Mois sans alcool : les associations préparent leur mobilisation et interpellent le Président

Paris, le mercredi 4 décembre 2019 – Après avoir révélé que contrairement à ce que laissaient supposer des travaux préparatifs largement avancés, le gouvernement n’organiserait pas de "Mois sans alcool" imitant par exemple le Dry January britannique, plusieurs associations, dont La Ligue contre le cancer, la Fédération française d’Addictologie, la Société française d’Alcoologie et l’Association nationale de prévention en alcoologie et en addictologie avaient annoncé qu’elles promouvraient leur propre opération à l’orée de 2020. Dans une lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, portée également par le collectif d’associations de patients France Assos Santé (réunissant 85 organisations), elles continuent cependant d’interpeller les pouvoirs publics quant à l’absence de soutien à une campagne nationale.

Prévention : une occasion manquée

Après avoir rappelé au Président de la République qu’il a placé son action dans le domaine de la santé sous le signe de la prévention, les associations manifestent d’autant plus leur incompréhension vis-à-vis de la suspension du programme. « Nous comptons sur votre engagement pour que cette campagne de Santé publique France soit bien à l’agenda du début d’année à venir et que tout cela ne soit qu’un affreux malentendu », concluent les organisations signataires.

Startings-blocks

Si elles se montrent aussi directes c’est que pour beaucoup d’entre elles, la volonté de Santé publique France (SPF) et au-delà des autorités de mettre en place un "Mois sans alcool" était évidente, en dépit des dénégations maladroites du ministre de la Santé, Agnès Buzyn. Il y eut d’abord le message du président de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les addictions (MILDECA), Nicolas Prisse lors du congrès de la Fédération Addiction en juin. « J’espère que nous aurons, dès 2020, une première année d’un Dry January à la française » lançait-il. Un vœu qui n’est pas demeuré sans suite puisque plusieurs réunions de travail ont ensuite été conduites par SPF. Selon Europe 1 et Le Monde qui ont eu accès à des documents, le dossier de presse était même bouclé et avait été signé par le ministère de la Santé. De la même manière,  plusieurs responsables d’associations ont témoigné de l’avancée du projet. « On s’y préparait, le mois sans alcool avait été discuté lors des réunions du groupe de travail. Chez nous, le communiqué de lancement était même déjà prêt » assure ainsi par exemple cité par Libération, le professeur Mickaël Naasila, président de la SFA. « Nous étions dans les startings-blocks pour le lancement. (…) On savait que tout cela était en préparation. Le 20 novembre, il y avait une réunion importante entre la ministre de la Santé et la direction générale de Santé publique France. Donc on a demandé des nouvelles. Une personne de l’agence nous a finalement appelés pour nous informer que le gouvernement ne suivait pas » explique Bernard Basset, vice-président de l’ANPAA.

Une erreur stratégique 

Peut-on cependant assurer que ce revirement est bien la marque d’une intervention présidentielle ayant voulu satisfaire les lobbys alcooliers, comme certains l’ont clairement suggéré ? La démonstration parfaite en est difficile. Cependant, différents éléments attestent cette piste.

D’abord, il n’est pas impossible que la dénomination de "Mois sans alcool" ait favorisé les ressentiments et les pressions des alcooliers. Mais si SPF aurait d’abord songé à un "Janvier zéro degré", l’appellation "Mois sans alcool" faisant référence au désormais célèbre "Mois sans tabac" s’est imposée. « Stratégiquement, il aurait été plus avisé de ne pas évoquer le "mois sans" ; les alcooliers s’en sont emparés » remarque un proche du dossier dans Le Monde. Le fait que le Président de la République aurait manifesté son adhésion à une opération parallèle, "Janvier sobre" qui préfère promouvoir une consommation raisonnée plutôt qu’un message qui inciterait à l’abstinence (ou en tout cas corrigent les associations à la "pause") conforte cette analyse.

Prohibition toi-même

Echaudés par l’idée d’un "mois sans alcool", les producteurs de vin auraient reçu l’assurance d’Emmanuel Macron qu’il serait défavorable à un "janvier sec". Sur ce point, l’Elysée refuse de confirmer rappelant que les déclarations du Président de la République faites en dehors de la présence (officielle) de la presse ne peuvent être attestées. Néanmoins, la communication de l’Elysée vis-à-vis du "Mois sans alcool" ne laisse guère de doute sur la position d’Emmanuel Macron et confirme qu’une opération était bien en cours de préparation qui n’a pas reçu l’aval du chef de l’État. « Il y a eu des propositions. Les choses étaient prêtes parce que quand on propose une opération au gouvernement, on arrive avec visuels et des supports. Ensuite c’est le gouvernement qui valide ou pas. En l’occurrence, cette campagne était proposée par Santé publique France qui dépend du ministère de la Santé. Il se trouve que le gouvernement n’a pas donné suite à cette proposition. Elle n’a pas été validée », précise à Libération le service de communication de l’Elysée. Il ajoute que le Président « ne souhaite pas interdire la consommation d’alcool de façon formelle ». « Le gouvernement préfère se positionner sur une politique de prévention, lutter contre l’addiction et protéger les publics fragiles, Nous ne voulons pas prendre la décision d’interdire l’alcool, ce qui était a priori la démarche proposée

Une telle interprétation ne peut qu’hérisser ceux qui soutiennent cette opération et qui rappellent que loin de prôner la prohibition, elle souhaitait proposer aux Français un défi, un moment de "pause" pour faciliter la réflexion.

Mais même sans Santé publique France, Dry January aura lieu martèlent les associations.

Vous pouvez si vous le souhaitez participer à notre sondage sur le Mois sans alcool https://www.jim.fr/medecin/debats/sondage/question.phtml...

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Dépenses inutiles

    Le 04 décembre 2019

    Je ne pense pas que cette initiative changera quoique ce soit chez les buveurs d'alcool.Seule la prévention peut avoir des effets. Eviter de faire des dépenses inutiles.

    Dr François Maisonnave

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