Marine Le Pen et la santé: plus d'attention pour les Français, moins de soins pour les étrangers

Paris, le mardi 25 avril 2017 - La candidate du Front national qui s’est qualifiée pour le second tour de l’élection présidentielle a passablement musclé le volet santé de son programme en comparaison de celui qui avait été mis sur pied en 2012. Cette tendance que l’on a retrouvée chez presque tous les candidats correspond en effet à une forte préoccupation des Français vis-à-vis du modèle national de protection sociale et d’accès aux soins qu’ils craignent globalement de voir remis en cause.

Les attentes du corps électoral sur ces questions sont donc particulièrement fortes et le Front National a énoncé à leur sujet un ensemble de mesures et de propositions qui s’articulent autour de plusieurs idées allant de la lutte contre la désertification médicale à la suppression de l’Aide médicale d’Etat (AME), en passant par l’instauration d’un cinquième risque de Sécurité sociale consacré à la dépendance et le renforcement des personnels soignants dans les établissements publics.

Les internes et les retraités en renfort dans les déserts médicaux

« Pour toutes les filières dans lesquels il existe des besoins », notamment en médecine générale, le Front National s’engage à relever le numerus clausus de manière significative (sans plus de précision chiffrée). Afin de pallier le manque de praticiens dans certaines régions du territoire, M. Le Pen propose également de mettre en place pour les internes un stage de 6 mois « dans une zone sous-dotée » qui pourra s’effectuer dans des structures de santé autres que le seul hôpital. Dans le même ordre d’idée, les médecins retraités seraient encouragés à continuer d’exercer dans ces zones en contrepartie d’exonérations de charges.

La création d’un service civique de santé rémunéré sur la base du volontariat, de même que le maintien « autant que faire se peut » des structures de santé de proximité ou le développement de l’exercice en groupe au sein de maisons de santé pluridisciplinaires sont les autres points du programme qui devraient, selon le FN, permettre de freiner l’extension des déserts médicaux. Le FN souhaite enfin élargir les compétences des pharmaciens en matière de prévention (y compris par la vaccination) et de suivi de certains patients afin de compenser la raréfaction des praticiens dans ces territoires à très faible densité médicale.

Suppression de l’AME et délai de carence pour les étrangers légaux

Si le programme santé du FN est loin de regorger de propositions chiffrées, il en est tout autrement des mesures à forte charge symbolique comme cette suppression de l’AME qu’il considère comme faisant partie des « abus coûteux (…) à l’heure où des millions de Français renoncent aux soins ».

Pour les étrangers parvenus sur le sol français en situation régulière, Marine Le Pen souhaite instaurer un délai de carence de 2 ans avant de pouvoir bénéficier d’un quelconque remboursement de l’Assurance maladie, même pour les cotisants (une mesure qui choque de nombreux professionnels de santé). Dans un même souci d’économie, la fraude aux prestations sociales sera combattue grâce à l’instauration d’une Carte vitale biométrique couplée au titre national d’identité, de même qu’est annoncée une lutte contre les arrêts maladie injustifiés.

Revalorisation des soignants hospitaliers et création d’une nouvelle branche de la Sécurité sociale

Contrairement à un François Fillon qui s’était montré peu réceptif aux doléances exprimées par les personnels soignants qu’il avait rencontrés lors de la campagne, le programme de M. Le Pen prévoit une augmentation des effectifs des soignants hospitaliers, de même qu’une réévaluation de leur traitement prenant en compte la pénibilité des métiers. Quant aux praticiens libéraux, peu de mesures concrètes sont annoncées à part un allégement de leurs charges administratives et une adaptation de la tarification « à la réalité de leur exercice professionnel ».

L’engagement N°69 du programme du FN annonce la création d’une nouvelle branche dédiée à la perte d’autonomie et à la dépendance au sein de l’Assurance maladie. Evoquant les « plus de 7 milliards d’euros (qui restent) à la charge des familles et des personnes dépendantes », Marine Le Pen souhaite également que les aidants familiaux puissent bénéficier d’un trimestre de retraite pour 5 trimestres passés à s’occuper d’un proche.

Augmentation de l’utilisation des génériques, baisse des médicaments coûteux et vente à l’unité

Pour faire écho aux nombreux débats et campagnes qui se succèdent depuis plusieurs mois concernant le prix jugé exorbitant de certains traitements innovants, le FN n’hésite pas à brandir la menace de l’activation du mécanisme de la licence d’office « dans le cas de laboratoires récalcitrants » qui est réclamé depuis quelque temps par certains organismes non gouvernementaux comme Médecins du Monde.

Toujours sur le volet des médicaments, le FN souhaite également que la part des médicaments génériques dans le volume global de ceux qui sont consommés en France puisse augmenter significativement et atteindre les proportions qui sont affichées en Allemagne ou Royaume-Uni (un médicament sur deux vendu contre moins de un sur trois en France). Enfin, tout comme le propose Emmanuel Macron, M. Le Pen a introduit dans son programme la vente de médicaments à l’unité qui est pourtant très loin de faire l’unanimité parmi les pharmaciens d’officine.

 

Benoît Thelliez

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