plus clair ? C’est en tout cas un des objectifs de cette étude cas-témoins intracohorte. L’approche a consisté à comparer 2 groupes. Dans le premier (n = 903), les évènements étiquetés AVC ont été ainsi définis : déficit neurologique d’une durée > 24 heures ou encore symptômes neurologiques non ou mal focalisés mais avec des anomalies évocatrices d’un AVC en neuro-imagerie. Et, dans l’autre groupe ont été inclus 951 patients qui représentaient les groupes à haut risque.

L’uricémie dosée sur un échantillon basal a permis de constituer trois sous-groupes selon les valeurs obtenues (en mg/l): < 60 (référence) ; 60-68, ≥ 68 (hyperuricémie). L’association entre uricémie et AVC a été explorée au moyen du modèle des risques proportionnels de Cox en prenant en compte diverses variables cliniques et démographiques. L’analyse a été répétée après stratification en fonction de l’ethnie, du sexe et de l’âge (</≥ 65 ans). Au bout du compte, comme l’association entre HTA et uricémie est plus que fréquente, une médiation passant par le nombre de médicaments antihypertenseurs de classes pharmacologiques différentes a été recherchée.

Par rapport à la catégorie de référence, l’hyperuricémie a été significativement associée aux AVC, après ajustement selon l’ethnie, le sexe et l’interaction âge/ethnie, avec un hazard ratio (HR) de 1,42 (intervalle de confiance à 95 % de 1,12 à 1,80) et la prise en compte de la PAS/PAD n’a pas changé ces valeurs. L’association a été cependant atténuée par des ajustements supplémentaires (HR= 1,22 ; 0,91-1,63), notamment ceux qui ont intégré les variables cliniques liées à l’HTA. Le seul sous-groupe où l’association a différé est celui défini par un âge < 65 ans, le HR passant alors à 2,72 (1,25-5,93). L’analyse de médiation a par ailleurs révélé que le nombre de classes d’antihypertenseurs pouvait expliquer 43 % (IC 15 à 158 %) de la relation.

Au total, l’étude REgards met en évidence une association significative entre hyperuricémie et AVC, sans pour autant établir le moindre lien de causalité. D’ailleurs, cette association est partiellement liée à la sévérité de l’HTA reflétée par le nombre d’antihypertenseurs de classes différentes nécessaire à son contrôle. Le doute reste donc entier pour l’hyperuricémie en tant que facteur de risque cardiovasculaire… à la différence de l’HTA surtout mal contrôlée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Chaudhary NS et coll. : Association Between Uric Acid and Stroke in the REgards Case-cohort Study. American Heart Association/American Stroke Association 2019 International Stroke Conference (Honolulu) : 6-8 février 2019.

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