L’irradiation postopératoire pour cancer du rectum augmente le risque d’occlusion du grêle

En 1990, une conférence de consensus a établi l’intérêt de la radiothérapie (RT) postopératoire, associée à la chimiothérapie, pour compléter le traitement du cancer du rectum (KR) de stade II ou III, notamment pour éviter les récidives locales. Toutefois, une zone importante du grêle est exposée à la RT, d’autant plus qu’il peut être fixé par les adhérences postopératoires et ne peut ainsi échapper à l’irradiation, grâce à son péristaltisme. Ainsi, bien que l’occlusion intestinale aiguë (OIA) du grêle soit fréquente après toute chirurgie abdominale, la RT postopératoire joue-t-elle un rôle non négligeable dans la survenue d’une OIA comme l’illustre cette étude rétrospective.

Celle-ci a concerné environ 14 % des patients de plus de 65 ans porteurs d’un premier KR invasif non métastasé, dépisté entre 1986 et 1999, et traité par chirurgie radicale (excluant l’excision locale) aux Etats-Unis. Le but était d’évaluer l’incidence de la RT et de sa date par rapport à l’intervention sur la survenue d’une OIA.

Sur les 5 606 malades éligibles, 1 994 (36 %) avaient été irradiés, et, parmi ceux-ci, 1 467 (74 %) en postopératoire. La RT a été utilisée chez des sujets un peu plus jeunes (âge moyen 73 ans vs 76 pour les non irradiés), avec une extension locorégionale plus marquée du KR, et davantage depuis 1996.

Le diagnostic d’OIA dans les suites a été porté chez 614 sujets (11 %), et beaucoup plus souvent au fil du temps chez les malades irradiés (pourcentage cumulé à 5 et 10 ans de 19 et 28 % après RT vs 11 et 18 % en son absence). La RT préopératoire, pratiquée chez 425 malades (21 %)  a donné lieu à beaucoup moins d’OIA (14 % à 5 ans), mais, alors qu’au cours des 10 premiers mois, le risque apparaît identique à celui de la RT postopératoire, au-delà, les malades irradiés en préopératoire n’ont pas plus de risques que les non irradiés de développer une OIA.

Chez un quart des 614 patients l’OIA a récidivé menant au décès pour 50 d’entre eux (8 %).
Au total, et comme on pouvait s’y attendre, c’est bien l’irradiation postopératoire plus que tout autre facteur (âge, sexe, race, stade, type de chirurgie) qui est le facteur de risque majeur de l’occlusion postopératoire du grêle chez les opérés de cancer du rectum. Ceci explique sans doute que dans un nombre croissant de cas,  la radiothérapie soit de plus en plus souvent délivrée en pré et non en postopératoire.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Baxter NN et coll. : “Postoperative irradiation for rectal cancer increases the risk of small bowel obstruction after surgery.” Ann Surg., 2007 ; 245:553-9.

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