Lutte anti paludisme : l’argent ne fait pas tout

Paris, le mercredi 4 décembre 2019 - Le paludisme reste une des maladies les plus redoutables au monde (400 000 victimes, surtout des enfants, pour 200 millions de nouveaux cas par an). Elle concerne surtout l’Afrique (90% des décès) où sont présents à la fois le parasite le plus virulent (Pl. falciparum) et le moustique le plus "efficace" (anophèle).

Si, grâce au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, de grands progrès ont été obtenus entre 2000 et 2015 (incidence et mortalité réduites de moitié), la tendance est au fléchissement depuis. Son incidence est même remontée en Amérique (Bolivie, Brésil, Colombie, Nicaragua, Panama, République Dominicaine, Venezuela).

Conflits et mauvaises politiques sanitaires expliquent certaines situations, tandis que le manque de financement grève les efforts de nombreux pays, mais l’arrêt de la progression de la lutte antipaludique, en Afrique notamment, relèverait également d’un mécanisme connu des économistes, selon un article publié dans Nature*.

Associer innovation et investissements

Selon ses auteurs, l’argent ne fait pas tout : le succès a été possible surtout parce que l’innovation est venue compléter les forts investissements consentis : sont ainsi arrivées les moustiquaires imprégnées d’insecticide longue durée et le traitement à base d’artemisinine. Il s’agit là de la première interprétation économique du phénomène.  

Le fléchissement actuel est un problème. Même l’analyse purement économique de l’impact du fléau – lorsqu’il ne les tue pas, le paludisme diminue les performances à l’école des enfants, futures forces vives des pays -  suffit à faire de cette cause une priorité. Maintenir son contrôle en Afrique demanderait 25 à 30 dollars par habitant et par an, loin des cinq dollars actuels. Il faudrait donc innover de nouveau, pas forcément sur le plan médical (vaccin, lutte contre les résistances du moustique aux insecticides et du plasmodium au traitement), mais peut-être aussi en ce qui concerne la stratégie de lutte : distributions plus adaptées à la saison, utilisation de nouvelles technologies tels les rappels sms etc.

A ces deux conditions pourrait alors se réaliser l’objectif OMS : réduire encore de 40% la mortalité pour la période 2015-2030.

*https://www.nature.com/articles/s41467-019-09991-4

Dr Blandine Esquerre

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