Moins de 6 % des Français pourraient avoir été infectés par le SARS-CoV-2 le 11 mai

Paris, le mardi 21 avril 2020 – Bien qu’il puisse persister des zones d’ombre concernant le caractère parfaitement immunisant de l’infection à SARS-CoV-2, la détermination de la part de la population ayant été touchée par le virus reste un élément déterminant pour préparer le déconfinement. l’Institut Pasteur dans un communiqué publié aujourd’hui qu’une « immunité collective nécessaire est actuellement estimée à 70 % ».

3,7 millions de personnes probablement infectées le 11 mai

En l’absence de campagnes de dépistage systématique (s’appuyant sur la recherche de l’ARN viral ou la mise en évidence d’anticorps) ou même de campagnes s’appuyant sur un échantillon parfaitement représentatif de la population, ces données sont difficiles à établir. Les modélisations permettent cependant de combler ces lacunes. C’est dans ce cadre qu’une équipe de l’Institut Pasteur, en collaboration avec Santé Publique France et l’INSERM, conduite par Henrik Salje évalue à 5,7 % la part de la population française qui pourrait avoir été infectée le 11 mai, soit 3,7 millions.

Le nombre de reproduction en diminution de 84 % avec le confinement

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs se sont concentrés sur deux jeux de données : les chiffres concernant le Diamond Princess et ceux collectés par Santé publique France. Ces éléments leur ont notamment permis d’estimer le nombre de reproduction (R0) de SARS-CoV-2 avant la période de confinement à 3,3. Les mesures de confinement ont permis de faire chuter le R0 à 0,5 soit de 84 % de baisse. Cette diminution est notamment constatée à travers la réduction du nombre de patients admis en réanimation, qui atteignait 700 à la fin du mois de mars contre 200 à la mi-avril.

Les avantages et les limites du confinement strict

Le faible niveau d’immunisation de la population française connaitra cependant des disparités en fonction des régions lors du début du déconfinement : l’Institut Pasteur estime que 12,3 % des résidents d’Ile-de-France devraient avoir été infectés le 11 mai et 11,8 % en Grand-Est. Ces niveaux demeurent néanmoins très inférieurs à un niveau d’immunité collectif protecteur, d’autant plus que dans les autres régions les taux pourraient varier entre 1,4 % pour la Nouvelle Aquitaine et 6,1% pour les Hauts-de-France. Ces résultats signalent ainsi tout à la fois la certaine efficacité du confinement pour limiter la propagation du virus mais aussi la nécessité d’une réouverture progressive des activités pour permettre la circulation virale dans l’espoir de pouvoir bénéficier d’un niveau d’immunité global plus protecteur. Néanmoins, eu égard à la faible part de la population ayant été infectée, afin d’éviter un nouveau risque de dépassement des capacités d’accueil à l’hôpital et en réanimation, les plus grandes précautions doivent être prises.

Un nombre de lits occupés en réanimation réduits mais toujours élevé par rapport aux capacités d’origine

Or, les dernières données offrent également des projections concernant l’occupation des lits de réanimation. Les modélisations de l’Institut Pasteur suggèrent que l’on devrait pouvoir recenser entre 10 et 45 admissions quotidiennes en réanimation autour du 11 mai (mais des évolutions différentes sont possibles). Compte tenu de la durée de séjour moyenne en réanimation et de l’évolution estimée de l’épidémie au cours des trois prochaines semaines, on devrait donc compter entre 1370 et 1900 lits occupés par des malades Covid + autour du 11 mai. C’est un nombre très inférieur à celui constaté aujourd’hui (5 600). Néanmoins, alors que notre nombre de lits en réanimation était avant la crise de 5 000 (passé à 10 500 depuis) et que ces derniers connaissaient un taux d’occupation entre 85 et 90 % comme l’a rappelé le Premier ministre dimanche, entre 1370 et 1900 lits occupés uniquement pour des patients Covid + demeurent un effort toujours important (nécessitant probablement de continuer à restreindre au moins en partie les activités non programmées).

