L’ivermectine contre le paludisme : une pierre, deux coups !

Certaines régions endémiques pour le paludisme sont également infestées par la filariose et la population y bénéficie régulièrement de traitements par ivermectine. L’idée évaluée dans cette publication du Lancet est que ce traitement pourrait également prévenir le paludisme. Il est en effet possible que les anophèles ingérant de l’ivermectine présent dans le sang des personnes traitées soient tués, réduisant ainsi globalement le risque de transmission à l’échelle de la communauté.

Les habitants de 4 villages du Burkina Faso se sont vu proposer, en plus du traitement annuel par ivermectine et albendazole, une administration d’ivermectine toutes les trois semaines (avec 6 prises de traitement en tout), durant la saison des pluies (entre juin et novembre). Le principal critère d’exclusion était une taille inférieure à 90 centimètres. Les 4 villages contrôles recevaient comme tous les ans un seul traitement par ivermectine. L’attribution de chaque village au groupe d’intervention ou au groupe contrôle était due au hasard.

Environ 20 % de cas en moins chez les enfants

La survenue de nouveaux cas de paludisme était prospectivement évaluée parmi la population de moins de 5 ans, au cours de visites survenant au moins 3 fois toutes les deux semaines dans chaque village. Les cas suspects étaient confirmés biologiquement par un test de diagnostic rapide sur une goutte prélevée au doigt. Les évaluateurs étaient en aveugle du village d’origine des patients.

La proportion des villageois ayant accepté de participer à l’étude était importante, 70 % des habitants ayant reçu la 6ème prise d’ivermectine dans les villages choisis pour l’intervention (1 020 sujets). Dans le groupe contrôle, 79 % des résidents ont pris l’ivermectine et l’albendazole (999 sujets). Quasiment tous les enfants de moins de 5 ans ont été inclus dans la cohorte (327 dans les villages d’intervention, et 263 dans les villages contrôles).

Il y a eu 648 épisodes de paludisme non compliqués dans les villages traités, et 647 dans les villages contrôles, soit une moyenne de 2 épisodes par enfants lorsque les habitants du village étaient traités par ivermectine toutes les 3 semaines (intervalle de confiance à 95 % IC95 : 1,85-2,15) contre 2,48 dans les villages traités une seule fois (IC95 : 2,29-2,67), soit une diminution de 0,48 du nombre d’épisode de paludisme par enfant (IC95 : 0,24-0,73, p < 0,0001) durant les 18 semaines de l’étude.

Un effet protecteur du traitement de la communauté

La proportion d’enfant n’ayant eu aucun épisode de paludisme était bien supérieure dans les villages traités toutes les trois semaines (20 % contre 9 %). La durée médiane avant le premier épisode de malaria était également significativement plus longue (47 jours contre 38, p = 0,0021). Il faut noter que la différence entre les groupes était plus importante parmi les 20 % d’enfants de moins de 5 ans qui faisaient plus de 90 cm, et qui ont donc reçu le traitement étudié. La différence restait significative pour les enfants non traités, suggérant un véritable effet protecteur du traitement de la communauté. Durant les 18 semaines de l’étude, seuls 8 évènements indésirables ont étés considérés comme possiblement attribuables au traitement.

Cette étude montre que l’ivermectine, en plus d’être efficace dans la prévention des filarioses dans la population, peut diminuer le risque de paludisme chez les enfants au sein de la communauté en réduisant le risque de transmission, et cela avec apparemment une bonne tolérance. L’effet supérieur chez les enfants traités suggère de plus un effet direct sur le plasmodium. La preuve de l’intérêt de cette stratégie ne signifie cependant pas qu’il soit possible de la mettre en place en pratique. Les auteurs la considèrent comme trop intensive et probablement trop coûteuse, et suggèrent l’intérêt d’autres formes d’administration tels que des traitements à action prolongée.

Dr Alexandre Haroche

Référence
Foy BD, Alout H, Seaman JA, Rao S, Magalhaes T, Wade M, et coll. : Efficacy and risk of harms of repeat ivermectin mass drug administrations for control of malaria (RIMDAMAL): a cluster-randomised trial. Lancet, 2019 ; publication avancée en ligne le 13 mars. doi: 10.1016/S0140-6736(18)32321-3.

