Mieux traiter la dépression chez l’enfant

The American Journal of Psychiatry s’intéresse aux progrès dans la connaissance et le traitement de la dépression chez l’enfant. Ce thème est d’ailleurs sujet de controverses, car les pédopsychiatres ont longtemps écarté l’existence même de cette affection chez les jeunes : jusque vers 1975-1980, on disait en effet couramment que la dépression ne concernait que les adultes.

Pourtant, dès 1973, des auteurs comme Weinberg proposent d’élargir ce diagnostic aux enfants. De façon concomitante, leur démarche implique alors une approche thérapeutique différente : c’est-à-dire, comme chez l’adulte, la prescription d’antidépresseurs.
Cela n’a pas manqué de susciter des prises de position excessives, dans un sens comme dans l’autre : nier la réalité de toute dépression infanto-juvénile et contester ainsi le bien-fondé des médicaments pour cette population, quand ils se révèleraient peut-être utiles ; ou au contraire poser ce diagnostic de manière excessive, avec le risque de prescriptions hasardeuses voire injustifiées.

Quoi qu’il en soit réellement, l’auteur rappelle la nécessité concrète d’améliorer la prise en charge des enfants traités pour dépression. Par exemple, Morrato et al. déplorent que « les 2/3 des prescriptions d’antidépresseurs chez l’enfant émanent des omnipraticiens, et non des pédopsychiatres ». Plus grave : avec un mauvais protocole thérapeutique ou une surveillance défaillante, la recrudescence du risque suicidaire sous antidépresseurs (un phénomène paradoxal, mais classique, s’expliquant par une levée des inhibitions préalable au retour à la normothymie) n’épargne pas les jeunes. Or, apprend-on, « moins de 5 % des enfants traités reçoivent le suivi préconisé par les autorités sanitaires, en termes de fréquence de visites », 40 % des jeunes rencontrant leur praticien moins de trois fois durant le trimestre suivant l’instauration du traitement ! Mais rassurons-nous : si ces données paraissent alarmantes, elles ne concernent que les États-Unis : tout va, bien sûr, au pays de Voltaire, dans le meilleur des mondes possibles…

Dr Alain Cohen

Référence
Emslie GJ : Improving outcome in pediatric depression. Am J Psychiatry 2008 ; 165 : 1-3.

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Vos réactions (2)

  • Dépression chez l'enfant

    Le 31 janvier 2008

    Non aux antidépresseurs chez l'enfant c'est une règle absolue ! Heureusement que les pédo-psychiatres sont des prescripteurs moins fréquents que les généralistes.
    Cela signifie que les pédo-psychiatres connaissent un peu plus de psychiatrie que les généralistes et ont de meilleurs réflexes thérapeutiques qu'eux.

    Professeur Marc Peyron

  • Mieux traiter la dépression chez l’enfant

    Le 03 février 2008

    1) Il n'y a pas de règle absolue en médecine, sinon celle de faire d'abord un diagnostic, et ensuite de prescrire un traitement en fonction du diagnostic.
    2) Le diagnostic de "dépression" n'en est pas un, en particulier chez le jeune. Si l'on exclut le vague à l'âme et les névroses, le diagnostic à faire (ou à éliminer) est celui de psychose maniaco-dépressive (PMD), avec son risque suicidaire majeur. Elle est fréquente dès l'adolescence, mais souvent masquée.
    3) À tout âge, et surtout chez le jeune, le danger suicidaire se situe, dans la PMD, dans la phase "état mixte", pendant laquelle l'anxiété et la pulsion de mort sont maximales, et la levée de l'inhibition permet le passage à l'acte. La difficulté du diagnostic, si l'on se contente d'un entretien ponctuel, est majorée par la concomitance des signes maniaques qui masquent la "dépression".
    4) Un traitement antidépresseur non "couvert" par ailleurs comporte un danger de passage à l'état mixte, et donc de suicide. Un traitement symptomatique de l'agitation anxieuse (en fait maniaque : l'anxiété est fondamentale dans la manie) masque l'élément dépressif, sans le traiter. Rassuré, et poussé par les "normes" hospitalières, le psychiatre fait sortir le malade "calmé", qui se suicide.
    5) Le traitement de la PMD, particulièrement chez le jeune, repose donc, en dehors de l'extrême urgence qui peut-être justifierait une très brève sismothérapie, sur le délicat maniement des anxiolytiques (le Nozinan me paraît le meilleur en ce cas) et des antidépresseurs vrais, en n'oubliant pas que le traitement au long cours de la PMD repose sur les thymorégulateurs, et que le contact psychothérapique (ou plus simplement la relation médecin-malade) est la condition nécessaire d'un traitement suivi.

    Professeur Jean-François Foncin
    Ancien Médecin des Hôpitaux Psychiatriques.

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