Médicaments à Haïti : comment éviter les détournements et les trafics ?

Saint-Domingue, le mardi 16 février 2010 – Si les paysages urbains dévastés de Port-au-Prince ont disparu ces derniers jours des écrans de télévision du monde entier, le chaos et l’urgence restent les sentiments qui dominent dans la capitale haïtienne. Dans un communiqué de presse diffusé hier, la présidente de Médecins sans frontière, le docteur Marie-Pierre Allié, assure ainsi : « Nous ne sommes pas sortis de la phase d’urgence » et énumère les différents besoins de la population haïtienne : « Deux enjeux sont particulièrement importants. (…) Accélérer le rythme des distributions d’abris est primordial », tandis que par ailleurs « Nombre de blessés opérés ont besoin de chirurgie de reprise et de soins post-opératoires complets ».

Eviter le détournement sur le marché de la drogue

Hier, d’autres organisation non gouvernementales (ONG) ont mis en avant une troisième nécessité impérieuse : l’accès aux morphiniques. « Ce qui nous fait cruellement défaut (…) c’est l’accès à des morphiniques pour pratiquer des anesthésies de façon optimale et soulager des douleurs post-opératoires » a ainsi martelé le docteur Benoît Gallet, président de l’association Tulipe, qui fédère en France les dons de l’industrie pharmaceutique. Le phénomène avait déjà été dénoncé il y a quelques semaines par le docteur Alain Serrie, président fondateur de l’organisation Douleurs sans frontières, qui avait constaté : « Il n’y a pas de produits morphiniques en ce moment à Haïti ». Quelque 8 000 traitements de ce type ont pourtant été acheminés sur l’île depuis le séisme, mais si les envois restent limités, c’est en raison des problèmes de sécurité. Le risque est en effet grand, si le suivi des colis et des stocks n’est pas correctement assuré, que les produits soient détournés sur le marché de la drogue. Le docteur Gallet a cependant assuré que Tulipe agissait avec la plus grande prudence : « On n’envoie pas de médicaments à l’aveugle » a-t-il ainsi résumé.

Réseaux parallèles : un problème chronique en Haïti

Le trafic de médicaments anti-douleurs n’est pas le seul redouté en Haïti. Il s’agit d’un problème chronique dans le pays où la vente illégale de médicaments représente « la seule source de revenu pour tout un pan du système de santé », explique l’organisation Les Pharmaciens humanitaires (PAH). Si la recommandation du ministère de la santé d’Haïti de délivrer les médicaments gratuitement pendant trois mois permet aujourd’hui de maîtriser le redéploiement des réseaux parallèles, les inquiétudes sont vives. Aussi, les actions de coordination, telle celle menée par PAH sont primordiales en terme de santé publique.

Indemnisation des pharmaciens haïtiens

PAH permet également aux pharmaciens haïtiens, souvent très durement touchés par le séisme, de retrouver une mission, mais également des fonds. Chargée de la logistique, du tri et de la mise en conformité des « containers de dons confiés au Ministère de la santé », PAH a mis en place pour ce faire « un dispositif où sont intégrés trente pharmaciens haïtiens dont des étudiants de dernière année. Une partie d’entre eux commence à mettre en place des pharmacies hospitalières dans les établissements de santé ; d’autres avec les services de la Direction de la pharmacie et du médicament évaluent les besoins. Ces pharmaciens évidemment sans travail ont bien souvent tout perdu. PAH s’est donné pour objectif de les indemniser afin qu’ils puissent se reconstruire peu à peu ». Le soutien offert aux pharmaciens apparaît une autre façon de prévenir la réémergence de trafics et réseaux criminels qui gangrènent le système de santé haïtien.

Aurélie Haroche

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