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  • Ivermectine, bien plus d'usages que prévus?

    Le 25 mars 2019

    Peut-t-on préconiser l'usage de l'ivermectine pour lutter contre l'épidémie de la dengue de la Réunion et ainsi que des milieux tropicaux infestés?

    L’ivermectine concentre son action toxique sur la neurotransmission des seuls invertébrés (dont font partie les moustiques) ainsi que sur tous les autres parasites invertébrés.

    Elle est, par contre, sans action chez les mammifères, car ce sont des vertébrés ne possédant pas la même neurotransmission.

    C'est ce qui permettrait une action sur presque tous les parasites sans déranger leurs hôtes mammifères.

    Premier effet : toute une série de parasites seraient traités. L’ivermectine est un antiparasitaire à large spectre déjà bien connu pour traiter les maladies suivantes : l’onchocercose, la rosacée, la filariose lymphatique de Bancroft (autrefois très répandue à LA REUNION: gros patte, gros graine), la filariose à Loa Loa (africaine), l’anguillulose, l’ascaridiose, l’oxyurose (autrefois très répandues), la larva migrans cutanée, la gale et le palu d'importation. Peut-être même la pédiculose du cuir chevelu (poux).

    Second effet : les moustiques sains qui viennent piquer des patients atteints de la dengue, boivent ainsi de l'ivermectine trouvée dans le sang de ces patients et meurent. Ceci casserait la transmission à partir des personnes atteintes. Quant aux personnes traitées par de l'ivermectine pour tel ou tel parasite, les moustiques qui viendraient piquer ces patients ayant pris de l'ivermectine pour leurs parasites ou même pour faciliter la lutte contre la dengue meurent également. Ceci casserait la transmission à partir des personnes ayant pris de l'ivermectine infestés ou non par des parasites.

    Une idée à moudre ?

    Dr Jean Doremieux

  • L'idée de l'ivermectine contre la dengue

    Le 05 avril 2019

    A la REUNION c'est par l'homme atteint de la dengue que l'on pourrait supprimer l'épidémie de la dengue bien plus facilement qu’en se lançant dans ce projet inouï de la destruction de milliards de moustiques.

    Pourquoi ne pas suivre cette idée de ce médicament ? C'est très bête, c’est que l'ivermectine n'a pas cette indication-là dans son autorisation de mise sur le marché. Il faudrait suivre des voies interdites. En France on est très procédurier.

    Des espèces de vertébrés pourraient-elles être atteintes quand même par de l’ivermectine ? Non ce sont des vertébrés insensibles à cette molécule !

    Parlons des chauves-souris. Ces dernières sont, d'une part les porteurs saines de très nombreux virus, un fait bien connu dans les pays tropicaux. D'autre part, elles se nourrissent de moustiques qui ne peuvent manquer de les piquer.

    Mais voilà les chauves-souris sont des espèces protégées. Nous sommes des idiots : ce sont elles qui gardent les virus des années quand bien même tous les moustiques seraient morts. Et elles les promènent loin de leurs grottes. Alors que les moustiques ne vivent que quelques jours et sont incapables de voler plus loin que quelques dizaines de mètres.

    Dr Jean Doremieux

  • Sur l'épidémie de dengue

    Le 05 avril 2019

    Il me semble qu’il serait temps de faire mieux que la chasse à tous les moustiques sains ou contaminés. Il apparaît que c’est un combat difficile. Il existe bien trop de gîtes larvaires pour réussir parfaitement cette éradication de tous les moustiques.


    Que faire de mieux ? Nous pourrions casser cette épidémie de dengue avec un médicament ne visant, cette fois, que les seuls moustiques contaminés et contaminants. Ce moyen pourrait être l’ivermectine.

    Il faut s’en expliquer. Certaines régions endémiques pour le paludisme sont également infestées par les filarioses de Bancroft et de Médine. La population y bénéficie, déjà et régulièrement, de traitements par l'ivermectine pour ces deux filarioses. Cela marche, c'est de l'acquis.

    Le Lancet a lancé l'idée que ce traitement pourrait également prévenir le paludisme. Il est plus que probable que les moustiques anophèles, ingérant de l’ivermectine dans le sang des personnes traitées ne survivent pas à cette prise, réduisant ainsi le risque de transmission à l’échelle de la communauté.

