Marche funèbre contre le projet de loi de financement de la Sécurité sociale

Paris, le mercredi 30 octobre 2019 -  Bien que vêtues de blanc, les personnes qui défilaient hier entre la Pitié Salpêtrière et le ministère de l’Économie et des Finances à Paris portaient le deuil. Il suffisait pour s’en convaincre de remarquer la couronne mortuaire ouvrant la marche et d’entendre l’oraison funèbre adressée à l’intention de Gérald Darmanin, ministre du Budget. « On manifeste très clairement en direction du ministère de l’Économie pour obtenir une augmentation du budget pour les hôpitaux publics. Sachant que depuis six ans, le budget des hôpitaux publics a été raboté en permanence et que là on gère la pénurie avec des risques pour les patients et pour les équipes » a expliqué le docteur François Salachas, neurologue à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière. Pour les participants, il s’agissait d’une réponse aux déclarations de Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances qui a souligné : « L’état de nos finances publiques justifie que si l’on dépense de l’argent pour l’hôpital nous trouvions des économies en face ».

Enterrement de l’espoir de jours meilleurs à l’Assemblée nationale

Si une telle logique est combattue par la plupart des représentants syndicaux et associations des personnels de l’hôpital public, elle est d’autant plus décriée qu’aujourd’hui il semble que l’hôpital serve de variable d’ajustement aux autres dépenses engagées par l’État. C’est en effet ainsi que peut être interprété le fait que le coût des mesures d’urgences économiques et sociales (MUES) décidées pour répondre à la contestation sociale des Gilets jaunes soit imputé à la Sécurité sociale. Ce choix a été largement critiqué lors du premier examen à l’Assemblée nationale du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS), au point d’éclipser toutes les autres dispositions du texte, comme l’a regretté le député socialiste Gisèle Biémouret. Elle a en effet observé que l’on ne retiendra pas de ce budget les « quelques bonnes mesures » telle la création d’une indemnisation du congé proche aidant, mais « l’unanimité qu’il fait contre lui en raison de ses manquements ». Des manquements qui n’ont pas empêché le texte d’être adopté par 339 voix contre 188 et 23 abstentions (dont quatre députés La République en Marche et deux élus MoDem). C’est pour protester contre cette adoption que ce 29 octobre avait été choisi par plusieurs syndicats de praticiens hospitaliers et des centrales générales, trois collectifs de soignants dont les collectifs Inter-Urgences et Inter-Hôpital et une organisation d’usagers pour leur marche funèbre.

Signaux inquiétants forts

Si moins de 200 personnes participaient au cortège, la mobilisation a trouvé un écho dans de nombreux établissements hospitaliers où se sont multipliées les minutes de silence et autres actions symboliques (rassemblements dans les cours, enchaînements…). Par ailleurs, l’arrêt du codage lancé début octobre par le collectif Inter-Hôpital ne cesse de progresser, concernant désormais 400 services (et parfois des hôpitaux entiers), tandis que 270 unités d’urgence sont toujours en grève. Enfin, la très forte participation à la première conférence de presse du collectif Inter-Hôpital qui a dû mobiliser trois amphithéâtres témoigne combien le sentiment d’épuisement et d’urgence est largement partagé par les personnels hospitaliers. Il faut dire que les signaux inquiétants se multiplient : certains chefs de service invités à témoigner par le collectif Inter-Hôpital évoquent ainsi les fermetures de lit qui empêchent un fonctionnement optimal, tandis que l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a récemment admis que 900 lits d’hospitalisation (sur 20 000) étaient aujourd’hui fermés faute de personnels suffisants. Les fermetures concernent parfois des services critiques : par exemple, six lits de réanimation pédiatrique étaient fermés à l’hôpital Bicêtre le week-end du 12 et 13 octobre selon des informations du Monde, tandis qu’à l’hôpital Necker, les mêmes jours huit lits de surveillance continue en pédiatrie n’avaient pu être gardés ouverts. 

Ressusciter l’hôpital public

Ces situations inquiétantes expliquent la forte mobilisation en vue de la journée d’actions afin de « Sauver l’hôpital public » prévue le 14 novembre. La grève et la manifestation programmées dans quinze jours devront permettre aux soignants des hôpitaux publics de rappeler leurs principales revendications : augmentation des budgets hospitaliers, avec un ONDAM qui devrait au minimum atteindre 4,4 % (mais dans l’idéal flirter avec les 5 %), revalorisation des rémunérations, arrêt des fermetures de lit et « remédicalisation de la gouvernance des hôpitaux ». Autant de mots d’ordre auxquels les messages de compassion exprimés ce lundi par le Président de la République sont loin de répondre.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (2)

  • Les économies ne sont pas le seul moyen d'agir

    Le 02 novembre 2019

    La pauvreté intellectuelle dans la recherche de l'equilibre du budget Secu est vraiment navrante : les économies sur la colonne dépenses, toujours les économies. Mais on peut aussi apporter des ressources nouvelles coté colonne recettes. Des ressources qui ne seront pas des augmentations de charges, puisqu'il s'agit d'utiliser mieux ce qui est deja cotisé: le projet Hirsch Tabuteau Terra Nova propose d'ouvrir à l'Assurance Maladie la vente de.... l'assurance maladie...complémentaire. Vente possible pour tout organisme agréé sauf la Secu !
    Actuellement, 18 % des cotisations servent à couvrir les frais de gestion des Complementaires.La Secu fonctionne avec 3,5 % de frais de gestion. En encaissant des cotisations au même niveau qu'actuellement, le deficit est réglé pour des années !

    Maignan (Pharmacien)

  • Comme dans les autres pays de la CEE ?

    Le 04 novembre 2019

    Nous allons rester dans l'Europe, sauf imprévu. La nouvelle direction de la CEE aura à sa tête un médecin allemand de nombreuses années encore. Je veux parler d'Ursula Von Der Leyen. Les allemands ne supportent plus nos déficits. Elle va nous imposer une autre façon d'Assurance Maladie. Avec le modèle de son pays. Jamais en déficit avec des cotisations de 15 % inférieures aux nôtres. Avec des médecins deux fois mieux payés sans pénurie; les déserts médicaux de l'Est ayant disparu. Avec des médicaments tous remboursés à 100 % aux pharmacies. Et même avec des Heilpraktiker (guérisseurs diplômés) payés par les caisses !

    Dr Jean Doremieux

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