Marine le Pen fera-t-elle un carton dans la Fonction publique hospitalière ?

Paris, le mercredi 18 janvier 2017 – Longtemps, le monde de la santé a été perçu comme ontologiquement hostile aux idées du Front national. Cependant, l’apparente mutation récente de ce parti, a, comme dans le reste de la société, suscité une évolution. Ainsi, enquête après enquête, l’intérêt des fonctionnaires hospitaliers pour le discours de Marine le Pen ne se dément pas.

Déjà, en 2012, avant l’élection présidentielle, les intentions de vote de la Fonction publique hospitalière (FPH) analysées par le centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof) créditaient Marine Le Pen de 18 % au même niveau que Nicolas Sarkozy. Cependant, François Hollande caracolait en tête loin devant (33 %). Aujourd’hui, l’attrait de la gauche s’est considérablement émoussé. Au printemps, alors que les observateurs politiques misaient encore sur les candidatures d’Alain Juppé et de François Hollande, le Cevipof créditait la dirigeante du Front National de 25 % des intentions de vote au premier tour chez les agents de la fonction publique hospitalières (FPH) contre 14,4 % des voix pour le chef de l’Etat et 29,8 % pour le maire de Bordeaux.

18,2 % des médecins hospitaliers prêts à voter Marine Le Pen au premier tour ?

Aujourd’hui, le coup de théâtre qui s’est joué à droite a légèrement modifié les équilibres. Ainsi, selon la dernière enquête du Cevipof, Marine Le Pen est crédité de 21,5 % à 22 % des intentions de vote chez les agents de la FPH, contre 21,3 à 22 % pour François Fillon (en fonction de la présence ou non de François Bayrou). Cependant, la gauche représente toujours la plus grande force, en dépit d’un éparpillement des voix entre Manuel Valls (11,3 %), Emmanuel Macron (15,7 %) et Jean-Luc Mélenchon (15,5 %) si François Bayrou se présentait (qui recueillerait  7,4 % des voix) contre 12,4 % pour Manuel Valls, 17,4 % pour Emmanuel Macron et 16,8 % pour Jean-Luc Mélenchon en l’absence du leader du Modem. On constatera tout d’abord que les déclarations de François Fillon vis-à-vis des fonctionnaires n’empêchent pas ces derniers de lui accorder leur confiance, tandis que c’est vers la gauche que les orphelins de François Bayrou se tourneront plus certainement que vers la droite.

Par ailleurs, des trois fonctions publiques, l’hôpital est le corps qui se montre le plus enclin à choisir Marine Le Pen (les intentions de voter Front national au premier tour sont de 18,5 % chez les enseignants et de 19,4 % dans les collectivités territoriales). Par ailleurs, si la gauche (boostée par le parti de Jean-Luc Mélenchon) demeure en tête auprès des catégories B de la FPH (infirmières), elle est en net recul chez les catégories C. Auprès de ces derniers (aides soignants), 29 % se disent prêts à voter pour Marine Le Pen (contre 18,2 % chez les médecins hospitaliers, catégorie A et 13,8 % chez les infirmiers catégorie B). « Le Front national semble s’être durablement inscrit dans l’univers politique de la catégorie C même si François Fillon y joue désormais un rôle non négligeable » observe le Cevifop.

Une adhésion au Front National sans réserve

Ces résultats confirment l’écho d’un discours ayant visé à nourrir les inquiétudes et les insatisfactions des catégories les moins aisées de la population. Marine Le Pen n’a en outre pas oublié de manifester son soutien à l’hôpital. Elle se dit ainsi régulièrement sensible aux « frustrations » éprouvées par les fonctionnaires hospitaliers. Si ce type de considération peut séduire un électorat en mal de reconnaissance et qui en outre à l’instar des autres franges de la population se montre désabusé face au paysage politique actuel, les propositions hostiles aux étrangers ne peuvent-elles pas freiner l’adhésion des soignants et des agents hospitaliers qui exercent au sein de structures par définition ouvertes à tous ?

Ainsi, la proposition répétée en ce début de semaine par Marine Le Pen d’appliquer un délai de carence avant que les étrangers en situation régulière puissent bénéficier de soins remboursés (délai qui pourrait atteindre deux ans) ne heurtera-t-elle pas les professionnels de santé ? Pas si sûr. Simon Taland secrétaire général du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA) a pu observer sur ces sujets une libération de la parole dans les couloirs d’hôpitaux. « Les attentats ont été traumatisants pour tout le monde, y compris pour les hospitaliers. Dans des salles de repos, j’ai entendu cette année des remises en question du multiculturalisme en France et de l’immigration. D’autres collègues ont carrément pointé du doigt les comportements déviants de certaines personnes issues d’autres pays qui ne voudraient pas s’intégrer » témoigne l’infirmier sur le site Pourquoi Docteur.

La résistance au Front National est en marche !

Cependant, beaucoup de professionnels de santé, à l’hôpital comme en ville, restent révoltés par la volonté d’exclusion des soins soutenue par Marine Le Pen. Ainsi au lendemain de la réitération de ses propositions, le président de l’Union française pour une médecine libre (UFML), le docteur Jérôme Marty s’est élevé contre les propos de la dirigeante du Front national rappelant que la prise en charge des étrangers était l’un des honneurs de la France. Cette mobilisation du corps médical et l’importance prise par de nombreux sujets ayant trait à la santé suggèrent en tout état de cause que ce thème aura une résonance particulière quand la campagne électorale battra (encore plus) son plein.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Prise en charge financière par des associations caritatives

    Le 19 janvier 2017

    Je suis bien d'accord avec Jérôme Marty (UFML) que : "La prise en charge des étrangers (demandant des soins) était (et restera) l’un des honneurs de la France."
    Soigner tous les étrangers malades venus chez nous ? Oui, bien entendu : la Déontologie nous y oblige ! La raison aussi nous le conseille !
    Mais de là à demander que la prise en charge financière de tous les soins accordés aux étrangers (non solvables) soit réalisée, non pas par les cotisants actuels, mais par des associations caritatives comme le Croissant Rouge, qui ne manquent ni de moyens, ni de bénévoles, ou par le Secours Catholique ou autres Secours Populaire, ce serait bien plus raisonnable.
    Elles ont été fondées dans ce but ces associations, l'Assurance Maladie, non !

    Dr JD

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