    Peut-t-on reprendre l’idée originale du Lancet et préconiser, chez nous, l'usage, inédit mais non interdit, de l'ivermectine pour lutter contre l'épidémie de la dengue de la Réunion?


    Comment est-ce possible et est-ce dangereux ? Les personnes traitées par de l'ivermectine porteraient en elles de quoi faire mourir les moustiques qui les piqueraient.


    Premier groupe de ces personnes: celles qui portent un parasite invertébré sans le savoir et qui pourraient en être libérés par une prise d’ivermectine à laquelle, par ailleurs, les moustiques ne survivent pas.


    L’ivermectine est un antiparasitaire à large spectre déjà bien connu pour traiter : l’onchocercose, la rosacée aux acariens, la filariose lymphatique de Bancroft, la filariose africaine, l’anguillulose, l’ascaridiose, l’oxyurose, la larva migrans cutanée, la gale et le palu d'importation. Peut-être même peut-on espérer traiter la pédiculose du cuir chevelu (poux) et d'ailleurs tous les insectes hématophages, puces, tiques qui transmettent la maladie de LYME, etc.


    Second groupe, les malades en cours de dengue. Elles pourraient prendre de l’ivermectine, non pas pour traiter la dengue, elle reste sans remède, mais afin de protéger leur entourage de cette affection.

    Est-ce dangereux ? L’ivermectine possède une action toxique sur la neurotransmission des seuls invertébrés (dont les moustiques) ainsi d'ailleurs que sur tous les autres parasites invertébrés.

    Elle est, par contre, sans aucune action (effets secondaires) chez les mammifères. Les vertébrés dont nous sommes ne possèdent pas la même neurotransmission que les invertébrés.

    ://www.who.int/apoc/cdti/ivermectin/fr/

    C'est l'OMS qui l'affirme :


    "A la différence des médicaments antérieurs, qui avaient des effets secondaires graves – parfois mortels –, l'ivermectine est sans danger et peut être utilisé à grande échelle. C'est également un médicament très efficace qui à lui tout seul, a transformé la vie de millions de personnes souffrant de l'onchocercose depuis son introduction en 1987" sans oublier de nombreux autres parasites.

    Cette particularité permettrait une action sur presque ces parasites sans déranger les mammifères.

    Je crois savoir que l’ivermectine ne peut pas être nuisible aux autres insectes. Puisque les abeilles ne piquent pas les hommes atteints de la dengue. Nuisible par contre à la rigueur les insectes hématophages (poux, acariens), dont on sera débarrassé par la même occasion. Est-ce que je me trompe ?

    Pourquoi ne pas suivre cette idée de ce médicament ? C'est très bête, c’est que l'ivermectine n'a pas cette indication-là dans son autorisation de mise sur le marché. Il faudrait suivre des voies interdites. En France on est très procédurier.

    Des espèces de vertébrés pourraient-elles être atteintes quand même par de l’ivermectine ? Non ce sont des vertébrés insensibles à cette molécule !

    Vous évoquez les chauves-souris. Ces dernières sont, d'une part les porteurs saines de très nombreux virus, un fait bien connu dans les pays tropicaux. D'autre part, elles se nourrissent de moustiques qui ne peuvent manquer de les piquer.

    Mais voilà les chauves-souris sont des espèces protégées. Nous sommes des idiots : ce sont elles qui gardent les virus des années quand bien même tous les moustiques seraient morts. Et elles les promènent loin de leurs grottes. Alors que les moustiques ne vivent que quelques jours et sont incapables de voler plus loin que quelques dizaines de mètres.

    Merci de m'avertir des difficultés administratives. Elles sont tout aussi grandes que le projet inouï de la démoustication complète de l'île. Je vais, cependant, proposer cette idée de démoustication ciblée, un, à la firme pharmaceutique qui commercialise l'ivermectine (AMM : vers intestinaux et gale pour STROMECTOL mais pas la dengue, ce qui est normal) et deux, à l'ARS réunionnaise qui est ou reste, dans cette affaire, bien silencieuse.

    Dr JD

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