L’oxymètre pour smartphone, fiable seulement pour les ceux qui sont en bonne santé !

Malgré des preuves de haut niveau concernant les avantages de la réadaptation pulmonaire, beaucoup de personnes atteintes de maladie pulmonaire obstructive chronique n’ont pas accès à un programme de réhabilitation respiratoire par manque de place ou du fait de difficultés d’accès à ce type de service. La téléréadaptation, prestation de services de réadaptation à domicile ou dans la communauté à l'aide de technologies de télésanté, pourrait constituer une alternative adaptée en éliminant les obstacles géographiques. Un récent ECR a d’ailleurs montré les avantages d'un programme de télérééducation pulmonaire à domicile, supervisé par vidéoconférence en temps réel, permettant une augmentation de l'endurance à l'effort et un excellent taux d’adhésion au programme. Pour ce faire, la télésanté doit développer les stratégies et les outils donnant la possibilité au patient de se surveiller et de transmettre certaines données, afin d'assurer sa sécurité lors d'exercices à domicile ou à distance. Dans cette optique, une étude a cherché à évaluer la facilité d’utilisation et la précision d’un système de mesure de la SpO2 (saturation en oxygène) et de la FC (fréquence cardiaque) sur smartphone (sonde digitale d'oxymètre O2 et application personnalisée), au repos et pendant l'exercice chez l'adulte en bonne santé et chez des patients atteints d'une maladie pulmonaire chronique.

Les valeurs de FC et de SpO2 données par le smartphone lors de l’effort physique ne sont pas valables en cas de maladie pulmonaire

Quinze personnes souffrant d’une bronchopneumopathie chronique et 15 témoins sains ont ainsi été recrutés. La SpO2 et la FC ont été évaluées au repos, et pendant le réentrainement à l’effort au vélo et à la marche. La SpO2 était considérée comme valable si le biais moyen était de ± 2 % et la limite de concordance de ± 4 %, idem pour la FC avec respectivement ± 5 bpm et ± 10 bpm. La facilité d’utilisation a été évaluée à l'aide d'un questionnaire et d'une observation directe.

Il en ressort qu’au repos, les mesures de la SpO2 ont été valables dans les deux groupes (biais inférieur à 2 %, limite inférieure de concordance −2 à 3 %). Par contre, pendant l'exercice, la mesure de la SpO2 n'a pas atteint les seuils de validité et de fiabilité chez les patients atteints alors qu’elle était précise pour les témoins en bonne santé. Quant à l'enregistrement de la FC pendant l'exercice ou le repos, il n'était pas valable  dans les deux groupes (limite de concordance supérieure à 10 bpm). L’oxymètre pour smartphone a parallèlement été jugé facile d’utilisation.

Cette étude semble ainsi suggérer que l'oxymètre du smartphone n’enregistre pas de manière précise la FC ou la SpO2 chez les patients souffrant d'une maladie pulmonaire chronique au cours de l'exercice, bien que les paramètres soient corrects au repos. L’une des stratégies possibles pourrait être de faire une suspension lors de la mesure pendant l'exercice, afin d’éviter les artéfacts, à défaut d’équiper les patients à domicile de saturomètre portatif.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Chan C coll. : A smartphone oximeter with a fingertip probe for use during exercise training: usability, validity and reliability in individuals with chronic lung disease and healthy controls. Physiotherapy 2019 ; 105 : pages 297–306.

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