Moins de 5 % de la population française aurait été infectée par le SARS-CoV-2 selon une nouvelle modélisation

Paris, le jeudi 14 mai 2020 – Même si compte-tenu des difficultés d’élaboration d’outils de dépistage sérologique de masse fiables et face aux incertitudes concernant le caractère immunisant de l’infection par SARS-CoV-2, la détermination de la part de la population ayant été touchée par le virus n’a finalement pas été retenue comme un élément clé du déconfinement, cette donnée demeure néanmoins riche d’enseignement pour connaître (et donc affronter) l’épidémie.

Autour de 4,4 % de la population

L’équipe de Simon Cauchemez de l'Institut Pasteur est à l’origine d’une modélisation qui se base sur les données d’hospitalisation de Santé Publique France (SPF) et sur les statistiques concernant le Diamond Princess, destinée à évaluer la part de la population qui aurait été infectée par SARS-CoV-2. Les chiffres qui viennent d’être publiés dans la revue Science évaluent à 4,4 % la proportion de la population qui aurait été contaminée par le virus (intervalle de confiance de 2,8-7,2 %). Les taux ne seraient guère plus élevés dans les régions les plus exposées : ils sont ainsi estimés à 9,1 % en Ile de France (6,0-14,6) et 9,1 % dans le Grand Est (6,0-14,6).

Un taux de mortalité apparent et évalué de 0,7 %

Cette modélisation est légèrement plus pessimiste que celle présentée initialement par l’équipe de Simon Cauchemez (avant qu’elle ne soit publiée dans Science). Les chercheurs de l’Institut Pasteur estimaient mi-avril à 5,7 % la part la population française qui pourrait avoir été infectée le 11 mai, soit 3,7 millions. Cette nouvelle évaluation a évidemment un impact sur le taux de mortalité apparent : en effet avec 3,7 millions de la population infectée, le taux de mortalité atteignait 0,53 % et le taux d’hospitalisation 2,6 %. Les nouveaux chiffres font plutôt redouter un taux de mortalité de 0,7 % (allant de 0,001 % pour les moins de 20 ans à 10,1 % pour les plus de 80 ans) et un taux d’hospitalisation de 3,6 %. La forte différence des taux de mortalité en fonction de l’âge suggère cependant clairement que si une plus large proportion de la population était touchée, le taux de mortalité globale serait probablement diminué.

Les enseignements attendus de la sérologie

Bien sûr, une telle modélisation, à l’instar de la précédente en dépit des différences constatées, ne peut-être que préoccupante, en particulier alors que la France commence à sortir prudemment du confinement. « Nos résultats suggèrent donc fortement que, sans vaccin, l’immunité de groupe seule sera insuffisante pour éviter une deuxième vague à la fin du confinement » note Simon Cauchemez. Ces résultats mériteraient d’être complétés par des données plus objectives. « On attend davantage de données sérologiques pour pouvoir mieux calibrer nos modèles et affiner nos évaluations », admet lui-même le chercheur.  Les données qui sont disponibles dans des pays proches de la France n’offrent cependant pas d’informations tellement plus rassurantes, voire plus alarmantes encore. En Espagne où une enquête séro-épidémiologique a concerné 60 000 personnes représentatives de la population, 5 % des participants présentaient des anticorps anti SARS-CoV-2, soit autour de 2,3 millions de personnes, ce qui suggère un taux de mortalité autour de 1,18%.

Aurélie Haroche

Références
Henrik Salje et coll. : Estimating the burden of SARS-CoV-2 in France Science 13 May 2020 DOI: 10.1126/science.

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