Lutte contre le tabac : l'appel à un nouveau souffle

Paris, le mercredi 18 octobre 2016 - Le ministre de la santé semble publiquement considérer avoir joué un rôle décisif dans la lutte contre le tabagisme, même si elle a pu admettre qu'elle n'a pas toujours eu la possibilité de déployer l'ensemble des mesures nécessaires (concernant notamment le prix du tabac). Dans les faits, la prévalence du tabagisme n'a nullement reculé au cours des cinq dernières années. Au rang des mesures jugées comme pertinentes par les spécialistes, il aura fallu attendre la fin du quinquennat pour qu'elles soient engagées qu'il s'agisse de la mise en place du paquet neutre ou d'une initiative marquante en faveur du sevrage (Le Moi(s) sans tabac). Trop tard pour constater les effets avant le départ de Marisol Touraine et sans doute trop tôt pour que de telles actions aient compte tenu du niveau élevé de la prévalence du tabagisme en France les résultats obtenus dans d'autres pays où ces dispositifs ont été déployés dans un contexte plus favorable. Les spécialistes de la lutte contre le tabac sont en effet nombreux à considérer qu'une hausse majeure du prix du tabac est la première des mesures à mettre en œuvre pour engager durablement la baisse du tabagisme, baisse à consolider ensuite par d'autres actions, tel le paquet neutre. Or, le gouvernement s'est systématiquement opposé à toute progression du prix à l'exception des augmentations annuelles... quand elles n'ont pas été contrées par une fiscalité avantageuse inopinément adoptée par des députés de gauche.

Des professionnels en première ligne pour faire disparaître le tabagisme

Tout ceci contribue à une lourde déception des acteurs de la lutte contre le tabac, notamment dans les rangs des socialistes. Le docteur Michèle Delaunay a ainsi à plusieurs reprises manifesté son regret que le plan anti-tabac point de départ séduisant ne soit pas plus combattif. Aussi est-elle avec l'Alliance contre le tabac à l'origine d'un appel aux professionnels de santé afin qu'ils soient les artisans d'une lutte plus dynamique contre le tabac.

Publié par La revue du praticien, le manifeste souhaite recueillir 100 000 signatures et en compte au lendemain de son lancement plus de 1 800 émanant de professionnels de toutes les disciplines. L'appel s'adresse d'abord à ces professionnels afin que leur union permettre d'engager un nombre croissant de patients sur la voie du sevrage. "On sait que le message entre vraiment dans la pratique le jour où il vient de plusieurs sources" assure citée par Pourquoi Docteur, Michel Delaunay. L'appel incite donc l'ensemble des professionnels à aborder la question du tabagisme à chaque consultation :  une majorité de médecins généralistes inclue aujourd'hui systématiquement ce sujet dans son interrogatoire, une pratique qui n'a en outre cessé de progresser ces dernières années, même si certains praticiens ont parfois pu exprimer un sentiment d'impuissance (lié entre autres au manque de temps) quant à l'accompagnement des patients vers le sevrage. L'appel des "100 000" invite encore les soignants à cibler en priorité certaines populations (jeunes, femmes enceintes) et à encourager les parents à "protéger" leurs enfants.

Un objectif utopique ?

Le manifeste interpelle également les politiques, qu'il s'agisse du gouvernement actuel ou des candidats à la présidentielle. Les signataires attendent un véritable respect de la loi Evin, concernant notamment l'interdiction de vente aux mineurs dont plusieurs études ont confirmé sa violation fréquente, quand d'autres pays ne connaissent nullement la même situation. L'augmentation du prix du paquet afin qu'il atteigne immédiatement au minimum 10 euros (contre 7 en moyenne aujourd'hui) est également défendue. Michèle Delaunay souhaite en outre que des mécanismes soient mis en place pour que ne puissent plus être détournées les augmentations de taxes afin de créer un véritable impact sur les marges des cigarettiers. Le texte attend encore la fin de tout rapport clientéliste avec le monde du tabac. L'objectif grâce à de telles mesures est d'atteindre une prévalence du tabagisme inférieure à 10 % dans les 10 ans soit un taux inférieur à celui observé dans les pays du monde qui connaissant aujourd'hui les meilleurs résultats et qui présentent une importante avance sur nous.

Un mouvement rare

Très injonctif, ce qui a pu en premier lieu échauder certains partenaires de l'Alliance contre le tabac (telle la Fédération addiction), l'appel suscite cependant l'engouement car il marque une volonté des professionnels de santé de s'unir largement pour influencer la politique de santé publique. Reste à savoir quel écho il aura auprès des forces politiques et notamment du gouvernement ou de ceux qui aspirent à nous gouverner. Probablement flattée par la référence à certaines de ses actions (l'appel invite les soignants à participer au Moi(s) sans tabac), Marisol Touraine ne disposera cependant pas de plus de libertés pour imposer une hausse drastique du prix du tabac. Il n'est d'ailleurs pas impossible que pour s'opposer une nouvelle fois à cette disposition pourtant jugée essentielle. Certains reprennent d'ailleurs  l'argument de sociologues qui remarquent que la hausse des prix risque de renforcer la précarisation des fumeurs (les plus pauvres étant déjà aujourd'hui les plus nombreux à fumer).

Appeldes100000.fr

Aurélie Haroche

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