Malnutrition et épilepsie, des interactions pressenties il y a plus de mille ans

La malnutrition frappe environ un milliard d’individus de par le monde. Dans les pays développés, sa prévalence est estimée à 5 % environ de la population de plus de 15 ans. L’épilepsie qui, selon l’ILAE (International League Against Epilepsy ), se définit comme la survenue de deux crises convulsives spontanées, au moins, en 24 heures, touche à peu près 50 millions de personnes. Selon une étude récente, réalisée au Bénin,  la prévalence de la malnutrition chez les épileptiques, tous âges confondus, dans les pays en voie de développement, est forte (environ 22 %), contre 9 % dans la population générale (P<0, 001). Chez les enfants africains épileptiques, elle atteindrait plus de 25 %. De plus, selon des enquêtes en Italie et aux Etats Unis, il existerait un risque particulier de malnutrition chez les enfants atteints d’épilepsie réfractaire. Les évaluations quantitatives de l’alimentation sont donc significatives mais il a aussi été mis en évidence des différences de nature des aliments consommés respectivement par les épileptiques et les témoins, ceci ayant été illustré, entre autres, par des travaux menés en Inde.

S’il apparaît que la malnutrition n’est pas un facteur favorisant directement la survenue de convulsions, on sait qu’elle agit par l’intermédiaire de carences, manque d’apport protéique, en particulier. Dans de tels cas, l’histologie révèle des atrophies neuronales dans l’hippocampe, le cortex du cerveau et du cervelet, ainsi que des pertes irréversibles de neurones gabaergiques et cholinergiques dans l’hippocampe.

Les études animales ont largement montré que les carences, imposées à un stade précoce de l’évolution fœtale,  entravaient le développement du cerveau, de façon définitive, parfois. De même des privations plus tardives sont délétères quant à l’organisation et la maturation cérébrales. Chez l’Homme, on pense que la malnutrition abaisse le seuil épileptogène, ceci aggravant les conséquences de blessures ou de troubles fréquents dans les pays en voie de développement.

De plus, la malnutrition est l’une des causes d’immunodépression, favorisant le risque infectieux. Désordres électrolytiques, déficits en vitamines ou en micronutriments exercent une action directe et indirecte sur l’excitabilité neuronale. Selon une enquête menée dans un service d’urgence américain, l’hyponatrémie serait une cause de convulsions chez 56 % des enfants de moins de deux ans admis et chez 70 % de ceux de moins de six mois.

Les aspects socioculturels de l’épilepsie ne sont pas à négliger, dans la mesure où cette pathologie peut être source d’exclusion, ne faisant qu’aggraver la malnutrition.

Dans l’épilepsie résistante, les facteurs de risque de carences se cumulent, associant l’hypercatabolisme à d’éventuels troubles digestifs et à un possible retard mental. Quant aux traitements, ils ont des effets différents sur la masse corporelle, avec amaigrissement sous topiramate, felbamate, stiripentol, prise de poids avec la carbamazépine, la gabapentine, la pregabaline, le valproate et le vigabatrin, tandis que la lamotrigine, le levetiracetam, la phenytoïne, la tiagabine et le locosamide sont sans effet de ce type, sans oublier les lésions possibles des muqueuses buccales observées avec certains composés.

La limitation de l’impact de la malnutrition, sous ses divers aspects, est un objectif important, surtout dans les pays en voie de développement. 

Dr Françoise Ponchie Gardelle

Référence
Crepin S et coll.: Malnutrition and epilepsy : a two-way relationship. Clin Nutr 2009 ; 28 : 219- 225

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