Même corrigées, les déclarations du pape sur l’homosexualité sont très critiquées

Paris, le mardi 28 août 2018 – Dans le verbatim des déclarations tenues dans l’avion qui ramenait le pape François d’Irlande à Rome, le mot "psychiatrie" n’apparaît plus. Alors que l’Église catholique doit de nouveau faire face à des révélations plus qu'inquiétantes sur la pédophilie de nombreux prêtres et prélats, l’attention s’est focalisée sur des propos du pape concernant l’attitude que des parents devraient adopter face à un enfant révélant son homosexualité. Après avoir insisté sur l’importance du dialogue, de l’acceptation et de l’accueil de chaque enfant, le souverain pontife a estimé que dans l’enfance « il y a beaucoup de choses à faire par la psychiatrie, pour voir comment sont les choses ». Cette précision a disparu du compte-rendu écrit du Vatican.

Le psy, un interlocuteur aussi accessible que le prêtre en Argentine !

Cette correction a été expliquée par la volonté de ne « pas altérer la pensée du pape ». Ainsi, ne fallait-il pas considérer que le pape recommandait le recours aux thérapies fantaisistes et dangereuses qui prétendent soigner l’homosexualité. Le pape aurait évoqué la « psychiatrie », parmi les différentes choses qui peuvent être initiées. « Avec ce mot, il n’avait pas l’intention de dire qu’il s’agissait d’une maladie psychiatrique, mais que peut-être il fallait voir comment sont les choses au niveau psychologique » a précise le porte-parole du Vatican. Il a encore été précisé que le pape argentin, qui a suivi une psychanalyse, porte un regard différent sur cette approche de celui qui peut prévaloir ailleurs. « En Argentine, le psy est un interlocuteur normal, courant, là où il est facilement associé à un problème en France » fait remarquer cité par La Vie, le prêtre Laurent-Huyghues-Beaufond.

Parler ou soigner ?

Cette interprétation avait été envisagée par certains observateurs. Ainsi, le psychiatre Serge Tisseron, cité par le Quotidien du médecin s’interrogeait : « A-t-il voulu dire que les psychiatres devaient remettre les adolescents attirés par des partenaires de leur propre sexe dans le droit chemin ? Ou bien pense-t-il qu’il faut les soutenir dans les situations familiales et sociales difficiles qu’ils peuvent rencontrer ? Son propos est trop laconique pour que nous puissions abonder dans l’une ou l’autre option ». Laurent-Huygues-Beaufond d’abord « surpris » par les propos du pape hésitait également : « J’aimerais comprendre dans ses propos une prise de conscience qu’un ado homosexuel ne sait parfois pas vers qui se tourner et qu’un psy est dans ce cas-là une ressource ». Enfin, bien que très déçu par les propos du pape, le coprésident de l’association LGBT+ chrétienne David & Jonathan, Anthony Favier a néanmoins observé : « Que des personnes aient besoin d’un accompagnement psychologique car elles sont homosexuelles ou que leur enfant est homosexuel, pas de souci ».

Ce ne sont pas les homosexuels qui ont besoin de soins psychiatriques !

Au-delà de ces réserves qui accordent le bénéfice du doute au pape, les réactions ont été très majoritairement outrées. Le contexte dans lequel ces déclarations interviennent, soit la révélation de nouveaux scandales sexuels au sein de L’Église, n’a fait qu’accroître la colère. « Il est très étonnant d’entendre régulièrement des conseils et des jugements moraux de L’Église au sein de laquelle certaines personnes sont incapables de dénoncer des actes pédocriminels commis par des prêtres, qui devraient être les premiers à bénéficier de soins psychiatriques » a par exemple taclé l’Association des familles homoparentales (ADFH).

Beaucoup de commentaires se sont également émus de cette vision dépassée et archaïque de la psychiatrie. « Avec de tels propos, nous nous retrouvons renvoyés à un autre âge, plus de trente ans en arrière » a observé cité dans le Quotidien du médecin le docteur Bertrand Lavoisy du Syndicat national de la psychiatrie hospitalière (SNPH). Le souvenir des thérapies brutales qui étaient nombreuses jusque dans les années 60/70 a été rappelé par différents spécialistes et même par certaines victimes, notamment en Italie. A travers le rappel de cette violence, "l’irresponsabilité" du pape, dont la parole demeure toujours largement entendue, a été dénoncée, alors que dans certains pays les thérapies prétendant "soigner" l’homosexualité continuent à exister et que la stigmatisation des homosexuels reste partout importante. Plutôt que des mots, certains ont opposé au discours du pape des photos d’eux enfants, derrière le hashtag #nipapenipsychiatre

Ambivalence

La blessure et l’indignation viennent rappeler les ambivalences de l’Église actuelle, dont les propos du pape sont le reflet. Après avoir lancé un « Qui suis-je pour juger » qui avait été considéré par beaucoup comme une ouverture, le Pape déçoit aujourd’hui profondément par son évocation de la psychiatrie. De la même manière, l’existence dans certaines églises, de groupes d’accueil des personnes homosexuelles, a pu donner à certains le sentiment d’une évolution en profondeur alors que dans les faits, la sévérité du Catéchisme de l’Église catholique vis-à-vis des actes d’homosexualité (mais pas des personnes homosexuelles) demeure inchangée.

Aurélie Haroche

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