L’œsophagite à éosinophiles est souvent diagnostiquée avec retard

L’œsophagite à éosinophiles (OeE) est une maladie chronique à médiation immunitaire déterminant une dysfonction motrice et une inflammation de la muqueuse à prédominance d’éosinophiles. La physiopathologie est mal connue ; elle implique une sensibilisation aux antigènes alimentaires et un terrain atopique des patients. Le diagnostic repose sur la biopsie de la muqueuse qui permet de constater une inflammation à éosinophiles avec ≥ 15 éosinophiles par champ au fort grossissement. Les nourrissons et les jeunes enfants présentent des difficultés alimentaires, une irritabilité, un retard de croissance, des douleurs abdominales et des vomissements. Les plus âgés ont une dysphagie, un blocage œsophagien ou des symptômes évoquant un reflux. L’OeE a une nette prédominance masculine. Elle est souvent diagnostiquée avec retard car elle n’est pas fréquente.

Soixante-treize cas en Nouvelle-Zélande

Une étude prospective néozélandaise a rassemblé 73 cas observés en 2014-2017, dont 54 garçons (74 %, sexe ratio : 3/1). Les enfants étaient d’ethnies variées : européens (54, 74 %), maoris (5, 7 %), îles du Pacifique (2, 3 %), asiatiques (7, 10 %), du Moyen Orient (3, 5 %). L’âge médian de début des symptômes était de 4 ans (intervalle interquartile : 1,1-8,5) et l’âge au diagnostic de 7,9 ans (IIQ 4,1-11,7). La dysphagie était le symptôme le plus commun (48 %) puis les vomissements/régurgitations (40 %), la perte de poids ou la stagnation pondérale (20 %), l’impaction alimentaire (19 %), les douleurs épigastriques (16 %), plus rarement le refus alimentaire, les douleurs abdominales. Dans 4 cas, les patients étaient asymptomatiques, l’endoscopie ayant été pratiquée pour recherche d’une maladie cœliaque dans un groupe à risque.

Les symptômes dépendaient de l’âge des enfants, retard de croissance et refus alimentaire chez les plus jeunes (âge médian entre 2 et 5 ans) et vomissements, dysphagie, douleurs épigastriques et impaction alimentaire chez les plus âgés (âge médian entre 7,5 et 9,5 ans). Plus de la moitié des enfants (62 %) présentait d’autres symptômes allergiques : eczéma (27 %), allergie alimentaire à IgE (25 %), rhinite (23 %), asthme (22 %) ; 7 enfants (10 %) avaient une maladie cœliaque.

Régimes d’exclusion et corticoïdes

L’endoscopie œsophagienne montrait des lésions macroscopiques du bas œsophage dans 79 % des cas, stries linéaires (55 %), plaques blanches (44 %). Les lésions microscopiques étaient constantes dans le tiers inférieur de l’œsophage, avec en médiane 50 éosinophiles/champ (IIQ 26-80) et de plus une hyperplasie des cellules basales (33 % des cas) et des micro-abcès à éosinophiles (42 %) mais pas de gastrite ni d’entérite. Le traitement a comporté régime d’exclusion pour les laitages et éventuellement d’autres allergènes alimentaires pour 54 % des patients et/ou des corticoïdes en topique (fluticasone 56 %).

En conclusion, l’œsophagite à éosinophiles est chronique et à rechutes. La présentation clinique est variée et le diagnostic souvent évoqué avec retard. L’absence de marqueurs biologiques contraint à des biopsies répétées pour suivre l’évolution.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Roberts AJ et coll. : Paediatric eosinophilic esophagitis in New Zealand: a 3-year prospective study. J Pediatr Child Health 2021; 57: 234-238.

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