Mianzi et mariages blancs en Chine ou la stigmatisation de l’homosexualité

La revue Transcultural Psychiatry consacre un article à la pratique des « mariages de complaisance » (formality marriages) en Chine, dans la communauté LGBT, autrement dit l’inclination d’un « homme gay » ou d’une « femme lesbienne » à s’unir à un partenaire du sexe opposé, du moins pour les registres officiels de l’état civil, sans « consommer » cette union.

Les auteurs décrivent plusieurs motivations susceptibles d’expliquer ce phénomène, a priori surprenant. Les intéressé(e)s chercheraient ainsi à « préserver leur mianzi et leur lizi », deux termes chinois évoquant respectivement les concepts de réputation (mianzi)[1] et de « réalité intérieure » (lizi). En d’autres termes, ces mariages de complaisance permettraient de « préserver les apparences » pour éviter « la détresse morale et la discrimination sociale », dans une société chinoise où (même si ce n’est pas de façon officielle) l’homosexualité reste implicitement considérée comme un « échec pour les familles » car elle aboutirait au « non-respect des obligations familiales » (failure to fulfill familial obligations). C’est pourquoi un grand nombre d’homosexuel(le)s en Chine ont recours à un mariage en forme de « couverture » permettant de détourner les regards d’un environnement (familial, professionnel ou social) prompt à stigmatiser certaines orientations sexuelles, considérées comme « inappropriées. »

Cette stratégie constituerait ainsi un compromis entre les « valeurs traditionnelles de la famille en Chine » et le contenu de la réalité intérieure (lizi), c’est-à-dire les préférences personnelles des individus. Ce compromis serait d’autant plus nécessaire que « de nombreuses personnes continuent à considérer l’homosexualité comme une maladie mentale » en Chine, même si cette assimilation à un trouble psychiatrique n’a désormais « plus cours dans la troisième édition de la Classification Chinoise des Maladies Mentales » (CCMD-3)[2]. Mais malgré cette réprobation officielle d’une telle assimilation, certains continuent à « percevoir l’homosexualité comme un trouble psychologique » et s’efforcent de « modifier l’orientation sexuelle » des personnes concernées. Pour les auteurs, la compréhension de ces pratiques matrimoniales pourra « aider les professionnels de santé à dissiper les stéréotypes et à combattre la stigmatisation de l’homosexualité. »

[1] http://blog.tutorming.com/business/what-does-mianzi-mean &
https://www.lemonde.fr/jeux-olympiques-toute-l-actualite/article/2008/08/22/mianzi-la-face_1086563_1074179.html
[2] https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/12145505

Dr Alain Cohen

Référence
Zhenjia Ren et coll.: Maintening “mianzi” and “lizi”: understanding the reasons for formality marriages between gay men and lesbians in China. Transcultural Psychiatry; 2019, vol. 56(1): 213– 232.

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Vos réactions (1)

  • Réel certes, mais attendu et non surprenant

    Le 30 avril 2019

    Je ne comprends pas en quoi cette pratique est surprenante ?! Connaissant la culture chinoise, c'est tout à fait attendu... il est évident que les homosexuels ne sont pas bien perçus là bas. Les homosexuels français qui partent en vacances en couple ne vont pas n'importe où par exemple, des tas de destinations (dont la Chine) leur sont déconseillées ! Et quand on connaît l'importance de la famille en Chine... il vaut mieux se marier pour éviter les ennuis... c'est à mon avis une pratique courante dans de nombreux pays - dont nos pays occidentaux !

    Emilie Teyssieres

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