Métastasectomies hépatiques d’un cancer colorectal : chirurgie laparoscopique ou chirurgie ouverte ?

La chirurgie laparoscopique minimalement invasive est entrée dans les mœurs pour de nombreux types de tumeurs solides abdominales. Elle permet en effet une récupération postopératoire plus rapide et moins compliquée. Cependant, certaines opérations techniquement difficiles telles que la chirurgie hépatique, suscitent encore des inquiétudes en termes de survie, inquiétudes d’autant plus grandes que l’expérience du chirurgien semble primordiale à cet égard (beaucoup de chirurgiens moins expérimentés optant pour la chirurgie ouverte). C’est dans ce cadre que l’essai randomisé OSLO-COMET a été réalisé et a montré que la chirurgie laparoscopique ne modifie pas les chances de survie comparée à la chirurgie ouverte dans cette indication, avec un taux de survie médian de plus de 6,5 ans après la chirurgie, qu’elle soit laparoscopique ou ouverte. De plus, la voie laparoscopique assure une meilleure qualité de vie « ce qui devrait nous convaincre de la proposer plus souvent encore » a souligné Åsmund Avdem Fretland, (Université d’Oslo) qui dirigeait l’étude.

Pour réaliser cet essai ‘inédit’, les auteurs ont inclus de février 2012 à janvier 2016, 280 patients atteints de cancer colorectal ayant des métastases hépatiques et les ont répartis de manière aléatoire vers une chirurgie laparoscopique (n = 133) ou une chirurgie ouverte (n = 147), avec épargne hépatique dans les deux cas. La moitié des patients environ a reçu une chimiothérapie FOLFOX avant ou après la chirurgie, sans que celle-ci n’influe les suites opératoires.

Ce sont les résultats des patients inclus avant 2015 qui ont été présentés et ils ne montrent pas de différence entre les deux groupes : les patients du groupe laparoscopie ont en effet une médiane de survie de 81 mois contre 80 mois pour la chirurgie ouverte tandis que la survie médiane sans récidive a été respectivement de 19 et 16 mois. Après un suivi minimum de 3 ans, les chercheurs ont été en mesure d’estimer que 56 % des personnes qui avaient eu une chirurgie ouverte seraient en vie 5 ans après la procédure comparativement à 57 % dans le groupe laparoscopie. Il n’y a pas eu de différence entre les deux groupes en termes de taux d’ablation complète de la tumeur (R0), ou de quantité de tissu enlevé au-delà de la tumeur observable.  

Par ailleurs, les patients ont rapporté une meilleure qualité de vie liée à la laparoscopie et les auteurs ont observé moins de complications post-opératoires (19 % contre 31 %). Les coûts relatifs aux deux types d’opération étaient comparables, du moins dans les conditions de prise en charge financière de la Norvège.

Cette étude va avoir des suites dans la mesure où les auteurs vont utiliser l’intelligence artificielle, la génétique et les images numériques pour analyser de manière plus fine les données récoltées. Ils envisagent également d’explorer de nouveaux aspects de la chirurgie hépatique minimalement invasive, notamment par le biais de l’inclusion de ces patients dans des essais multicentriques randomisés concernant entre autres l’ablation thermique des tumeurs hépatiques.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Références
Fretland A et coll. : Long-term survival after laparoscopic versus open resection for colorectal liver metastases.
Meeting annuel de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology) (Chicago) : 31 mai au 4 juin 2019.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article