Le risque d’hospitalisation est de 2,6 %

Cette estimation du nombre de lits qui pourraient encore être occupés en réanimation le 11 mai et l’évaluation de la part de la population qui aura été infectée sont des éléments essentiels pour préparer l’inévitable (compte tenu de la faible part de patients immunisés) deuxième vague. Un autre élément essentiel doit également contribuer à cette préparation : l’estimation de la part de cas graves nécessitant une hospitalisation et parmi eux ceux nécessitant des soins de réanimation. Ainsi, les données « montrent qu’en France, le risque d’hospitalisation est de 2,6 % pour les personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2. Ce risque augmente fortement avec l’âge pour atteindre 31% chez les hommes de plus de 80 ans » relève l’Institut Pasteur. Chez les patients hospitalisés, 18,2 % doivent être admis dans un service de réanimation (en moyenne un jour et demi après leur entrée à l’hôpital). Ce risque de nécessiter une réanimation est également augmenté avec l’âge (et chez les hommes), mais au-delà de 70 ans, le choix d’une réanimation est plus rare, compte tenu des chances réduites de récupération. Environ 20 % des patients hospitalisés meurent (15 % quasiment immédiatement et 85 % après 13 jours en moyenne), tandis que le taux de décès des patients infectés est de 0,53 %, variant de 0,001 % avant 20 ans à 8,3 % pour les plus de 80 ans ; des estimations proches de celles retrouvées dans les études chinoises.

Des outils utiles

Ces différentes modélisations sont, en combinaison avec de nombreux autres paramètres (consultations en médecine de ville, nombre d’appels au 15, etc) des outils essentiels pour surveiller l’évolution de l’épidémie et permettre aux pouvoirs publics d’adapter les mesures de lutte, notamment au moment du déconfinement. Les résultats de ces travaux confirment en effet la nécessité de maintenir de façon stricte les mesures barrières et de distanciation sociale pour restreindre les conséquences de nouvelles flambées d’admissions dans les établissements hospitaliers.


Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Immunité ?

    Le 21 avril 2020

    Comment peut-on parler d'immunité collective, alors que Mme Agnès ? (je la prie de m'excuser, je n'ai pas retenu son nom), l'infectiologue qui a participé à la conférence de presse de dimanche, a dit qu'on ignorait si les anticorps post covid sont protecteurs ?

    Dr D.Descombey

  • Le taux d'asymptomatiques n'est pas connu

    Le 26 avril 2020

    Sur quelle hypothèse de cas asymptomatiques se base l'étude de l'Institut Pasteur, sachant qu'il n'existe à ma connaissance aucun outil permettant des les mesurer?
    Si le taux d'asymptomatiques n'est pas connu, le taux réel de létalité ne l 'est pas non plus et l'extrapolation réalisée (1 décès pour 200 infectés) est erronée.

    Etienne Grau

  • On marche sur la tête

    Le 26 avril 2020

    Raisonnons un peu.
    On retrouve des données similaires dans le grand est et en île de France autour de 12% qui sont le double de celles de Compiegne 6% pas très logique sauf à penser que les grandes agglomérations ressemblent aux moyennes mais pas aux petites.
    Ça veut dire aussi à 12% que si on avait attendu 9 jours de plus pour confiner, l’ensemble de la population aurait des anticorps positifs n’oubliez pas qu’on doublait tous les 3 jours donc 12 x 8 impossible ça s’arrete à 66%.
    On a gagné 8 jours donc ... Et dans les autres régions on trouve combien ? 1,5 % compte tenu qu’ils avaient peut être 3 à 6 jours de retard sur Compiegne ?
    Tout ça est très intéressant du point de vue comparatif entre régions.
    Car du pont de vue quantitatif rien n’empêche de penser que les 12% sont presque le maximum possible compte tenu de l’immunute innée prédominante à base d’igA et éventuellement cellulaire en jeu qui n’implique peut être que rarement l’immunité humorale. On pourrait très bien considérer que cette protection de 60% est atteinte par endroit qui ne relancerait pas l’épidémie qui finirait sa course sur un épisode caniculaire.
    C’est justement le Diamond Princess et surtout le Charles de Gaulle qui nous montrent que les patients asymptomatiques sont plus nombreux qu’on ne l’imagine encore.
    Et si c’était les plus de 75% du Charles de Gaulle plutôt que les 55% du Diamond princess ? ça change tout ce facteur 3.
    Multiplier 12% ou 30% si 50% de faux négatifs par 3 ça fait vite les 60% empêchant les flambée future.

    Dr François Roche

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