Mobilisation nationale pour soutenir les professionnels de santé

Paris, le lundi 23 mars 2020 – « Un certain nombre d’entre eux seront touchés, ne nous mentons pas. J’ai une pensée pour eux. Pour ceux de nos collègues qui aujourd’hui, hospitalisés luttent pour leurs vies. Pour leur famille également ». Dans son message diffusé mardi dernier, le président du Conseil de l’Ordre des médecins rappelait le risque très important auquel les praticiens sont exposés face à l’épidémie de Covid-19. Ils redoutaient, en les sachant inévitables, de multiples victimes. Les premières ont été déplorées ce week-end.

Ainsi, le ministre de la Santé a confirmé le décès d’un urgentiste de 68 ans exerçant au centre hospitalier de Compiègne. Le docteur Jean-Jacques Razafindranazy est mort ce samedi au CHU de Lille. Le praticien avait été contaminé début mars et son état s’est rapidement dégradé. L’annonce de son décès a suscité une vague d’émotion importante sur les réseaux sociaux. Hier soir, le président du Collège national des gynécologues obstétriciens de France (CNGOF) a à son tour signalé le décès d’un gynécologue obstétricien de Mulhouse, le docteur Jean-Marie Boeglé. « Passionné, attentionné, gentil et plein d’humour, il nous manque déjà » écrit le professeur Israël Nisand. Ce matin, la liste macabre s’est encore allongée avec l’annonce par le Républicain Lorrain du décès d’un généraliste libéral âgé de 60 ans, qui exerçait dans la petite commune de Lhopital. Ces décès rappellent que la moyenne d’âge des médecins en France les classe parmi les sujets à risque de complications.

Trois soignants en réanimation dans les hôpitaux de l’AP-HP

Combien sont-ils, ces médecins, infirmiers, aides-soignants, kinésithérapeutes à être aujourd’hui infectés par SARS-CoV-2 ? Interrogé sur ce point ce dimanche soir, alors qu’il était l’invité de l’émission le Grand Jury (LCI, RTL, Le Monde), le ministre de la Santé, Olivier Véran n’a pas donné de réponse précise, préférant se concentrer sur l’hommage rendu au docteur Razafindranazy. Cependant, des informations partielles sont données. Ainsi, le directeur de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP) a indiqué que 490 personnels des établissements franciliens ont été contaminés et trois sont aujourd’hui pris en charge en réanimation.

Soutien psychologique et logistique

Difficile de ne pas répéter que cette situation impose une nouvelle fois de garantir à l’ensemble des soignants une quantité suffisante d’équipements de protection individuels (EPI) et d’autre part d’élargir les pratiques de dépistage, afin que tous les professionnels de santé puissent y avoir accès.

Parallèlement on constate une multiplication des mesures destinées à soutenir les soignants. Ainsi, la plateforme et le réseau Soins aux professionnels de santé, dédiés au repérage et à la prise en charge de la souffrance psychologique des soignants rappelle la mobilisation continue de ses services en cette période. Les 100 psychologues de l’organisation Pro Consulte restent accessibles au 0 805 23 23 36, tandis que peut également être téléchargée l’application mobile Asso SPS. Dans le même temps, les 1 000 psychologues, médecins, généralistes et psychiatres de la plateforme SPS peuvent assurer consultation et téléconsultation. Qu’il s’agisse de soutien psychologique ou de répondre à des questions diagnostiques ou logistiques, l’Ordre des médecins a également mis en place un numéro d’écoute spécifique accessible au 0800 288 038. Les dispositifs déployés pour soutenir les personnels de santé concernent également la facilitation de leur déplacement : l’Ordre des médecins a ainsi obtenu que la présentation de sa carte professionnelle puisse remplacer l’attestation dérogatoire de déplacement, tandis que la SNCF et la RATP ont annoncé le déploiement de lignes de train et de bus spécifiques pour assurer les transports des infirmiers, médecins, aides-soignants…

Préparation intense en Ile de France

Cette mobilisation s’organise alors que l’épidémie continue à progresser et que de nouvelles régions se préparent à devoir affronter un afflux de cas comparable à celui constaté dans le Grand-Est. Le dernier bilan communiqué hier fait état de 674 morts de 16 018 personnes testées positives (mais on le sait le nombre de personnes infectées est bien plus élevé). Le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon a alerté : « La situation va continuer de s'aggraver ces prochains jours avant que les effets du confinement strict ne fasse ralentir l'épidémie ». Le virus circule intensément dans huit régions, dont l’Alsace. En Ile-de-France, les hôpitaux ont été confrontés à une augmentation du nombre de patients hospitalisés ces dernières 48 heures. Cependant, « Nous ne sommes pas à saturation, et continuons à essayer de faire en sorte que nous soyons plus rapides pour ouvrir des places que le virus, qui pourtant est redoutablement rapide », a indiqué hier soir le patron de l’AP-HP, Martin Hirsch. Pour renforcer encore la préparation des établissements, l’Agence régionale de Santé (ARS) et l’AP-HP ont mis en place la plateforme internet www.renforts-covid.fr pour permettre à « toute personne travaillant ou ayant travaillé dans le domaine de la santé » de se porter volontaire.

Faites appel à nous

En Ile-de-France comme ailleurs, le recensement des moyens disponibles ne doit pas méconnaître les capacités des établissements privés. Dans un communiqué publié hier, la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP) lance un mot d’ordre simple : « Faites appel à nous ». Si le manque de matériel de protection dans certains établissements est encore un frein à leur participation, la FHP déplore que « dans plusieurs régions, y compris parmi les plus touchées, des lits de réanimation et de soins critiques dans les cliniques restent vides ou sous-occupées ». Ainsi, dans le Grand-Est, ce samedi, alors que les hôpitaux privés compteraient 70 places disponibles, ces derniers n’avaient pas encore été « tous sollicités ».

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Réquisition ?

    Le 24 mars 2020

    Ne connaissant pas les rouages de l'organisation d'occupation des lits, pourquoi les établissements privés ne sont pas réquisitionnés d'office, tant pour leur matériel que pour les lits ?
    C'est juste incompréhensible, non ?

    Françoise Leibovici (IDE)

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